Sangliers : le Parti animaliste est de retour 

Chasse Actu
date 01 juin 2026
author Richard sur Terre

Après avoir débattu avec Eddine Ariztegui sur Le Crayon, je retrouve dans le dernier fil du Parti animaliste la même mécanique : grossir, simplifier, moraliser, puis présenter l’exagération comme une vérité scientifique. Analyse.

J’ai débattu récemment avec Eddine Ariztegui, coprésident et porte-parole du Parti animaliste, sur la chaîne Le Crayon. Je suis sorti de cet échange avec la nette impression que nous n’avions pas débattu. Il était venu porter une ligne. La complexité du sujet, il s’en fout, disons les choses.

Dans un débat, on peut se tromper, corriger, préciser, et même (hérésie militante) reconnaître une limite. Dans un débat avec un militant, la limite n’existe pas : elle gêne le récit. Tout ce qui arrange la cause est grossi. Tout ce qui la complique disparaît. L’adversaire devient une caricature. Un Homme de paille.

Le dernier fil du Parti animaliste sur la stérilisation des sangliers confirme cette méthode.

Sur les visuels roses du mouvement, tout est simple. Des chercheurs auraient apporté la réponse : les vaccins contraceptifs permettraient de réguler les sangliers sans les tuer. À Barcelone, la méthode aurait fonctionné. Les plaintes liées à la présence des sangliers auraient baissé jusqu’à 80 %. La France devrait donc s’engager dans cette voie. Il suffirait de réorienter l’argent et les subventions de la chasse vers ces méthodes “éthiques, efficaces et non létales”.

Je vous fais grâce du débunkage sur les soi-disant « subventions » qu’il suffirait de réallouer. Je l’ai fait cent fois, cet article serait trop long. Je vous engage à regarder le débat que j’ai eu avec Ariztegui où je démonte cette légende urbaine.

Alors commençons par être précis : l’immunocontraception existe. Des chercheurs travaillent sérieusement sur ces méthodes. Des programmes sont menés sur plusieurs espèces : chevaux sauvages, cervidés, éléphants, rongeurs, oiseaux urbains, et parfois sangliers. 

Dans certains contextes, notamment urbains ou périurbains, le contrôle de la fertilité peut devenir un outil intéressant. Lorsqu’une population est localisée, relativement accessible, suivie, et que le tir est difficile ou socialement explosif, il peut est logique d’expérimenter des méthodes non létales. Je n’ai aucun problème avec ça.

A lire aussi : Débattre avec qui ?

Non le problème commence quand le Parti animaliste transforme cette réalité prudente en « yakafokon » sur la base d’âneries plus grosses que lui.

L’étude mise en avant concerne des sangliers urbains et périurbains de la région de Barcelone. Les animaux ont été capturés, vaccinés, identifiés, puis suivis lorsqu’ils étaient recapturés. Les chercheurs ont évalué leur statut reproducteur à partir de marqueurs biologiques. Les résultats sont intéressants : le vaccin peut provoquer une infertilité temporaire chez une partie des animaux traités, notamment chez des femelles.

Mais c’est loin d’être la baguette magique brandie par l’officine de propagande.

L’effet varie selon les individus. Certaines femelles adultes retrouvent une fertilité. Chez les mâles, les résultats sont moins convaincants. Le suivi dépend des recaptures. La méthode suppose une logistique lourde : capture, manipulation, marquage, injections, contrôle, données, personnel formé, temps de terrain.

La conclusion honnête serait donc : l’immunocontraception peut être utile dans certains contextes précis, comme outil complémentaire à la chasse.

Le Parti animaliste en fait autre chose : une solution générale, morale, efficace et disponible, que la France devrait adopter pour remplacer la chasse (leur objectif final assumé). 

Une vulgarisation honnête part d’une étude et explique ce qu’elle permet de dire. Une propagande part d’une conclusion politique et cherche les morceaux d’étude qui pourront l’habiller.

J’ai vu ce mécanisme pendant le débat avec Eddine Ariztegui. Je le retrouve ici. C’est une culture du parti semble-t-il.

