Ernie Dosio, 75 ans, viticulteur californien, est mort piétiné par des éléphants au Gabon le 17 avril. Sur les réseaux, des centaines de messages ont salué l’événement.
Bienfait pour sa G😡
— LolitA🌸🦋 (@lolitazemorita) April 26, 2026
Sale enf’oiré‼️
Gabon : un millionnaire américain piétiné à mort par un troupeau d'éléphants lors d'une partie de chasse
➡️ https://t.co/c0YH9JnjN6 pic.twitter.com/KQuJgPxsKm
Dosio chassait depuis des décennies. Il avait financé des safaris légaux en Afrique australe et centrale, soutenu des associations d’anciens combattants, organisé des événements caritatifs dans sa propriété de Californie. Il était aussi le genre d’homme qui expose des têtes de rhinocéros empaillées dans son salon. Ces deux réalités coexistaient dans la même personne.
Sur Twitter et ailleurs, seule la seconde a compté. Des centaines de réactions remplies de haine ont circulé, en français, en anglais, en espagnol. Aucune ne mentionne un homme de 75 ans. Elles parlent toutes d’un chasseur de trophées.
Ce glissement a un nom en psychologie sociale : la déshumanisation par catégorisation morale. L’individu disparaît derrière l’archétype condamnable qu’il est censé incarner. Une fois opérée, cette substitution autorise des réactions que le sujet lui-même ne reconnaîtrait pas comme de la cruauté…parce que la cible n’est plus un humain, mais une figure.
La jubilation comme mécanique
Ce serait trop facile d’expliquer ces réactions par la brutalité des réseaux sociaux. Le phénomène obéit à des mécanismes documentés qui existaient bien avant eux. Ils ont seulement amplifié et accéléré tout ça.
Le psychologue Melvin Lerner a formalisé en 1980 la théorie du « monde juste » : la tendance cognitive à lire les événements comme des verdicts moraux. Dosio chassait les éléphants, des éléphants l’ont tué. La symétrie est satisfaisante parce qu’elle confirme que l’univers récompense et punit. Alors non cette croyance n’est pas rationnelle mais elle est en revanche hautement rassurante. Elle transforme un accident dans une forêt gabonaise en sentence rendue par l’ordre naturel des choses. La jubilation qui suit n’est que soulagement d’un cerveau qui vient de résoudre une équation morale.
A lire aussi : La chasse aux trophées, paradoxe de protection de la faune africaine ?
René Girard avait identifié le mécanisme sous une autre forme : la communauté humaine gère ses tensions internes en les déchargeant sur une victime désignée. La mort de Dosio déclenche cette libération.
Les réseaux récompensent l’indignation
Les plateformes n’ont pas inventé ces réflexes, mais elles les ont monétisés. Des données internes à Meta rendues publiques en 2021 montraient que les contenus générant de la colère obtenaient une diffusion cinq fois supérieure aux contenus neutres. L’algorithme n’est pas configuré pour diffuser ce qui est juste ou vrai : il diffuse ce qui engage, et la colère engage infiniment plus que la nuance.
Dans ce système, la position morale devient du capital social. Être contre quelque chose de condamnable rapporte des abonnés, des likes, et de la visibilité. La surenchère est structurellement encouragée. Le tweet modéré «c’est une pratique que je condamne, mais je ne me réjouis pas de la mort d’un homme» n’obtient rien. Le marché de l’indignation a ses propres règles de rendement.
Jonathan Haidt désigne ce comportement sous le terme de moral grandstanding : la performance publique de la vertu, dont la fonction n’est pas de convaincre mais de signaler l’appartenance. On ne s’adresse pas à l’adversaire. On s’adresse à sa propre tribu pour en consolider les rangs.
La déshumanisation contemporaine ne se voit pas faire. Les propagandes d’État du XXe siècle savaient ce qu’elles produisaient. Lolita, elle, se perçoit comme quelqu’un qui défend les animaux. Sa bonne conscience est intacte. Elle n’a pas conscience de célébrer la mort d’un homme, mais de célébrer la justice.
Ce que la mort de Dosio mesure
Dosio est mort dans une forêt du Gabon d’un accident que son guide, armé et expérimenté, n’a pas pu empêcher. Il avait 75 ans. Il laisse une famille, des employés, un vignoble. Ces faits sont secondaires dans le traitement qui en a été fait en ligne.
Des gens ordinaires, dans des contextes ordinaires, ont déshumanisé une personne sans effort et se sont réjouis de sa mort…parce qu’elle appartient à une catégorie préalablement condamnée. Les ressorts de l’horreur son intacts. Et c’est assez effrayant.
Pour les curieux, le visionnage de cette vidéo est urgent :











Bonjour, « ce n’est rien de mourir, c’est affreux de ne pas vivre « (Victor Hugo).Et les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis « (soyez humble)et pour tous ces simples d’esprits de la « toile »,attention!, certains auraient dit « après moi
le déluge « et pour ce chasseur, il a fait sa vie avec sa passion, et il pensait peut-être comme moi ,et comme un artiste, mourir sur scène.
Ce n’est même pas une question de chasse, l’Occident a atteint un tel niveau d’effondrement sociétal, culturel et d’éducation que la haine envers les siens jusqu’à soi même est devenue le premier sentiment présent.
Pineau, complètement d accord,avec certains politiques qui ne pensent qu a diviser et créer le chaos.
Avec vous
En d’autres temps c’est une population entière qui fut désignée comme l’ennemi, prenons bien garde de ne pa reproduire le schéma.