Verfeil : la révolution anti-chasse de canap

Anti-chasse
date 28 août 2026
author Richard sur Terre

À Verfeil, jeudi 27 août, il devait y avoir une battue administrative aux renards. Finalement, on a assisté à un déferlement de haine orchestré par une officine de propagande.

Il avait pourtant commis un crime d’une exceptionnelle gravité, le maire de Verfeil : il avait informé ses administrés. Trois lignes sur Facebook avec une date, une heure, pour dire en gros : attention, jeudi à 16 h 30, il y aura une battue, évitez éventuellement d’aller promener vos clébards dans le secteur.

Erreur de débutant.

Quelques heures plus tard, le même maire était devenu assassin, sanguinaire, psychopathe, complice du lobby des chasseurs et probablement responsable personnel de la disparition du renard dans l’hémisphère Nord. Pas besoin de savoir qui ordonne une battue administrative. Pas besoin de vérifier si le maire possède seulement le pouvoir de l’annuler. Pas besoin non plus de connaître la situation locale. L’enquête est plus rapide comme ça : il y a un renard, un fusil et une mairie. Donc la mairie tue le renard.

Élémentaire, mon cher Insta.

Il faut dire que la colère avait bénéficié d’un petit coup de pouce. La veille de la battue, une officine antichasse publie un visuel annonçant :

« La commune de Verfeil vers Toulouse va tuer des renards demain 27 août ! »

Avec deux petits renardeaux mignons sur l’image évidemment, parce qu’un renard adulte avec la gale ou les restes d’un poulailler dans la gueule, ça fonctionne nettement moins bien pour lever une armée de trolls. Et surtout, au cas où le militant improvisé serait terrassé par l’effort intellectuel nécessaire pour rechercher lui-même les coordonnées de la mairie, l’adresse mail est fournie. Bien poser le cerveau, c’est important.

C’est que le militantisme moderne a fait des progrès considérables : autrefois, pour participer à une action politique, il fallait fabriquer une pancarte, prendre un train, marcher, et éventuellement se faire engueuler par un CRS. Aujourd’hui, on peut traiter un maire d’assassin entre deux tuto make-up. 

L’appel fonctionne. La mairie reçoit une avalanche de messages. Insultes, accusations, menaces. Des milliers de personnes découvrent simultanément Verfeil, la gestion du renard et l’existence de son maire. Personne n’aurait su placer la commune sur une carte dix minutes plus tôt. Elles savent désormais que son élu mérite diverses formes de châtiment.

Alors non, ce n’est pas un « débordement ». Un débordement, c’est quand quelque chose échappe au contrôle. Ici, on donne une cible, on fournit ses coordonnées et on explique à des milliers de personnes qu’elle s’apprête à massacrer des animaux attendrissants. C’est un contrat.

Le plus navrant reste de comparer cette armée de trolls numériques à ce qu’elle devient une fois confrontée à l’obstacle ultime du militantisme contemporain : la porte d’entrée.

L’ASPAS et d’autres associations antichasse organisent régulièrement des rassemblements pour gueuler contre les chasseurs. Et attention tout est prévu hein. Y’a une date, un lieu, une heure…il suffit de se pointer. Les mêmes réseaux sont mobilisés pour battre le rappel. Et pourtant, la Grande Armée se transforme en réunion de quartier. Même pas assez pour aller se faire un foot après, histoire de se détendre.

Les bataillons qui réclamaient la veille l’abolition immédiate de la chasse, la démission du maire et probablement le procès de l’ensemble du Code rural semblent frappés par une mystérieuse épidémie de rendez-vous chez le dentiste.

A lire aussi : Le renardeau, le préfet et la fabrique d’un martyr

C’est que manifester possède un défaut rédhibitoire : il faut se lever. Il faut mettre un pantalon. Alors que souhaiter la mort d’un élu sur Facebook peut se faire allongé sur un canap.

C’est sans doute la véritable leçon de Verfeil. Nous avons fabriqué une forme de militantisme parfaitement adaptée à notre époque : extrêmement violente et remarquablement paresseuse.

Elle permet d’éprouver toutes les sensations de l’engagement sans en subir aucun des désagréments. On peut être résistant pendant quarante-cinq secondes, signer une pétition, envoyer un mail rageur, écrire « ASSASSINS !!! et ajouter trois émoticônes vomissant…avant de retourner regarder une vidéo de chien qui pète.

Le maire de Verfeil envisage maintenant de saisir la gendarmerie. Là évidemment, changement d’ambiance. Parce qu’une plainte possède cette particularité désagréable de faire sortir les gens d’Internet…histoire d’éventuellement expliquer à un gendarme pourquoi on trouvait absolument indispensable d’écrire à un élu qu’il méritait de crever à cause d’une battue administrative.

Le courage numérique supporte assez mal ce genre de lumière. C’est peut-être pour ça que les grandes insurrections antichasse restent généralement cantonnées aux commentaires Facebook.

Sur Internet, ils sont dix mille. Place de la mairie, il reste huit personnes, deux pancartes et un chien. La haine, elle, n’a pas bougé. Elle est restée devant l’écran, bien à l’abri, et elle attend d’être convoquée sur un sujet quelconque. Un qui évite de trop réfléchir de préférence.

A voir en vidéo :

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1 Commentaire :
  1. Jean 2
    28/08/26

    Bonjour, il ne s’agit pas d’éradiquer les renards,(d’ailleurs cela serait impossible) il faut juste faire baisser l’impact du prédateur sur la faune lorsqu’il est en surnombre,on a un exemple dans une réserve espagnole, où les renards on dévastés toutes les couvée d’ oiseaux

    , mais ça il s’en foutent car ils n’y connaissent rien, et sont adeptes du bisounours.

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