Les 80 % qui ne mènent nulle part

Et le chiffre d’ouverture, ce « jusqu’à 80 % de plaintes en moins » brandi sous un #StopChasse ? Je l’ai cherché dans l’étude. Il n’y est pas. Et même réel (peut-être a-t-il été dit à l’oral ?), il décrirait l’effet d’un traitement intensif dans une poche urbaine de quelques rues. Pas la gestion de deux millions de bêtes sur tout un pays. C’est précisément ce que je reprochais à mon contradicteur sur Le Crayon : un chiffre sorti de son contexte se métamorphose en argument massue…tant que personne ne va vérifier.

L’addition, ce détail 

Reste à le chiffrer. Aucune équipe n’a publié le coût de l’essai catalan, je prends donc le seul programme qui ait rendu le sien public, mené sur des cerfs à Bald Head Island, en Caroline du Nord. Il l’écrit noir sur blanc : 320 000 dollars sur cinq ans, soit près de 2 100 dollars par capture, un adulte devant en outre être repris pour une seconde dose. Et malgré ce budget, la population a continué de croître, jusqu’à contraindre les gestionnaires à revenir à l’abattage. Sur la même île, abattre un cerf coûtait 539 dollars la bête. La comparaison met face à face un coût par capture et un coût par animal, et même ainsi, la stérilisation revenait à environ quatre fois le prix du fusil…pour un résultat nul. 

Ce mécanisme tient à la méthode elle-même, à sa capture individuelle et à ses rappels réguliers : il vaut donc pour le sanglier autant que pour le cerf. Et c’est la littérature même dont se réclame le Parti animaliste qui l’établit. Giovanna Massei, coauteure de l’étude barcelonaise citée dans le fil, reconnaît dans sa revue de référence de 2014, à la suite des travaux de Hobbs et de ses collègues, que le contrôle de la fertilité n’est rentable, face à l’abattage, que là où la chasse est impossible. En France, la chasse n’est pas impossible. 

Le problème d’échelle

Une population urbaine ou périurbaine suivie autour de quelques municipalités n’est pas une population nationale de sangliers répartis entre forêts, plaines agricoles, garrigues, vignes, zones périurbaines, massifs, friches, propriétés privées et territoires ouverts. Les sangliers se déplacent. Ils colonisent. Ils compensent. Ils profitent des ressources. 

Pour qu’une stérilisation produise un effet à l’échelle d’une population ouverte, il faut traiter une proportion suffisante d’animaux. Il faut aussi limiter l’arrivée d’animaux non traités depuis les zones voisines. Il faut maintenir l’effort dans le temps, et contrôler les résultats en permanence.

Le Parti animaliste présente la méthode comme si la difficulté principale était morale alors qu’elle est purement logistique. Modifier une dynamique démographique n’est pas écrire “solution éthique” sur un carré violet.

Le mensonge utile

Je pèse le mot. Et le mensonge peut consister à dire une chose vraie de manière à produire une conclusion fausse.

Dire que des vaccins contraceptifs existent : vrai.

Dire qu’ils peuvent réduire la fertilité de certains animaux traités : vrai.

Dire qu’ils peuvent avoir un intérêt dans certains contextes urbains : vrai.

Dire que la France devrait donc remplacer la régulation létale des sangliers par cette méthode “éthique et efficace” : ridicule.

Dire que les méthodes létales ne règlent rien “sur le fond” pendant que la stérilisation apporterait une baisse durable des populations : simplificateur.

Dire qu’il suffirait de réorienter l’argent de la chasse vers ces solutions : creux et faux.

Voilà le mensonge utile : une addition de fragments du réel au service d’un récit imaginaire.

Et c’est exactement ce que j’ai constaté face au Parti animaliste. Le problème n’est pas seulement l’erreur. L’erreur se corrige. Le problème, c’est l’usage organisé de l’exagération. On grossit un chiffre. On gomme une limite. On caricature la chasse. On donne à une hypothèse la forme d’une certitude. On transforme un cas local en preuve générale.

À force, ça devient une méthode.

