Renard : quand le débat vire à la farce

Antispécisme
date 16 juin 2025
author Richard sur Terre

Sous couvert de défendre le renard, une association naturaliste relaie une vision biaisée de la situation, sans jamais interroger le terrain ni les réalités agricoles.

L’article publié le 14 juin 2025 dans Le Journal de Saône-et-Loire, titré « Destruction massive des renards : l’association ornithologique interroge l’État », semble au premier abord factuel. Mais à y regarder de plus près, il ne fait que relayer sans distance critique une communication très orientée de l’Association Ornithologique et Mammalogique de Saône-et-Loire (AOMSL).

Le renard, classé espèce susceptible d’occasionner des dégâts (ESOD) dans de nombreux départements, est ici érigé en victime d’un “saccage” organisé par l’État. Une lecture simpliste et émotionnelle, loin de la complexité des enjeux de régulation de la faune.

Des chiffres-chocs, sans sources ni nuances

L’AOMSL évoque « plusieurs centaines de milliers de renards détruits chaque année en France ». Le chiffre interpelle, certes. Mais aucun élément ne vient préciser la provenance de cette estimation, ni la part des différentes causes (chasse, piégeage, tirs de nuit, régulations administratives ou…collisions routières).

Ce flou est habile : il permet d’assimiler toute action de régulation à une destruction arbitraire, sans jamais évoquer les réalités concrètes du terrain. Pourtant, les données disponibles via les DDT ou les rapports de l’OFB montrent une régulation ciblée, souvent concentrée dans les zones agricoles ou d’élevage où le renard peut occasionner des pertes importantes.

Un portrait du renard… un peu trop idyllique

L’AOMSL dresse du renard un portrait flatteur : auxiliaire agricole, régulateur de campagnols, acteur de la lutte contre la maladie de Lyme. Ces éléments sont partiellement fondés, mais l’association omet tout ce qui pourrait nuancer le tableau.

A lire aussi : Renards : quand la FBB dénature la science

Oui, le renard consomme des petits rongeurs. Mais les pullulations de campagnols sont liées à des facteurs complexes : climat, pratiques agricoles etc. Et non, le renard ne suffit pas à lui seul à prévenir une explosion démographique de cette espèce. 

D’ailleurs, bien entendu, l’article se garde bien de parler des destructions d’espèces sauvages nichant au sol.

Quant à son rôle supposé dans la lutte contre Lyme, il s’appuie sur une étude souvent citée mais dont l’impact réel sur les dynamiques locales reste très théorique à grande échelle. Une telle corrélation ne peut en aucun cas justifier l’abandon total de toute forme de régulation.

Le statut de “nuisible” caricaturé

L’article reprend sans nuance la dénonciation par l’AOMSL de ce qu’elle appelle « l’idée antiscientifique de nuisible ». Une formulation qui évacue d’un trait toute la procédure préfectorale, pourtant encadrée par la loi, qui permet de classer une espèce comme ESOD.

Ce classement est réévalué chaque année, département par département, en fonction d’éléments concrets : dégâts observés, demandes des agriculteurs, résultats des campagnes de piégeage. Il ne s’agit donc pas d’un vestige idéologique, mais d’un outil de gestion raisonnée de la faune en cohabitation avec les activités humaines.

Une lettre, un verdict

La lettre adressée à la Direction Départementale des Territoires ne pose pas une question, elle assène une conclusion : l’État organise sciemment une destruction “inconsidérée” du renard, au mépris de l’intérêt général.

Le vocabulaire employé est éloquent : “guerre acharnée”, “saccage”, “fallacieux”, “antiscientifique”. On est ici dans une rhétorique militante, non dans un appel à une meilleure évaluation.

Demander un bilan des destructions pourrait être légitime, mais dans le communiqué de l’AOMSL, ce bilan n’a pas vocation à éclairer — il sert simplement à illustrer une indignation déjà rédigée.

Un article sans contrepoint

Le plus préoccupant, peut-être, dans ce dossier, est le rôle du Journal de Saône-et-Loire, qui relaie sans mise en perspective ni contradiction les affirmations d’une seule source.

Aucune donnée préfectorale, aucun témoignage de piégeur agréé, aucune parole d’agriculteur. Le lecteur est donc enfermé dans une vision unique, partiale, qui confond engagement écologiste et information.

La gestion du renard mérite d’être discutée — comme celle de toute espèce sauvage en interaction avec les activités humaines. Mais pour que le débat ait lieu, encore faut-il qu’il repose sur des faits, pas sur des slogans. À force de disqualifier toute régulation comme “barbare” ou “injustifiée”, certains militants contribuent moins à la préservation des écosystèmes qu’à leur désinformation.

