Soja, steak et virilité

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date 04 juin 2026
author Richard sur Terre

Reporterre se moque des mâles alpha effrayés par le soja, et il y a de quoi. Mais sous le rire, le journal recycle sa propre morale alimentaire : remplacer le steak-totem par le yaourt-vertu.

Une marque de yaourts au soja a diffusé une pub virale où elle se moque des « vrais bonhommes » qui ne jurent que par la viande pour leurs protéines. D’où vient cette haine du tofu ? Notre chroniqueuse Nora Bouazzouni nous explique ➡️ https://l.reporterre.net/jkP

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— Reporterre 🌍 | Le média de l'écologie (@reporterre.net) 3 juin 2026 à 16:03

Une publicité Sojasun a piégé quelques influenceurs masculinistes en leur proposant de devenir l’égérie d’un personnage nommé « Sojaman ». Réactions outrées donc opération réussie. Reporterre s’en empare pour célébrer les « hommes soja » et se demander d’où vient cette haine du tofu.

Sur un point, il faut être clair : les types qui pensent qu’un yaourt au soja va leur faire pousser une poitrine racontent n’importe quoi. Le soja ne féminise pas les hommes. Les paniques hormonales autour des isoflavones sont de l’ordre du folklore viriliste. Là-dessus, les masculinistes méritent la moquerie qu’ils reçoivent.

Mais une fois cette bêtise écartée, il reste quoi ? Un texte qui vise juste sur sa cible, puis dérape dans sa propre caricature.

Reporterre part d’une vraie absurdité : certains hommes ont besoin de viande pour se raconter qu’ils sont des hommes. En revanche, au passage et de manière pas très maline, le média éclabousse tout un univers : la musculation, la whey, le suivi des protéines et l’effort physique en général. Chercher à construire son corps condamne déjà à la caricature viriliste. C’est la faiblesse du texte : il prétend démonter un cliché alimentaire, puis recycle un cliché social.

Du coup, répondre à cette comédie par une autre comédie n’élève pas le débat. Car l’article finit aussi par suggérer que le rejet du soja serait essentiellement une affaire de masculinité blessée, d’antiféminisme, de xénophobie larvée et de peur de l’empathie. C’est rapide et commode. On attrape quelques influenceurs abrutis, on les secoue devant tout le monde, puis on explique qu’ils révèlent quelque chose de profond sur les hommes, la viande et l’Occident. Rien que ça.

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On peut ne pas aimer le tofu sans être un garde-frontière de la virilité hégémonique. On peut se méfier des substituts végétaux sans bader Trump. On peut préférer les œufs, le fromage, le poisson, le gibier ou la viande sans croire qu’un dessert au soja va menacer l’ordre sexuel du monde. Il existe des raisons très simples de ne pas adhérer au marketing végétal : le goût, la texture, le prix, la digestion, l’ultra-transformation de certains produits, ou simplement la lassitude devant une alimentation devenue revendication politique (ça marche dans les deux sens hein).

C’est là que l’édito de Reporterre rate complètement sa cible.

Il a raison de dénoncer la bêtise masculiniste. Mais il reste prisonnier de la même logique identitaire. Les uns disent : « vrai homme = viande ». Les autres répondent : « homme moderne = soja ». Dans les deux cas, l’assiette cesse d’être une assiette pour devenir un drapeau.

La viande n’est pas seulement un fantasme de mâle alpha. C’est aussi un repas de famille, un plat du dimanche, une grillade entre amis, un morceau de gibier partagé, une habitude populaire, parfois une culture paysanne. On peut critiquer la surconsommation carnée, l’élevage industriel et les postures virilistes sans réduire tout rapport à la viande à une parade de domination masculine.

Même chose pour le soja. Ce n’est ni un poison pour la virilité, ni un sacrement écologique. C’est un aliment. Avec ses qualités, ses limites, ses usages, ses filières, et ses excès possibles. Il n’a pas à porter sur ses épaules la rédemption morale de l’homme occidental.

Le problème n’est pas qu’un homme mange de la viande. Le problème commence quand il a besoin de viande pour prouver qu’il est un homme. Mais le problème continue quand ses adversaires croient répondre à cette bêtise en transformant le yaourt au soja en certificat de vertu.

Bref, se foutre de la poire d’une caricature et en devenir une soi-même. C’est cocasse.

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2 Commentaires :
  1. LostSoul
    04/06/26

    Bouffez de tout, pi voilà ! (et faites chier les lobbyistes un maximum)

  2. AJH
    04/06/26

    C’est quand même incroyable dans ce monde où tout est plus compliqué et varié que nous les humains ayons cette tendance de plus en plus marquée à nous définir par des positions complètements tranchées. Pourquoi toujours se définir par une opposition à quelque chose. Et non par une particularité et quelques points communs.

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