National Geographic vante le safari vegan : repas végétaux, véhicules électriques, produits de toilette non testés sur animaux. Un produit marketing occidental qui ignore, et condamne, les réalités africaines.

Le concept est né quelque part entre une librairie de Brooklyn et un atelier de développement personnel. Le safari vegan. Vous prenez l’avion (onze heures pour Johannesburg, escale, puis un vol régional, puis des heures de piste) pour observer des animaux depuis un véhicule alimenté à l’énergie solaire, sous un éclairage rouge afin de ne pas perturber la faune, avec des draps sans laine et un guide certifié vegan. National Geographic France y consacre un article enthousiaste. Bon les spécialistes consultés reconnaissent eux-mêmes que ces safaris ne sont « pas complètement vegans » mais ce détail n’arrête personne.
Le produit est cohérent avec lui-même, il faut lui accorder ça : il s’adresse à des consommateurs occidentaux aisés qui ont besoin que leurs vacances coûteuses confirment la qualité de leur sensibilité morale. L’avion ne compte pas, ou il est « compensé » par quelques euros versés à une plateforme de reforestation dont personne ne vérifie l’efficacité. Ce qui compte, c’est qu’une fois sur place, on ne marche pas sur la faune, on ne mange pas de viande, on n’effraie pas les animaux avec des phares blancs.
Pas de chasse !
Ces opérateurs ont une ligne claire : ils refusent les réserves où la chasse au trophée est pratiquée. C’est explicitement présenté comme une garantie éthique. Le client est rassuré. Il n’ira pas dans ces zones sombres où des riches tirent sur des animaux.
Sauf que ce raisonnement suppose une ignorance complète des mécanismes de conservation en Afrique australe, que Chasses Eternelles a déjà documentés. Les programmes de gestion communautaire de la faune (CAMPFIRE au Zimbabwe, CBNRM au Botswana, les conservancies namibiennes) fonctionnent sur un principe simple : les communautés locales protègent activement les animaux parce qu’elles en tirent un bénéfice économique direct, notamment via la chasse au trophée. Un chasseur européen qui paie 50 000 dollars pour un buffle finance des patrouilles anti-braconnage, des clôtures, des indemnisations pour les dégâts causés par la faune aux cultures. Il rend la coexistence entre les villageois et les éléphants économiquement supportable.
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En évitant ces zones, le safari vegan prive ces modèles de leur source de financement la plus concentrée, et les remplace par rien, ou presque. Le tourisme d’observation génère des revenus plus diffus, répartis sur davantage d’intermédiaires, moins liés aux communautés locales. Ceux qui connaissent le terrain le disent depuis des années : quand les bénéfices disparaissent, la faune redevient un problème.
Le néocolonialisme sentient
Le safari vegan est une forme raffinée d’une posture que l’Occident pratique depuis deux siècles vis-à-vis du continent africain : nous savons mieux que vous comment traiter votre faune. Nos valeurs morales (le véganisme ici) sont universelles et doivent s’appliquer partout. Que les populations locales aient développé des rapports pragmatiques avec leur environnement, que leur survie économique dépende de choix que nous désapprouvons, est un détail qu’on ne prend pas la peine d’examiner.
Le client du safari vegan ne se pense pourtant pas colonisateur. Il se pense même particulièrement respectueux. Mais ce respect s’arrête précisément là où il faudrait accepter que les Zimbabwéens ou les Namibiens gèrent leur faune selon leurs propres critères, y compris des critères qui choquent la sensibilité d’un urbain occidental complémenté en B12.
Refuser d’entrer dans une réserve où la chasse est pratiquée, c’est exercer une pression économique pour que ces modèles disparaissent sans proposer quoi que ce soit à la place…parce qu’on n’a pas pris la peine de comprendre, aveuglé qu’on est par la haute idée qu’on se fait de nos vertus morales.
A voir en vidéo :












Bonjour,à chacun sa vision des choses, avec ou sans chasse, mais cela reste du bisness avec une clientèle aisée,et pour des vegans avec des œillères (avions, plusieurs tonnes de kérosène par heure de vol,vous repasserez pour l’écologie)et pour la chasse, vous l’avez dit ,il y a une plus-value pour la faune et les autochtones .
Tout ces pauvres gens qui vivent de tourisme de la chasse vont devoir se reconvertir dans le commerce , ils pourrons vendre du quinoa et du tofu aux touristes . Ils ne vont pas vers des jours meilleurs , j’en ai bien peur !