En Écosse, la restauration des milieux passe par l’abattage massif de cervidés. Une réalité embarrassante pour les réensauvageurs et autres adeptes de « la nature qui se régule toute seule ».

Le mot fait vendre des reportages, des livres d’images et des récits écologiques : le sauvage. On promet son retour, on célèbre la nature qui reprend ses droits, on imagine des vallées délivrées de l’emprise humaine. Puis vient le moment moins poétique où l’on regarde ce qui pousse réellement au sol. Et là, le décor change.
En Écosse, les autorités et une partie du monde conservationniste ont durci le ton sur les cervidés parce que des densités jugées trop élevées empêchent la régénération forestière, compromettent certains projets de restauration d’habitats et entravent des objectifs climatiques et de biodiversité désormais inscrits au cœur de la politique publique écossaise. Le gouvernement écossais a lui-même lié la réduction des densités de cervidés à la récupération des paysages naturels et des boisements, en citant comme seuil de référence, dans de nombreux contextes, un niveau autour de moins de 5 cervidés par km².
Autrement dit, le “retour au sauvage” n’a pas conduit à l’effacement de l’intervention humaine. Il a conduit à l’organiser, à la chiffrer, à la renforcer. Le rêve du non-interventionnisme s’est fracassé sur une évidence : quand les animaux sont trop nombreux pour laisser repartir le milieu qu’on prétend restaurer, quelqu’un doit trancher.
Le réel ne se régule pas avec du vocabulaire
C’est là que l’affaire devient intéressante. Car il s’agit d’abattre des cervidés en nombre suffisant pour réduire la pression de broutage et permettre à la végétation, aux jeunes arbres, aux landes et aux habitats dégradés de reprendre de la vigueur. En 2023-2024, l’Écosse a enregistré le plus haut niveau de prélèvements de cervidés depuis le début des relevés de NatureScot, avec 138 534 animaux abattus selon les documents parlementaires et les organisations du secteur.
Il faut bien mesurer ce que cela signifie. Quand un chasseur parle de régulation, on lui oppose souvent le soupçon moral, le procès d’intention, l’image d’une pratique archaïque dont il faudrait sortir. Mais quand une administration, un gestionnaire d’espaces ou un projet de restauration écologique en arrive à la même conclusion, le vocabulaire change d’un coup. On ne parle plus de chasse. On parle de gestion adaptative, de résilience, de restauration, de trajectoire écologique. Le fusil n’est plus tout à fait le même dès lors qu’il est tenu au nom de la bonne cause.
Cette transfiguration lexicale ne change pourtant rien au fond. Le problème n’est pas aboli par les mots. Il est juste déplacé. La mise à mort devient socialement fréquentable lorsqu’elle sert une narration acceptable pour les classes urbaines diplômées : non plus la chasse comme usage du vivant, mais l’abattage comme technique de réparation environnementale.
Bien entendu nous sortirons de l’équation les antispécistes pour qui toute intervention humaine est de fait une agression. Restons entre gens raisonnables.
Les cerfs sont magnifiques jusqu’au moment où ils gênent le projet
Le plus frappant, dans ce type de dossier, c’est le statut très variable de l’animal. Le cerf bénéficie dans l’imaginaire contemporain d’un privilège évident. Noble, photogénique, patrimonial, presque sacré dans certains récits, il incarne volontiers la nature. Tant qu’il demeure dans l’image, tout va bien. Mais dès qu’il devient obstacle à la repousse forestière ou à la restauration d’un habitat, il cesse d’être une icône pour redevenir une variable de gestion.
Les recherches récentes menées en Écosse vont d’ailleurs plus loin que la simple intuition. Une étude récente réalisée sur six années de suivi conclut que la réduction des densités de cervidés à 3 individus par km² ou moins peut être décisive pour restaurer certains boisements montagnards perdus dans les Highlands. L’université de Stirling présente ces résultats comme une démonstration claire du fait que les densités actuelles restent incompatibles avec le retour de certains habitats forestiers.
Les écologistes les plus hostiles à la chasse aiment parler d’écosystèmes, d’interdépendances, de complexité du vivant (toujours hors la sphère antispéciste). Très bien. Mais la complexité a un prix : elle oblige parfois à admettre que la protection d’un milieu passe par la réduction drastique d’une population animale emblématique. Le réel ne se range pas derrière les préférences sentimentales.
