À force de suspendre, réactiver, contester et redécider, l’État a transformé la protection des oiseaux en feuilleton kafkaïen. La bécassine n’est plus chassée, mais plus personne n’y comprend rien.
On pensait avoir tout vu : les moratoires dictés par l’émotion, les arrêtés préfectoraux retoqués à la chaîne, les juges en arbitres improvisés de la biodiversité. Mais la dernière décision du ministère de la Transition écologique concernant la bécassine des marais franchit un nouveau cap dans l’absurde administratif.
Petit rappel des faits : la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) avait obtenu fin août la suspension de la chasse de la bécassine dans le Doubs et le Jura, au motif que la population nicheuse y serait en déclin critique. Or, en droit français, suspendre un arrêté préfectoral revient à… réactiver automatiquement l’arrêté ministériel qui autorise la chasse. Résultat : la suspension de la chasse a rouvert la chasse.
Un paradoxe typiquement français, où la volonté de protéger une espèce aboutit d’abord à la fragiliser juridiquement. Il a donc fallu un second recours, puis une nouvelle décision du ministère, pour suspendre cette fois l’arrêté ministériel lui-même — et rétablir l’interdiction initialement souhaitée. Trois décisions successives pour parvenir à un simple « on ne chasse pas cette saison ». Dites que vous êtes français sans dire que vous êtes français.
Le droit contre le bon sens
Ce jeu de ping-pong administratif illustre la dérive d’une écologie pilotée par les tribunaux plutôt que par la science. Les préfets prennent des arrêtés, la LPO attaque, le juge suspend, le ministère rectifie… et pendant ce temps, les zones humides qui abritent les bécassines continuent de se dégrader sans que cela n’émeuve grand monde. Sauf les chasseurs évidemment qui sont, et de très loin, les premiers gardiens des zones humides.
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La population nicheuse de la vallée du Drugeon, dans le Doubs, est certes en déclin, mais elle ne représente qu’une infime part des effectifs européens de bécassines des marais (oiseau qui se porte très bien par ailleurs, elle vous en remercie).
Les chasseurs locaux avaient d’ailleurs d’eux-mêmes déjà repoussé d’un mois l’ouverture afin d’éviter tout tir accidentel sur les rares oiseaux encore en reproduction et de laisser passer la période sensible du départ des nicheuses. Ils avaient également instauré un Prélèvement Maximal Autorisé (PMA) pour encadrer les prélèvements, dans l’esprit de la chasse adaptative. Des mesures de régulation raisonnables, mais balayées d’un coup de tampon.
L’illusion du geste symbolique
Ce dossier montre aussi les limites d’une écologie de l’interdiction : suspendre un arrêté donne l’impression d’agir, sans rien résoudre sur le fond. Car le principal facteur du déclin des bécassines nicheuses reste la destruction des habitats, pas la chasse (ce que concède même la LPO). Or sur ce terrain-là, ni les ONG ni les tribunaux ne se battent avec la même ferveur.
La France devient ainsi experte en protection administrative : un oiseau disparaît, on suspend un texte ; un marais se vide, on publie un communiqué ; un naturaliste s’inquiète, on rédige un moratoire. Mais la bécassine, elle, n’a pas besoin de paragraphes : elle a besoin d’eau, de zones humides et de gestion.
Dans cette affaire, la bécassine n’est plus un oiseau, mais un symbole pris au piège de nos contradictions. On ne sait plus si on la protège, si on la chasse ou si on l’utilise pour se rassurer. Le droit se mord la queue, la nature continue de reculer, et le bon sens — lui — a déjà pris son envol.
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Bonsoir, voilà pour ceux qui n’avaient pas encore compris !Le « vert » est dans la pomme depuis 2017,on se base sur quelques couples nicheurs,alors que plus de 99%de l’espèce est migratrice,et le climat idéal pour la reproduction de tous les migrateurs se trouve au nord et à l’est de l’europe depuis des millénaires .ces couples sont des exceptions.
Bécassine ? » je la connais bien …c’est ma cousine! » – Chantal Goya 😉
Ah, la bécassine, symbole de notre absurde administratif ! On suspend larrêté, on suspend larrêté, mais les marais continuent leur danse de la mort ! Félicitations à tous, on a agi comme des dindons ! Le droit se mord la queue, la nature recule, et le bon sens sest volatilisé. Bravo pour cette masterclass en protection symbolique. La bécassine na pas besoin de paragraphs, elle a besoin deau… et dun peu de bon sens, mais là, cest un luxe !