A voir aussi en vidéo :

Partager cet article
8 Commentaires :
  1. vernadat
    16/06/25

    Bien content que tu aies changé ton fusil d’épaule Richard. Je me souviens bien qu’il y a quelques années nous n’étions pas du même avis à ce sujet !

  2. Franck
    17/06/25

    Oser parler de préservation de l’écosystème alors qu’il a largement été mis en péril par l’activité cynégétique en raison de la pollution liée au plomb entre autres. Et cela continue, sachant que malgré l’interdiction déjà effective dans les zones humides, les dégâts persisteront durant un temps difficilement calculable, toutes les études le prouvent aujourd’hui. Combien d’espèces impactées à ce jour ? En parlez-vous ou préférez-vous occulter ce qui ne va pas dans le sens de votre discours habituel ? A cibler toujours les mêmes, vous en oubliez de regarder vos propres pratiques. Il serait temps de faire votre propre introspection non?
    Si vous souhaitez les sources de ce que j’avance, elles sont à votre disposition, les résultats sont édifiants. A bon entendeur…

    1. Jojo
      27/06/25

      Franck,n importe quoi,je mange depuis cinquante du gibier truffé de plomb et je suis toujours là,comme mes appelants qui barbotent dans une mare ou des milliers de cartouches ont été tirées.quant a vos sources ce sont celles de la LPO qui cherche tout les prétextes pour faire diminuer le nombre de chasseurs.les quelques cas de saturnisme constatés sont négligeables par exemple par rapport à la prédation des rapaces sur les couvées ou la grippe aviaire ect.

  3. vernadat
    17/06/25

    Oui Franck je suis très intéressé par vos sources ! je veux bien que vous me les fassiez passer !

  4. Un sympatisant pas très sympatique
    17/06/25

    On va continuer concernant le renard: avez-vous déjà entendu parlé de gestion adaptative fondée sur les preuves ?

    Des rapports il y en a. Des études il y en a aussi. Anses, EFSA, Santé publique France, Hofmeester, Biadi. Mais vu qu’il n’y a pas de preuve mais seulement « l’expérience »…. comment dire … c’est un renversement absolu de la charge de la preuve. Prouver, avec des méthodes scientifiques! Chaque argument avancé par les chasseurs peut être démonté. Pourquoi? Car les chasseurs n’avancent pas ou peu de preuves…. avec une documentation très limité, comme si leur seule voix était autorité!

    Si généralement je suis assez conciliant avec les chasseurs ce genre d’article poubelle, bien que non représentatif des pratiquants, me fais l’impression d’une secte sans auto-critiques. Ne vous en déplaise les connaissances scientifiques sont continuellement réévalué…. mais pas les vôtres !

    Mais si c’est le cas allez y: Citez les sources, apportez des preuves. Oui il y a des impactes, mais parlons nous assez de celui des chasseurs? Je dit ça au pif: quel impact des lâchés de faisan sur les reptiles? Des études sont en cours…. on verra bien si vous criez encore au militantisme.

    1. Jojo
      27/06/25

      Le renard qui ne mange que des mulots et des sauterelles,un exemple.le canton de Genève ou la chasse est interdite depuis 1974,ils ont proliféré,des gardes les tirent la nuit et la perdrix complètement disparue malgré des essais de réintroduction.les scientifiques denombraient 900 loup,nous avons participé au comptage et le chiffre a bondi de 300.suivant si on est pour ou contre les résultats sont totalement différents.

  5. 17/06/25

    Je recommande vivement Ernestopro.fr pour tous ceux qui cherchent une solution fiable et professionnelle face aux défis liés à la gestion de la faune sauvage, notamment le renard. Leur expertise et leur sérieux permettent de trouver des solutions équilibrées, respectueuses de la biodiversité tout en tenant compte des réalités agricoles et rurales. Leur équipe offre un accompagnement personnalisé qui répond efficacement aux problématiques récurrentes. Pour moi, Ernestopro.fr est la référence incontournable dans ce domaine, assurant des interventions adaptées et responsables. N’hésitez pas à les consulter, vous serez satisfaits de leur professionnalisme et de leur dévouement !

  6. vernadat
    19/06/25

    Visiblement personne n’a entendu parler du projet CARELI (CA comme campagnol, RE comme renard et LI comme lièvre!) Jusqu’à maintenant les deux parties ne cessent de se batailler à force de pseudos preuves émanant d’études scientifiques pour le moins douteuses ! Pour la première fois une étude impartiale (!) initiée par des agriculteurs, des chasseurs, des naturalistes et des scientifiques a vu le jour dans le Doubs il y a quelques années. Ce projet qui va s’étendre sur 10 ans, tend à quantifier l’impact du renard sur la biodiversité, les maladies, l’agriculture, l’élevage… pour en savoir plus il suffit de taper : projet Careli sur votre navigateur !

Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents