Pollution des élevages : les 40% d’infraction qui circulent

Les plumes de Richard
date 08 juillet 2026
author Richard sur Terre

Une organisation basée au Royaume-Uni affirme que 40% des élevages intensifs contrôlés en France ont présenté une non-conformité liée à la pollution. Ni sa méthode ni ses données ne sont accessibles.

Le 30 juin, l’ONG Aria annonce à l’AFP qu’environ 40% des 5 300 élevages intensifs contrôlés en France entre janvier 2022 et mai 2026 ont présenté au moins une non-conformité en matière de pollution. Le chiffre grimpe en Bretagne. Il agrège des situations très différentes : rejets directs d’effluents azotés d’un côté, retard dans la transmission d’un plan d’épandage ou compteur d’eau non conforme de l’autre. Aria dit avoir croisé les rapports d’inspection publiés sur georisques.gouv.fr avec un algorithme, puis vérifié « des dizaines » de cas à la main. Le rapport qui détaillerait cette méthode, les critères retenus pour qualifier une « non-conformité » ou la liste des élevages concernés n’est publié nulle part, ni sur le site d’Aria ni ailleurs.

Aria n’est pas une association de terrain française. C’est un programme hébergé par la Meliore Foundation, une fondation belge, dirigé par Jim Footner, ancien de Greenpeace UK et de Global Witness. Sa vocation affichée est d’enquêter sur « le pouvoir, l’influence et la responsabilité des entreprises » dans le secteur climat et nature. La Meliore Foundation a reçu ces dernières années plusieurs centaines de milliers de dollars des fondations Gates, Hewlett et Ford pour des programmes de communication climatique. Rien n’indique que ce financement invalide le travail d’Aria sur les élevages français. Mais la structure qui porte ce chiffre n’est ni une administration, ni une ONG de terrain implantée en Bretagne ou en Pays de la Loire. C’est un cabinet d’investigation militant, dont la publication tombe le jour de l’ouverture des débats au Sénat.

Le Sénat examine depuis le 29 juin le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Son article 17 habilite le gouvernement à créer par ordonnance, dans un délai de six mois, un régime spécifique aux élevages, distinct du droit commun des installations classées pour la protection de l’environnement. Objectif affiché par ses défenseurs : faciliter la construction de 2 200 poulaillers intensifs d’ici 2035. Le rapporteur du texte au Sénat, Laurent Duplomb, est lui-même éleveur bovin en Haute-Loire.

A lire aussi : Pollution : l’étude que Vakita déforme 

Un rapport de la Cour des comptes de mai 2022 avait déjà signalé des sanctions « rares et peu dissuasives » contre les élevages en infraction, et des contrôles insuffisants pour les exploitations de taille moyenne. Cette faiblesse structurelle du contrôle, documentée par une institution indépendante, n’a pas besoin du chiffre d’Aria pour exister. Mais tant que la méthode de calcul de ces 40% reste invérifiable, ce chiffre ne peut pas servir de preuve chiffrée dans un débat parlementaire.

La dépêche AFP reprise telle quelle par franceinfo cite la propre nuance d’Aria sur son échantillon, rappelle qu’un contrôle avec délai de mise en conformité ne prouve pas une infraction actuelle, et convoque le rapport de la Cour des comptes 2022 en soutien. Ce travail de contextualisation politique existe. En revanche, ce qui n’existe pas dans l’article, c’est une ligne sur l’identité d’Aria. 

Le lecteur découvre « une ONG », jamais sa nationalité, son statut de programme hébergé par une fondation belge, ni ses bailleurs. Aucune trace non plus d’une demande de méthodologie adressée à Aria, ni d’une sollicitation de la FNSEA ou du ministère sur ce chiffre précis plutôt que sur leur position générale déjà connue depuis des années. 

Un chiffre à 40%, présenté comme un fait établi au lecteur, sur la seule foi d’une déclaration d’un acteur non identifié à l’AFP, c’est léger quand on s’appelle FranceInfo. Non ?


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