Quand l’État planifie la destruction des cervidés

Chasse Actu
date 20 octobre 2025
author Richard sur Terre

Un rapport ministériel invite l’État à un “choc de régulation des ongulés sauvages”. Mais derrière cette formule, se dessine une éradication planifiée.

Il arrive que les mots trahissent mieux que les actes. Lorsqu’un rapport du gouvernement en vient à parler de “plan d’action de crise” pour gérer la faune sauvage, le mal est déjà fait : la forêt est devenue un dossier.

En mai 2025, l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) et le Conseil général de l’agriculture (CGAAER) ont remis un rapport de 129 pages sur le contrat liant l’État à l’Office national des forêts. Objectif : dresser un bilan et fixer les perspectives pour la période 2026-2030.

Mais sous des dehors techniques, le texte dévoile une vision : celle d’un État qui gère le vivant comme un inventaire.

Quand la forêt devient une variable budgétaire

Le rapport emploie un vocabulaire inhabituel pour un document censé traiter d’écologie : “choc de rétablissement de l’équilibre forêts-ongulés”, “plan d’action de crise”, “approche coûts/bénéfices”.
Autant de termes issus du management industriel, pas de la science du vivant.

Cette sémantique n’est pas anodine. Elle traduit une conception de la nature où tout se mesure, se comptabilise, s’optimise. Dans cette logique, le cerf n’est plus un acteur de la forêt : il devient un facteur de risque pour la rentabilité des plantations.

Là où le forestier voyait un équilibre mouvant, l’administration ne voit plus qu’un écart à corriger.

L’ONF sous tutelle comptable

Le rapport invite l’ONF à considérer le “retour à l’équilibre” comme une priorité nationale, “quitte à réduire ses recettes issues des baux de chasse”. Sous couvert d’écologie, il s’agit en réalité d’un recentrage économique : l’arbre redevient un capital, la forêt un actif.

Les agents de terrain, eux, mesurent la contradiction. Ils savent que la forêt ne se régénère pas sous Excel, mais dans la lenteur et la complexité du vivant. Ils savent que la diversité biologique ne se planifie pas, qu’elle s’observe, se comprend, s’accompagne.

Mais ce savoir-là ne pèse pas lourd face à la logique des tableaux de bord.

La voix des chasseurs : un savoir du réel

Dans Le Figaro Magazine, Cyril Hofstein a souligné cette tension : celle d’un État qui prône la biodiversité tout en pilotant la nature à coups de “plans de crise”. Et il donne la parole à Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, qui résume d’une phrase le malaise ambiant :

« Classer les cerfs et les chevreuils comme nuisibles, c’est une aberration. »

Le propos n’est pas corporatiste. Il dit simplement ceci : le vivant n’est pas un chiffre. Les chasseurs, souvent premiers témoins du terrain, voient mieux que quiconque la fragilité d’un équilibre fondé sur la cohabitation, non sur la correction.

Là où la technocratie voit des “densités excessives”, eux voient des territoires vivants. Et leur refus n’est pas idéologique : il est empirique, fondé sur l’observation.

Quand la rationalité tourne à l’absurde

La croyance administrative dans le “rétablissement de l’équilibre” repose sur une illusion : celle d’un monde stable qu’il suffirait de réguler pour qu’il redevienne parfait. Mais l’équilibre naturel n’a jamais été une ligne droite. Il est dynamique, imprévisible, parfois brutal — comme la vie elle-même.

En voulant faire de la forêt un espace “optimisé”, on en détruit précisément la richesse : son désordre fécond. On transforme un écosystème en organigramme. Et on oublie que la forêt n’appartient ni à l’État, ni aux statistiques : elle appartient au temps.

Les chasseurs ne sont pas, et ne seront jamais, des outils au service de quelques intérêts privés (ou publics) qui veulent sacrifier les animaux au profit de la rentabilité. Nous sommes des acteurs de la forêt, pas ses fossoyeurs.

Parfois l’équilibre écologique a bons dos.

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16 Commentaires :
  1. Yenamare
    20/10/25

    Complètement d’accord avec ces paroles . 👍
    Comme déjà proposé tous les chasseurs devraient faire une année blanche sans prélèvement.
    Soit ils nous écoutent nous respectent et travaillent avec nos règles . Soit ils se débrouille eux même.

    1. Lenoble Thierry
      23/10/25

      Pour une fois je suis d accord avec les chasseurs…on ne peut éradiquer les cervidés de nos bois et forêts, ils font partit d une chaîne fragile qu est la biodiversité…nos forêts ne ressemblent déjà plus a rien, maladie dues au réchauffement climatique et surtout a la monoculture, incendies , exploitation a outrance et dégâts irréparable s crées par les engins de déboisement….et j en passe….quand les ronds de cuirs vont ils comprendrent que la nature est une nécessité pour la survie de la planète et non un RIB ? Arrêtez de suite , sortez de vos bureaux et canapés …le monde n est pas du pognon 😢😢

  2. OlivierP
    20/10/25

    Sujet bien complexe pour n’y voir qu’une question de rentabilité immédiate. Pourtant, d’habitude, Richard n’est pas fervent du raccourci…
    Petite donnée éclairante sur la dynamique de population du cerf .
    Prélèvements en France en 1990: 19000.
    En 2023: 87000…
    Quand les systèmes de protections individuelles coûtent 4x le prix des plants, que personne ne souhaite d’engrillagement ni de plastique en forêt, qu’on voudrait de la régénération naturelle mais qu’il faut aussi anticiper le changement climatique par l’introduction de nouvelles essences, je vous laisse imaginer la profondeur de la problématique.
    La forêt a plusieurs fonctions: écologiques, sociales, mais aussi nécessairement patrimoniales et productives. Actuellement, il ne s’agit pas de les optimiser, mais déjà arriver à les maintenir. Avec 4 fois plus d’animaux qu’il y a tente ans.

