Dans l’Eure, le tribunal a annulé des battues aux blaireaux faute de preuves suffisantes. L’ASPAS en tire cette conclusion : puisque l’État a mal démontré le risque, c’est que le risque n’existe pas.
À peine avons-nous le temps de célébrer notre victoire contre le déterrage dans ce département que nous sommes notifiés d'une autre victoire pour les 🦡🦡🦡, contre des battues cette fois ! https://www.aspas-maitre-renard.org/blaireaux-vs-sncf-victoire-contre-des-battues-administratives-dans-leure/
— ASPAS (@aspasnature.bsky.social) 6 mai 2026 à 09:00
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Le préfet de l’Eure avait autorisé des battues administratives aux blaireaux à la demande de SNCF Réseau, sur les communes d’Étrépagny, du Thil, de Saussay-la-Campagne et de Mesnil-Verclives. L’arrêté visait la sécurité publique, en raison de dégâts supposés sur une plateforme ferroviaire. Il permettait d’intervenir de jour comme de nuit, par tous modes et moyens, jusqu’au 31 mai 2025.
Le tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté. Il a sanctionné un dossier bancal. Les éléments produits par la préfecture ne permettaient pas d’établir clairement la présence de galeries sous la voie, leur occupation actuelle par des blaireaux, ni l’existence d’un risque avéré pour la sécurité ferroviaire.
C’est net, et c’est sévère pour l’État. Quand une préfecture autorise des opérations de destruction sur une espèce sauvage, elle doit arriver avec autre chose que des signalements vagues et des constats mal étayés. Photos, plans, localisation précise, expertise technique, alternatives envisagées : le minimum, en somme. Ici, ce minimum n’y était pas.
La prestidigitation de l’ASPAS
L’ASPAS présente cette décision comme la confirmation que les battues étaient inutiles. C’est là que commence la prestidigitation.
Le juge dit : le préfet n’a pas démontré la nécessité de l’arrêté.
L’ASPAS traduit : la nécessité n’existe pas.
Le juge dit : les pièces du dossier ne suffisent pas à établir le risque.
L’ASPAS traduit : le risque est imaginaire.
Ce glissement est le cœur du procédé. L’absence de preuve devient preuve de l’absence et un arrêté mal ficelé devient une démonstration générale de l’inutilité de la régulation.
Cette méthode est confortable. Elle évite de répondre à cette question : que fait-on lorsqu’une espèce sauvage cause, ou peut causer, un dommage sérieux à une infrastructure ?
L’ASPAS ne veut pas traiter cette question parce qu’elle s’en moque. Elle préfère occuper le terrain moral. Le blaireau devient une victime pure, la SNCF une machine brutale, et la préfecture un bras armé sans cœur. Le décor est posé. La décision judiciaire vient ensuite servir de tampon.
Sauf que le juge administratif, lui, ne fait que contrôler la légalité d’un acte. Dans cette affaire, il a estimé que l’État n’avait pas assez justifié sa décision. C’est une victoire contentieuse et purement administrative. Mais chaque décision pourtant prétexte à crier victoire.
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L’État, fournisseur officiel de munitions
Il faut aussi regarder l’autre moitié du problème. Les militants ne fabriquent pas seuls leurs prétendues victoires. L’administration les leur offre.
Un arrêté aussi large, sur plusieurs communes, avec des interventions possibles de jour comme de nuit, exigeait un dossier solide. Il fallait démontrer le danger, documenter les galeries, identifier les points sensibles, expliquer pourquoi les méthodes de répulsion ne suffisaient pas. La préfecture ne l’a pas fait correctement. Résultat : l’ASPAS repart avec un communiqué triomphal.
C’est devenu une mécanique bien huilée. L’administration agit dans l’urgence, rédige large, documente peu, puis s’étonne de perdre. En face, les associations animalistes n’ont plus qu’à ramasser. Chaque approximation préfectorale devient une victoire politique. Chaque pièce manquante devient une preuve contre la régulation.
On ne défend pas sérieusement l’action publique avec des dossiers troués.
Le réel ne comparaît pas au tribunal
La justice a tranché ce qu’elle devait trancher : la légalité d’un arrêté. Elle n’a pas établi que les blaireaux ne posaient aucun problème sur cette ligne. Elle n’a pas démontré que les terriers étaient sans effet sur les ouvrages. Elle n’a pas prouvé que les solutions non létales suffisaient. Elle a constaté que l’État n’avait pas apporté les preuves nécessaires.
L’ASPAS fait semblant de ne pas voir la différence.
L’association vit donc désormais aux crochets d’un Etat qui n’a pas encore compris qu’il sera attaqué à chaque fois sur la base de ses propres paresses.
A voir en vidéo :










Bizarre, l’Aspas n’écrit ni « la nécessité n’existe pas » ni « le risque est imaginaire » dans son CP. Rien que du factuel. Pas de prestidigitation.
« Pour le juge, les éléments fournis par le préfet pour justifier ces battues sont clairement insuffisants, rien ne démontrant que des blaireaux vivent bel et bien sous la voie de chemin de fer, ni qu’il existe un réel risque pour la sécurité des infrastructures ferroviaires. «