À Lyon, la Fête des Lumières se veut plus sobre, plus vertueuse, plus idéologique aussi. Mais cette année, les lumières écologistes brillent avec l’argent de Jean-Michel Aulas, le vilain capitaliste.
La magie de la Fête des Lumières a, une fois encore, opéré. Drones, reflets, scénographies millimétrées : la 26ᵉ édition a offert son lot d’images spectaculaires, notamment au parc de la Tête d’Or. Officiellement, tout est sous contrôle : sobriété énergétique, création responsable, message écologique. Officieusement, le tableau est un peu moins pur.
Car derrière certaines installations se cache un mécénat privé pour le moins embarrassant pour la majorité municipale. Jean-Michel Aulas, ancien patron de l’OL et incarnation locale du capitalisme sportif et événementiel, a financé deux œuvres via sa société ThrillStage, détenue majoritairement par sa holding familiale Holnest, exploitante de la LDLC Arena. Un détail ? Pas vraiment.
Le malaise tient d’abord au symbole. Depuis 2020, la Ville de Lyon dirigée par les écologistes a fait de la Fête des Lumières une vitrine idéologique. Moins de spectaculaire, plus de sens, moins de “bling”, plus de message. Une rupture assumée avec ce que les élus décrivent volontiers comme les excès du “monde d’avant”. Or Jean-Michel Aulas est précisément l’une des figures lyonnaises les plus identifiées à ce monde-là.
Le malaise tient ensuite au calendrier. Ce mécénat a été conclu en juillet, à une période où les intentions politiques d’Aulas ne faisaient déjà plus mystère. L’homme envisage ouvertement une candidature aux municipales. Autrement dit, un futur adversaire potentiel de la majorité écologiste contribue financièrement à l’un de ses événements culturels les plus emblématiques, avec l’aval de la Ville. Sur le plan juridique, rien à redire. Sur le plan politique, la scène est pour le moins déroutante.
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Les écologistes lyonnais dénoncent régulièrement les grandes fortunes, les logiques de prestige, le sport-business et les partenariats jugés toxiques lorsqu’ils émanent d’acteurs qu’ils combattent. Mais lorsque ces mêmes acteurs apportent de l’argent, du savoir-faire et de la visibilité à une manifestation municipale, la radicalité se fait soudain plus discrète. La morale écologique semble alors parfaitement capable de composer avec ce qu’elle prétend combattre.
Ce n’est pas la première fois que la majorité lyonnaise se retrouve prise dans ses propres contradictions. La Fête des Lumières, présentée comme un modèle de sobriété et de cohérence environnementale, demeure un outil de communication massif, coûteux, énergivore et politiquement utile. Qu’elle soit partiellement financée par un grand patron candidat aux municipales achève de fissurer le récit.
L’affaire n’est pas scandaleuse. Elle est révélatrice d’une écologie de pouvoir qui condamne certains financements quand ils viennent des “autres”, mais sait parfaitement les accepter quand ils servent sa mise en scène. Révélatrice aussi d’un double discours devenu classique : la rupture en parole, l’accommodement en pratique. Un avant-gout de ce que serait une politique nationale écologiste si (dans un scénario hautement improbable), ils arrivaient aux affaires.
À Lyon, les lumières brillent. Reste à savoir qui paie la facture, et surtout à quel prix politique.
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Bonjour, opportunistes ….ah! opportunisme politique, LEURS ADN et pas qu’eux !