La régulation reste nécessaire, même quand on déteste les chasseurs
Le cas écossais met donc au jour une contradiction plus large. Une partie du discours écologiste a passé des années à présenter la chasse comme une survivance douteuse, portée par des intérêts particuliers et une culture dépassée. Puis, lorsque les objectifs de restauration se heurtent à la pression d’herbivores trop nombreux (surpopulation dont les humains sont responsables), ce même univers intellectuel redécouvre avec gravité qu’il faut tuer, planifier, contrôler, réduire.
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Il ne s’agit pas ici de dire que tout se vaut, ni que n’importe quelle chasse se confond automatiquement avec n’importe quelle politique de conservation. Les cadres, les finalités et les méthodes diffèrent. Mais une vérité plus simple remonte à la surface : on ne gère pas des animaux sauvages en surnombre avec des phrases toutes faites. À un moment, il faut des hommes de terrain, des objectifs, des tirs, de la persévérance, et l’acceptation lucide du fait que l’équilibre d’un milieu passe parfois par la mort de nombreux animaux.
L’ironie est sévère. Ceux qui ont voulu opposer la pureté de la nature retrouvée à la brutalité supposée des chasseurs se retrouvent rattrapés par une évidence ancienne : le vivant n’est pas un conte pour animalistes. C’est un ensemble de rapports de force, de seuils, de pressions, de limites. Et lorsque ces limites sont franchies, la régulation redevient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : un instrument concret de gestion.
Le sauvage administré
L’Écosse ne raconte pas la disparition de l’intervention humaine. Elle raconte son retour sous une forme plus présentable. Le sauvage qu’on nous vend n’est pas libre. Il est surveillé et corrigé. Il avance avec des densités cibles, des rapports officiels, des justifications climatiques et des plans de restauration.
La régulation n’est pas une honte dont les sociétés modernes devraient se débarrasser. Elle est la conséquence directe de leurs ambitions écologiques elles-mêmes. À force de vouloir restaurer la nature sans assumer les gestes concrets que ça implique, on finit toujours par redécouvrir ce qu’on avait passé tant de temps à mépriser. En Écosse, pour refaire place à la forêt, il a fallu sortir le fusil. Le reste est affaire de vocabulaire.
A voir en vidéo :











En réalité, cette situation est héritée de l’éradication du loup en Écosse. Il suffirait de réintroduire cet animal, comme cela a été fait à Yellowstone, pour voir chuter rapidement la population de cervidés. Cela permettrait, par la même occasion, la croissance d’une plus grande biodiversité de plantes, une forêt en meilleure santé et le retour d’une grande variété d’oiseaux.
Ou de considérer la venaison comme une production. Car je pense qu’il n’y a pas de raison que le loup en Ecosse ne pose pas les mêmes problèmes qu’en France vis à vis de l’élevage.
Encore une qui a avalé le conte tout rond 🙄, … c’est beau la naïveté 🥲
Ne parlez pas de réalité, vous n avez jamais mis une paire de bottes.
Déduire de vos propres revenus le montant des dégâts du loup sur nos troupeaux de bovins et d ovins , c est la seule solution pour calmer les rêveurs .
Mais je veux bien moi! Et en échange, je ne donnerais par un cent pour l’énergie nucléaire! J’y gagnerais, croyez-moi!
Ensuite, les « doux rêveurs » sont ceux qui croient qu’un loup ne mange que des fraises des bois ou des campagnols, et ceux qui croient que l’on peut arriver à « zéro attaque ». Sans oublier ceux qui pensent qu’on va leur laisser recommencer l’éradication des loups.
Vivre et laisser vivre, agir avec pragmatisme et modération, loin des vociférations, des calculs politiques, ça, ce serait déjà un énorme progrés!
Pourquoi,vous vous éclairez la bougie,a côté de chez moi 600 hectares de forêt viennent d être remplacés par des panneaux solaires,bof.
Le loup comme l ours sont des sources de problèmes pour nous éleveurs , c est vrai qu un de plus ça ne vous dérange pas , au contraire ça vous fait rire .
Avec des gens comme vous , le cerveau va se transformer en tumeur , une main pour se gratter la tête et l autre pour se gratter le c.l , avec la capacité de mourir de faim assis sur un sac de pain .
Rêveurs , vous en avez trop dans l assiette.
Sauf que l Ecosse ce n est pas yellowstone ,les loups vont d abord s attaquer aux ovins ,très nombreux.continuez de rêver.
