Chaque année, la même vidéo refait surface, et avec elle les mêmes commentaires larmoyants : un cerf en deuil, une scène bouleversante, des chasseurs sans cœur. Pourtant, tout ça est imaginaire.
Ce moment bouleversant où un cerf en deuil tente désespérément de réveiller un être cher, tout juste abattu… 💔😢 Profondément ému, l’animal s’acharne à le faire revenir à la vie, sous le regard froid et indifférent de ceux qui ont causé cette tragédie — et qui se contentent de… pic.twitter.com/IjJtPZSG0T
— 🌍 Le Monde de demain 🦋 (@le_monde2demain) July 30, 2025
Chaque année ou presque, elle refait surface. Une courte séquence montrant un cerf s’approchant d’une biche abattue. Il la renifle, tente de la monter, puis repart. Autour, un chasseur filme la scène, sa fille à ses côtés. Et sur les réseaux, les réactions affluent : « regardez ce mâle brisé par la douleur », « le chagrin animal est insoutenable », « ces barbares filment la détresse qu’ils ont provoquée ».
Dernier exemple en date : le compte Le Monde de demain, qui affirme que le cerf « tente désespérément de réveiller un être cher » et « s’acharne à la faire revenir à la vie ». On y parle de deuil, de regard ému, de tragédie. On est en plein Bambi.
Mais dans la nature, ce n’est pas Bambi.
Ce que montre vraiment la vidéo (thread de Franc Aller sur Twitter datant de juin 2022)
Puisque cette vidéo suscite encore et toujours les mêmes confusions, typiques de l'actuelle dérive animaliste anthromorphisante : ce #cerf ne "pleure" pas sa "compagne" & il n'y a ici ni chagrin, ni conscience. On explique ?
— Franc Aller (@FrancAller_info) June 25, 2022
[thread]
1/20#ChassePartagehttps://t.co/gyMGMxtvrP pic.twitter.com/t4Ds2QwPA8
La scène a été filmée aux États-Unis, en pleine période de rut des cervidés. La biche était en chaleur lorsqu’elle a été tuée, et son corps continue d’émettre des phéromones sexuelles puissantes. Le cerf, guidé par ses instincts de reproduction, est attiré par ces signaux olfactifs.
Il la renifle, effectue un comportement de flehmen (lèvres retroussées pour capter les odeurs avec l’organe de Jacobson), tente de la monter… puis repart. Il n’y a ni attachement, ni compréhension de la mort, ni rituel funéraire. Il y a simplement un mâle en rut, attiré par l’odeur d’une femelle en chaleur.
Anthropomorphisme ou ignorance ?
Attribuer des émotions humaines à des animaux sauvages est une tendance bien ancrée dans une partie du militantisme animaliste. Elle permet d’émouvoir, de mobiliser, de culpabiliser. Mais elle repose sur une projection mentale, non sur la réalité biologique.
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Les cerfs ne forment pas de couples. Mâles et femelles vivent séparément presque toute l’année, ne se retrouvent que pour la reproduction, et les mâles sont indifférents à leurs faons comme à leurs partenaires passées.
Parler ici de chagrin ou de fidélité, c’est aussi absurde que de dire qu’un moustique est en deuil après qu’on ait écrasé sa compagne.
Pourquoi ces images reviennent toujours ?
Parce qu’elles servent un récit.
Elles permettent d’inverser les rôles : le chasseur devient bourreau froid, l’animal devient victime tragique, consciente, presque humaine. Et si possible, on ajoute un enfant à l’image — pour accuser l’inhumanité du parent.
Ce procédé rhétorique est bien connu. Il ne vise pas à comprendre le réel, mais à le façonner émotionnellement.
Il ne s’agit pas de nier la sensibilité animale. Mais l’animal n’est pas un humain miniature, en version poilue. Le cerf en deuil n’existe pas.
Et ceux qui propagent cette fable le savent très bien. Ils misent sur la crédulité du public, jouent sur l’émotion pour faire grimper les vues, les partages, les likes. Derrière leurs grands airs de compassion, ces comptes ne font qu’exploiter la naïveté humaine.
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Du Bambysme .