ASPAS : la voix de « La raison »

Anti-chasse
date 14 août 2026
author Richard sur Terre

Il y a des jours où je referme un rapport de deux cents pages après avoir passé une heure à vérifier une seule statistique en bas de page, et où je me demande pourquoi je m’inflige ça.

Ce 13/08 c'est la Journée internationale du loup ! L'occasion de rappeler que Canis Lupus reste une espèce protégée, essentielle au bon fonctionnement des écosystèmes. Son avenir ne peut reposer sur une politique de destruction qui tend à se banaliser ! www.aspas-nature.org/journee-inte…

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— ASPAS (@aspasnature.bsky.social) 13 août 2026 à 09:39

Parce qu’en face, tout le monde s’en fout.

Prenez le communiqué de l’ASPAS publié pour la Journée internationale du loup. C’est un genre de cas d’école. Ils affirment que le plafond de loups abattus a augmenté, que les conditions de tir ont été assouplies, que des loups porteurs de collier GPS ont été tués, que le braconnage existe, et que les moyens de protection des troupeaux peuvent fonctionner. Tout ça est exact.

Mais ensuite ça se délite : les colliers GPS, précieux pour certains suivis scientifiques, deviennent « indispensables » à toute l’espèce. Des destructions illégales sont constatées : évidemment elles « se multiplient » et seraient « sans doute largement sous-estimées », sans qu’aucune série de données ne vienne étayer quoi que ce soit. Le loup, dont le rôle écologique est documenté dans certains contextes, devient « essentiel au bon fonctionnement des écosystèmes » partout où il se trouve. Et les tirs, eux, « n’auraient jamais permis de résoudre les difficultés ». Jamais : le mot qui ferme toutes les portes.

J’ai ressorti les travaux français récents sur les tirs dérogatoires pendant que j’écrivais ce texte, pour être sûr de ne pas écrire de bêtises. Sur plusieurs centaines de tirs étudiés et plusieurs milliers d’attaques, la diminution des attaques est l’effet le plus souvent observé après un tir…mais une efficacité modeste, locale, et très dépendante du contexte. Autrement dit : les tirs peuvent avoir un effet réel, sans constituer une solution générale. C’est moins spectaculaire à publier un jour de journée internationale. C’est ce que dit le travail scientifique.

A lire aussi : ASPAS : opposée par principe

Ce qui m’agace, dans ce genre de texte, ce n’est pas qu’il soit militant (je me fade cette soupe depuis plus de 6 ans je tombe pas de ma chaise). Ce qui m’agace, c’est qu’il invoque la science uniquement quand elle tranche dans le bon sens, et qu’il la resserre en certitude dès qu’elle devient hésitante ou conditionnelle (c’est-à-dire dès qu’elle ressemble vraiment à de la science). Un effet limité devient inefficace. Une prudence sur le niveau de prélèvement devient une menace sur l’espèce.

Le vocabulaire fait le reste du travail. Le titre du communiqué est jeté là, vulgaire et gras : « en finir avec la destruction, choisir la voie de la raison ». Il n’y a donc plus deux politiques publiques à comparer, il y a la raison d’un côté, incarnée par des associations qui vivent de l’hyperbole, et son contraire de l’autre (tout le reste). L’ironie me scie les pattes.

La réalité française est pourtant plus intéressante que ce récit puéril. L’État ne choisit pas entre protéger les troupeaux et tuer des loups : il finance chaque année des dizaines de millions d’euros de moyens de protection, indemnise les dégâts, et autorise des tirs sous conditions. On peut juger ce curseur mauvais. On peut vouloir moins de tirs, ou aucun. C’est une position défendable, à condition de la présenter pour ce qu’elle est : un choix moral sur la place qu’on veut donner à la conservation du loup, pas une conclusion que la science aurait déjà tranchée à sa place.

Je continuerai donc à écrire « on ne sait pas » quand on ne sait pas, et à corriger une phrase quand elle va plus loin que sa source, même si ça fait moins de clics que « toujours » ou « jamais ». Moi j’aime pas prendre mes lecteurs pour des truffes.

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3 Commentaires :
  1. Pineau
    14/08/26

    On avait inventé l’école pour entre autre développer l’esprit critique et faire en sorte que toute personne instruite doute d’une information, cherche à la vérifier, va en chercher d’autres, applique un raisonnement…..Donc c’est avec ce genre de communication, et les commentaires lorsqu’ils sont visibles que l’on mesure, empiriquement certes, l’effondrement du niveau. Et globablement je pense que cela convient à beaucoup car un peuple moins instruit on peut lui donner facilement du prêt à penser.

    1. Philippe
      14/08/26

      Tout à fait d’accord avec vous. Ce n’est pas bon de trop réfléchir. A l’armée, on disait que réfléchir, c’est commencer à désobéir.
      Ces anti-tout me font penser aux fanatiques religieux qui se basent sur un seul livre qu’ils n’ont pas toujours lu et qui sont persuadés de détenir la vérité. Les esprits ouverts quant à eux, ne sont sûrs de rien et cherchent toujours à apprendre.

  2. Mike
    14/08/26

    Bonjour, l’ASPAS et toutes les assos sont vent debout contre les abatages de loups, mais aucuns ne cherche à savoir combien sont nés en paralèle, selon les chiffres diffusés, la population stagne, alors que si l’on adapte un ratio de de reproduction en étant pécimiste de 0.5 aux chiffres officieux de fin 2025 (« 1 082 individus »), le nombres de louvetaux devrait attindre 541 nés en 2025/2026, soit un total de 1623 loups.
    Si l’on decompte les loups abattus ou morts pendant cette meme période, quota de 226 loups en 2026, l’augmentation est quand meme de 315 individus répartis sur toujours les memes territoirs, soit pratiquement 30% d’augmerntation, cherchez l’erreur.

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