La science n’est pas le décor de la morale

Ce qui me gêne le plus dans cette affaire, ce n’est pas que le Parti animaliste défende la stérilisation. Qu’il la défende. Qu’il propose des expérimentations. Qu’il demande des protocoles. Qu’il chiffre des projets. Qu’il compare les résultats. Qu’il montre, données à l’appui, dans quels contextes cette méthode peut fonctionner.

Mais qu’il arrête de faire passer une brochure militante pour une conclusion scientifique. La science ne dit pas : “ne tuez plus les sangliers”. Elle dit : “dans certains contextes, telle méthode peut réduire la fertilité de certains animaux, avec telle durée, telles limites, tels couts, telles conditions de suivi, et telles incertitudes”.

C’est moins spectaculaire c’est sûr.

La gestion de la faune sauvage ne se résume pas à un duel entre cruauté et compassion. Elle consiste à arbitrer entre des réalités parfois contradictoires : présence animale, dégâts agricoles, sécurité routière, attentes sociales, coûts publics, risques sanitaires, faisabilité technique, acceptabilité locale et j’en oublie. Ceux qui prétendent supprimer cette complexité ne rendent pas le débat plus éthique. Ils le rendent plus pauvre.

Le Parti animaliste préfère l’affiche au réel

Il y a une manière honnête de défendre l’immunocontraception : reconnaître ses promesses, ses limites, ses coûts, ses lenteurs et ses domaines d’application.

Le Parti animaliste choisit une autre voie. Il sélectionne ce qui sert sa cause. Il efface ce qui gêne. Il suggère que les chasseurs seraient un obstacle intéressé à des solutions déjà disponibles. Il transforme des résultats partiels en verdict politique. Il présente comme évident ce qui reste conditionnel. Voilà ce qu’on appelle de la propagande.

Et après avoir débattu avec son porte-parole, je ne suis pas surpris. J’y vois la même façon de procéder : une confiance absolue dans la formule et une grande légèreté avec les faits.

La recherche peut continuer. Des expérimentations peuvent être menées. Certaines communes auront peut-être intérêt à tester ces méthodes dans des situations précises. Mais la France n’a pas besoin de placards roses pour gérer ses sangliers. Elle a besoin de politiques chiffrées, évaluées, applicables et honnêtes sur leurs limites. Le Parti animaliste ne propose pas ça.

Sources à consulter :

Étude sanglier de Barcelone — communiqué de l’UAB, l’institution qui a mené la recherche : https://www.uab.cat/web/sala-de-premsa/detall-noticia/el-tractament-immunocontraceptiu-en-senglars-urbans-i-periurbans-eficac-especialment-en-exemplars-joves-1345829508832.html

Programme et Book of Abstracts de la conférence (Barcelone, avril 2026) : https://wildlifefertilitycontrol.org/event/10th-international-conference-on-wildlife-fertility-control/

Prélèvement français 2024-2025 (881 372 sangliers) — fiche officielle de l’OFB, source primaire du chiffre : https://ofb.gouv.fr/sites/ofb-gouv-fr/files/2025-11/fiche_2024_2025_v1.pdf

Coût réel d’un programme de stérilisation (cerfs de Bald Head Island) — étude revue par les pairs, Wildlife Society Bulletin (2021) : https://wildlife.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/wsb.1237 Version thèse en accès libre, qui contient en plus le comparatif avec l’abattage (538,79 $/cerf) : https://faculty.cnr.ncsu.edu/christophersdeperno/wp-content/uploads/sites/8/2020/04/Micah-Walker-Thesis-2020.pdf

Rentabilité conditionnée à l’impossibilité de chasser — revue Massei & Cowan (2014), hébergée sur le site de la conférence elle-même : https://www.wildlifefertilitycontrol.org/wp-content/uploads/2017/10/FC-for-Wildlife-2014.pdf

A voir en vidéo :

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8 Commentaires :
  1. GUILLAUME
    01/06/26

    L’immunocontraception pratiquée sur un sanglier est efficace combien de temps ? Une année ? Plus d’une année ? Moins d’une année ?

    Mais c’est complètement C… cette solution !

    Il y aura toujours au moins le même nombre de sangliers qui viennent dans les cultures si on utilisait cette méthode.

