Dans l’atelier d’Harold Jenking, rien ne donne l’impression d’une production. Le bois attend, les pièces avancent à leur rythme. Ici, on ne “sort” pas un arc : on l’accompagne jusqu’à ce qu’il tienne seul.
Formé à l’ébénisterie, archer depuis des décennies, Harold est facteur d’arcs au sens plein du terme. Il fabrique des arcs traditionnels en bois, entièrement à la main, à partir d’essences soigneusement choisies, souvent échauffées puis stabilisées. Il réalise aussi des lances-pierres, avec la même exigence de matière, de tenue et d’usage. Dans tous les cas, l’objet est pensé comme un outil avant d’être regardé comme une pièce.
« Ici, on comprend vite qu’on est chez un artisan »
Quand on entre dans ton atelier, qu’est-ce que tu veux que les gens comprennent immédiatement de ton travail ?
Qu’ils ont affaire à un artisan, pas à une vitrine. Mon rôle, c’est de répondre aux attentes, mais en restant honnête avec la technique et la matière. Je travaille avec plusieurs essences de bois, avec des comportements différents. Chaque choix a un impact direct sur l’arc final. Rien n’est décoratif par hasard.
À quoi ressemble une journée “normale” chez toi ?
Il n’y a pas de journée type. Je peux passer deux heures sur un arc, puis basculer sur un lance-pierre, pendant qu’une autre pièce est en cours de stabilisation. Plusieurs projets vivent en même temps. Il faut garder une vision d’ensemble, sans jamais perdre le souci du détail. Et surtout, finir correctement ce qu’on commence. Sans oublier de clore la journée avec un affût, bien entendu.
Le temps n’est pas une variable d’ajustement
Quelles sont les étapes que tu refuses de raccourcir ?
Tout ce qui touche aux renforts de poignée. C’est une zone clé. L’intégrité de l’arc en dépend. Je refuse de baisser la qualité à cet endroit, même si ça me ferait gagner du temps. Le temps fait partie de la solidité.
Tu sais rapidement si un arc va être réussi ?
On sent assez vite si le projet part bien. Mais rien n’est jamais garanti. Il y a toujours un moment d’incertitude. Et parfois, ça casse. C’est dur, mais c’est aussi ce qui distingue un travail artisanal d’un travail industriel.
Le bois impose ses règles
Comment choisis-tu tes bois ?
Je travaille avec deux grandes catégories : le bois sain et le bois échauffé. Les deux offrent de très bonnes propriétés mécaniques et un rendu esthétique fort. Ensuite, l’ensemble est renforcé par des fibres pour assurer la tenue dans le temps.
Le bois échauffé et stabilisé, qu’apporte-t-il vraiment ?
Un bois trop échauffé ne convient pas à une poignée. En revanche, une fois stabilisé, il apporte de la résistance mécanique et de la masse. Cette masse améliore le confort au tir. Ce sont des choix fonctionnels avant d’être visuels.
Et le bambou ?
Le bambou est une matière vivante. Deux lots différents donneront deux arcs totalement différents. C’est pour ça que je fabrique un arc test à chaque arrivage, exactement comme pour la fibre de verre. On ne peut pas travailler ce matériau sans l’observer longuement.
Le sur-mesure commence par le tireur
Quand quelqu’un te commande un arc, par quoi tu commences ?
Je regarde d’abord sa façon de tirer, puis sa pratique. Ça me permet de comprendre si j’ai affaire à un chasseur ou à un tireur, et surtout de voir s’il maîtrise réellement son tir à l’arc.
Tu refuses certaines demandes ?
Oui. S’il n’y a pas de cohérence technique, je préfère dire non. L’esthétique doit être durable. Je ne fabrique pas un arc pour qu’il plaise une semaine.
Deux arcs identiques sur le papier peuvent vraiment être différents ?
Oui. Le bois, l’allonge, la dynamique de tir… tout varie. C’est précisément pour ça que le sur-mesure a un sens.
Un outil avant un objet

Tu conçois des arcs faits pour être utilisés. Comment ça se traduit ?
Un arc doit être adapté à la façon de chasser ou de tirer. J’ai longtemps traqué avec un arc, donc j’ai conçu des arcs courts, adaptés à cet usage. Un modèle de 54 pouces doit pouvoir accepter une allonge de 32 pouces sans pincement. Ce sont des choix dictés par le terrain, pas par le catalogue.
Qu’est-ce qui rend un arc fiable dans le temps ?
Des matériaux cohérents, aucune concession sur les zones sensibles, et un équilibre entre solidité et confort. Un arc doit rester constant.
Le regard de l’artisan
Qu’est-ce que tu vois immédiatement chez un tireur expérimenté ?
Je vois souvent des gens avec des arcs trop grands ou trop puissants pour leur allonge. Ils pensent gagner en confort. En réalité, certains ont quinze livres de trop… et ils en bavent.
Qu’est-ce que “l’arc artisanal” signifie pour toi ?
C’est prendre le temps de conseiller, de faire essayer, de régler l’allonge, de choisir les bois ensemble. Et accepter qu’on te dise que c’est trop cher parce que sur internet c’est moins cher. Jusqu’au moment où la personne comprend ce que ça change vraiment en main.
Qu’est-ce que tu veux encore améliorer ?
Réduire l’usage de bois exotiques. On a aujourd’hui des essences européennes échauffées remarquables. Encore faut-il savoir les employer correctement.
Les lances-pierres, même exigence
Fabriquer un lance-pierre, c’est un autre métier ?
La logique est la même. J’utilise une âme en aluminium ou en contreplaqué pour encaisser les contraintes, puis un habillage en bois échauffé. Pour le tir, on est très proche de la philosophie de l’arc.
Qu’est-ce que ça change pour l’utilisateur ?
C’est un objet pensé par un passionné pour un autre passionné. La prise en main, la sensation, la confiance dans l’outil : tout compte.
Signature
Mais quand un arc quitte l’atelier d’Harold Jenking, il n’emporte pas un discours.
Il emporte deux choses : une ligne juste, et une arme qui va durer.
Contacter Harold Jenking
Pour échanger avec Harold Jenking, découvrir son travail ou discuter d’un projet d’arc ou de lance-pierre sur mesure, plusieurs moyens de contact sont possibles :
- Atelier : 1 rue Murillo, 92700 Vanves
- Téléphone : +33 (0)6 10 11 48 05
- Email : contact@harold-jenking-facteur-arcs.com
- Facebook : https://www.facebook.com/facteurarcharoldjenking
Harold privilégie les échanges directs : un message clair, une demande précise, et le dialogue peut commencer — comme son travail, sans détour.
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