Les éleveurs de moutons écossais seront sûrement ravis d’être indemnisés des clopinettes ! C’est beau idéaliser mais ça ne tient pas . Le loup est tout sauf idiot …
138534 animaux en 1 saison ! Va falloir un poaquet de loups pour faire le job !! Et en espérant qu’ils ne s’en prennent qu’à cette espèce.
Pas tant que cela: selon une étude récente, une grosse centaine loups suffirait.
« Les chercheurs ont étudié l’impact que la réintroduction de loups pourrait avoir sur quatre grandes zones de nature sauvage écossaise : les Cairngorms, les Hautes Terres du Sud-Ouest, les Hautes Terres centrales et les Hautes Terres du Nord-Ouest. Leur modèle prédateur-proie montre qu’une population d’environ 167 loups suffirait à réguler les cerfs et à permettre aux arbres de repousser naturellement, avec une capacité d’absorption d’environ un million de tonnes de CO₂ par an. Ce chiffre représente 5 % de l’objectif de séquestration carbone fixé pour les forêts britanniques dans le cadre du plan de neutralité carbone d’ici 2050.
Chaque loup aurait ainsi une valeur carbone estimée à 154 000 £ en tenant compte du coût du carbone sur le marché. Loin d’être une simple mesure de conservation, cette réintroduction pourrait donc jouer un rôle crucial dans les stratégies de lutte contre le réchauffement climatique. »
Parce que vous croyez que le nombre de loup va se limiter à une centaine,on essaie de vous expliquer la réalité viv a vis du nombre important d ovins quasiment en liberté en Ecosse,il faut atterrir le monde de Walt Disney n existe pas.
On est très loin du compte : 167 loups c’est grosso modo 25 meutes. Une meute prélève un à deux cervidés par semaine pour sa subsistance, (on le voit chez nous depuis plus de 10 ans, c’est du terrain pas de la spéculation). on arriverait donc péniblement à 2500 / 3000 cervidés par an, on est loin des 138 000 …
a titre info l animal en élevage en écosse est le mouton donc loup et mouton ??????????
et il a été prouvé que l’exemple de yellowstone ne peut être appliqué qu’à une région plus grande qu’au moins un département et sans habitant marche donc ???????
A idéologie quand tu nous tiens le rationnel par en fumée.
Je suis bien d’accord. C’est ce que j’allais exprimer. Je suis en grand désaccord avec cet article orienté. Quant aux indemnités et dégâts causés sur les élevages. La collectivité a les moyens de les gérer. Et puis… A-t-on chiffré les dégâts et dommages causés par l’Homme sur la biodiversité avec tous ses comportements déviants et absurdes? Sagesse et humilité seraient bienvenues. Sauf rares exceptions, la Nature se porte mieux sans l’Homme qu’avec ses interventions. Tâchons de rétablir les écosystèmes et les espèces de la manière la plus complète et naturelle possible.
Ce n est pas a la collectivité a payer,un peu facile,non,avec ce raisonnement plus de 3000 milliards de dette .la question est simple,élevage qui nous nourri est t il compatible avec le loup,partout il est régulé,vous êtes de doux rêveurs, perso je soutiens les éleveurs et assistez une fois au spectacle d une dizaine de brebis éventrée pour une a moitié consommée,sortez l argent de votre poche pour indemniser l éleveur et après vous risquez de changer d avis.
Nous n avons pas besoin de dégâts supplémentaires sur nos élevages , quant à chiffrer les dégâts et dommages causés par l Homme , vous devriez commencer par chiffrer les vôtres .
Comme le dit Jean , 3000 milliards de dette !!!!
L’élevage ovin ne subsiste que grâce aux généreuses subventions et aux primes PAC qui sont payées avec… nos impôts. Supprimez les multiples aides à l’élevage et il s’effondre. S’ajoute à cela les coûts indirects de l’élevage, comme la dépollution des sols et des eaux, les problèmes de réchauffement climatique aggravés par l’élevage, les problèmes de santé publique (maladies cardiovasculaires, cancers) dus à notre surconsommation de viande…
Au total, cela fait beaucoup d’excellentes raisons pour réduire la place excessive de l’élevage et redonner des espaces sauvages à la nature.
Vous êtes ridicule,l élevage nous nourri et sans les ovins,plus de fromage,les alpages remplacés par les ronces,c est l élevage des moutons qui a permis aux landais de survivre et nous d exister,ect.ect.mais un peu de bon sens
Pourquoi on (ecolos, techniciens ,chasseurs)réintroduit des vaches,rustiques,dans certains marais pour conserver un milieu ouvert si c est si néfaste que ça.