    On va supposer que c’est efficace, donc la population des animaux vieillit. Comment fait-on pour permettre une régénération et ne pas avoir d’augmentation de la population ?

    Donc, pour permettre une certaine régénération pour maintenir une population saine, il faudra avoir recours à une solution d’abattage pour que la population n’augmente pas. Laquelle ?

    Je me demande si c’est bien éthique de stériliser une grande partie d’une population d’animaux sauvages. Je ne pense pas que ces écolos se soient posé la question.

    Ce n’est pas une solution naturelle, écologique qui est proposée.

    La nature ce sont des animaux qui se mangent entre eux, des prédateurs et des proies, sur des territoires où chacun cherche à avoir sa place.

  2. gilbert
    01/06/26

    Il faut vacciner au moins autant d’animaux qu’il y a de prélèvement une année classique soit 900 000 . Qui va les vacciner, les adhérents de peta ava Sbb etc… Y aurait il 1 000 000 de volontaires bénévoles pour participer aux captures vaccinations suivis et re captures. LE PLUS SIMPLE EST DE VACCINER LES SANGLIERS LACHES PAR LES CHASSEURS AVANT. Je rigole, mais c’est bon

  3. Christian COMTESSE
    01/06/26

    Ces gens ne sont pas du tout compétent sur le sujet.
    Et bien s’il trouve que c’est une bonne idée, ils n’ont plus qu’à financer la chose. A trouver le personnel et a capturer les bestiaux.
    On va bien rigoler.
    Parce que « il faut qu’on stérilise » c’est bien si c’est pas eux qui payent et surtout qui font le boulot.
    La stérilisation ça ne sa passe pas comme pour les chat. Avec les chat on retire la nurserie et on laisse la salle de jeu.
    Pour les sanglier c’est différent déja ils pèsent 100 kg de plus et ils faut dix personnes pour l’attraper et lui ne veut pas qu’on le touche.
    Pour la stérilisation chimique c’est comme pour les cochons, pour les mal ça dure 6 a 8 mois et pour les femelles 1 a 3 ans suivant les produits (chimiques).
    Et si certaines femelles ne sont plus fécondes les autre femelles de la compagnies vont s’en donner a cœur joie et feront 2 a 4 petits en plus puisqu’il y a de la place..

  4. JC
    01/06/26

    Merci de remettre les fait et la science au milieu du village Richard! Il y en as bien besoin à notre époque! Bravo pour ton débat même si l’opposant n’était vraiment pas à la hauteur…. nul de chez nul celui là

  5. Thierry Walter
    01/06/26

    Je me pose la question de manger un sanglier qui a été tué et traité par cette contraception?
    On a la bite choux fleur ou plus possible d’avoir des enfants?
    Ce sont quand même des hormones à haute dose non?

  6. Drago
    01/06/26

    A vos piluliers les adhérents de la grande famille , tout les soirs au coin du bois distribution d un contraceptif aux laies , et d un préservatif aux mâles avec un suivi chez le vétérinaire. .
    Pour les sujets récalcitrants ou opposés à la contraception , vous leurs apprendrez l abstinence pendant la période des chaleurs .
    Vous n oublirez pas une éducation sexuelle aux marcassins …..
    Bon courage à vous .

  7. mitch
    09/06/26

    il faut lui demander de nous montrer comment il les attrape ; notamment au milieu de massifs forestiers de milliers d’hectares. On va bien rigoler !
    Mais admettons qu’on tente l’expérience, qui va payer ?
    N’oublions pas que les degats sont payés par les chasseurs.
    Bref, un tel niveau de mauvaise fois et mensonge …. c’est affligeant !

  8. Roche
    09/06/26

    Cher Richard, vous oubliez une donnée fondamentale : la dispersion dans la nature de molécules (encore…) qui vont bouleverser le fonctionnement biologique reproductif de tout un écosystème microbien et de macro-organismes. En réfutant la procréation naturelle, c’est tout un réseau trophique qui sera menacé, et pour quelques sangliers de moins, combien de milieux naturels totalement déséquilibrés ? Même les ultras du Canton de Genève ont préféré tirer les cerfs plutôt que de se lancer dans une telle alchimie d’apprentis sorciers.

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