    1. Jean 2
      20/10/25

      Bonjour,complètement d’accord avec vous!il doit y avoir par-ci par-là, une mauvaise gestion des grands animaux quand la forêt ne se régénère plus!!j’e n’en dirai pas plus……

    2. François Wachbar
      20/10/25

      J’abonde totalement.
      Merci d’avoir si clairement exprimé la complexité du problème de l’équilibre sylvo-cynégétique dans un contexte très perturbé pour des forestiers tenus de conserver la forêt et de produire le bois de qualité nécessaire au marché.

      1. LEGENTIL
        21/10/25

        Si c’est pour envoyer le bois en Chine, je ne comprends pas et c’est ce qu’il se passe

        1. Jean 2
          21/10/25

          Bonjour,la forêt appartient , à l’état ou à des particuliers, libre à eux de vendre sur le marché européen ou ailleurs, là, il s’agit de régénèrer les forêts,et ces arbres ne seront coupés qu’à l’âge adulte, vers environ 20,30,ou 40 ans ou plus,et auront absorber du gaz néfaste et générer de l’oxigène et des fruits, sinon tout le monde sera perdant

  3. AJH
    20/10/25

    Si ces projets se concretisaient au bout de quelques années et dans les territoires concernés. Les écologistes auraient vite fait de prendre les raccourcis et d’accuser les chasseurs d’irresponsabilité. Pour avoir vidé ces territoires de leurs animaux.

    1. Guillaume
      27/10/25

      Exactement, c’est gagnant gagnant pour l’état, il rentabilise au maximum la forêt avec la gestion sylvicole et la gestion cynégétique.
      Si les gens râlent qu’il n’y a plus d’arbres c’est la faute des chasseurs qui ne tirent pas asser parce qu’ils veulent beaucoup de gibier dans leurs forêts.
      Si les gens râlent qu’il n’y a plus de gibier, c’est encore la faute des chasseurs qui tirent trop pour assouvir leur soif de sang, etc…

  4. Chtivarois
    21/10/25

    Rentabilité de la forêt ! Lorsque vous plantez des arbres, Messieurs les Sylviculteurs, vous le faites pour qui? Vous plantez pour obtenir un revenu de votre vivant ou pour constituer un patrimoine sur le long terme et les générations futures?

  5. arbaud
    21/10/25

    Tout ca et base sur le fric et pas sur la faune,

  6. Renaud Klein
    21/10/25

    Le diable est sorti de sa boite: l’argument du productivisme qui balaye tout sur son passage !
    Dans un système complexe (écosystème forestier) vous avez un paramètre (présence des ongulés en forêt) qui a été multiplié par 10 depuis les années 70. Mais bien sûr ce n’est pas ce paramètre qui est source de dysfonctionnement mais le productivisme (nouveau) des avides forestiers… Tout ceci est puéril !
    Est ce que l’on veut régénérer les forêts pour les générations futures ? Rien n’est moins sûr Actuellement 50 % des régénérations forestières domaniales sont compromises mais pour les chasseurs  » tout va très bien madame la Marquise »…
    (Marquise pour qui les chasseurs ont une relation privilégiée !)

    1. Richard
      21/10/25

      Sauf que le productivisme fait vivre tout le monde,ou alors vivre habillé d une peau de bête et se nourrir de plante ou chasser avec son arc.

    2. Chtivarois
      26/10/25

      Peut-être ! Mais dans ces conditions est-ce que la monoculture forestière (les épicéas par exemple n’entraînent t’elle pas la mort de la forêt (insectes ravageurs etc…). La culture des arbres à croissance rapide? Les populations d’ongulés ont augmentées depuis les années 1970. De combien a augmenté la superficie de la forêt dans le même temps? J’ai eu l’occasion de vivre dans les Ardennes au début des années 1980. Sur une coupe on pouvait trouver plusieurs essences différentes. Je comprends que cela doit être un problème, lorsqu’il faut récolter par exemple des chênes et que les hêtres où Frênes qui se trouvent dans la coupe ne sont pas prêts à être sorti. Alors depuis on a peut être changé la physionomie de la forêt pour éviter ce problème pour gagner du temps, mais aussi de l’argent. Les chasseurs sur certains secteurs ont peut-être des torts, mais les Sylviculteurs doivent prendre leur part

  7. Hubert
    22/10/25

    Président d’une association départementale de piégeurs agréés j’avais dans un discours et bien avant ce rapport émis l’hypothèse d’un classement ESOD des cerfs et chevreuils devant les incohérences des plans de chasse via la pression de l’administration et de « nos partenaires agricoles et forestiers »
    Je n’avais malheureusement qu’une longueur d’avance
    Pauvre France avec de tels « experts »
    Je comprends mieux pourquoi nous sommes dans une telle situation

  8. Guillaume
    27/10/25

    Nous comprenons tous que cette gestion est absurde et non viable sur le long terme. L’état le sait aussi pertinemment.
    Pourquoi croyez vous qu’ils continuent à s’entêter la dedans ? Quel est le projet global pour l’avenir ?
    Il suffit d’écouter les interventions de nos dirigeants à Davos au forum mondial, vous saurez vers où on se dirige, notre mode de vie rural doit disparaître selon eux.
    La chasse, l’exploitation forestière, l’agriculture… ne sont que des chapitres dans ce projet.

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