La PAC ce n est pas un choix , imposée depuis 1962 il ne faut pas oublier un de ses objectifs parmi tant d autres :
– ASSURER DES PRIX RAISONNABLES AUX CONSOMMATEURS .
Il ne faut pas supprimer que les aides pour l agriculture , mais TOUTES les aides .
Ah oui la pollution !! Parlez nous de votre billan pollution que vous savez si bien cacher derrière l agriculture et l industrie :
Rejets de paracetamol , oestrogènes, maquillage, crème solaire , solvants , shampoing , lessive, peinture etc …..
Bilan carbone du PC que vous utilisez , des vêtements et j en passe …
Ou vont les eaux pluviales que vous contaminées ?
Ou vont les rejets liquides de votre station d épuration ?
Ou vont les boues de votre station d épuration ?
Au bout du bout c est dans l air que nous respirons , dans l eau que nous buvons et dans la terre , une participation au développement des cancers .
Pas de miracle, nous sommes tous coupables , et comme vous le dite si bien » cela fait beaucoup d excellentes raisons » pour ce regarder dans un miroir , et arrêter de montrer les autres du doigt .
La science infuse , l auréole sur la tête et les deux petites ailes dans le dos c est pour personne .
La réalité, comme beaucoup je l ai devant les yeux tout les jours et une partie de mes nuits l hiver , en agriculture nous n avons pas le temps de rêver.
Votre loup gardez le dans vos rêves , il sera bien .
Drago,vous avez bien résumé,car le premier fautif est le consommateur qui achète les produits les moins chers,très souvent importés pour se payer des vacances des fois a l autre bout du monde.ce sont de doux rêveurs,ils n ont jamais mis une graine dans le sol,ne connaissent ni les contraintes ni les charges qui pèsent sur les exploitations,ect.ect.
La nature se régule seule, la bonne blague
Oui peut être si il n’y a pas l’homme et ses excès sur l’environnement (lotissements, routes zones commerciales urbanisation… ) C’est peut être encore le cas aux Galapagos et je n’en suis même pas sure.
Complètement d’accord,la nature se régule mais sans nous,(sans notre impact sur l environnement,sans toutes les espèces que nous déplaçons,ect.)et sur de longues périodes.
J’ai vécu 10 ans en Guyane, les chasseurs n’ont jamais rien régulé ! Et la forêt se porte très bien. La régulation est toujours la conséquence d’un déséquilibre.
Lire ”L’agression” de Konrad Lorenz, cela évitera d’écrire des pages d’approximation
la guyane et l Europe avec son agriculture,son élevage et toutes les espèces déplacées(raton laveur,frelons asiatiques, écrevisses de Louisiane, grenouille taureau,ect.ect) ne sont absolument pas comparables et il est évident que les déséquilibres c est nous qui les créons.mais nous sommes là.
Vos commentaires sont très intéressants en ce qu’ils mettent bien le doigt sur le problème.
Le loup a été éradiqué d’Écosse pour faciliter l’expansion de l’élevage ovin. En faisant cela, on a créé un déséquilibre de l’écosystème. Mais au lieu de rétablir l’équilibre en réintroduisant le loup, on préfère maintenir le déséquilibre et chercher seulement à corriger ses effets indésirables (l’augmentation des cervidés).
On pourrait chercher à se rapprocher d’une situation proche de l’équilibre, en réintroduisant les loups tout en réduisant la place excessive de l’élevage et en protégeant les troupeaux, comme ailleurs. Bien entendu, la profession agricole n’y est pas favorable.
Mais au final, c’est bien d’un choix politique qu’il s’agit: soit on donne la priorité à une régulation naturelle des cervidés, soit on poursuit la fuite en avant dans l’artificialisation de la nature. Et dans ce cas, on se condamne à devoir lutter sans fin contre les effets indésirables de nos actions, chaque tentative de corriger un déséquilibre produisant un autre déséquilibre.
Mais la régulation naturelle est IMPOSSIBLE car l élevage est indispensable pour nourrir les gens c est d ailleurs une des composantes qui a permis a l homme d évoluer.PARTOUT ,le loup est régulé car la cohabitation est compliquée et très honereuse.
Le monde n’est pas binaire, tout noir ou tout blanc, 100% loup ou 100% élevage. La réalité est plus complexe, plus nuancée. Nous devons réduire la place de l’élevage qui nuit à l’environnement, tous les scientifiques nous le disent. Nous devons redonner de la place à la biodiversité pour enrayer la sixième extinction massive des espèces. Il y a un juste milieu à trouver entre les extrêmes.