Willy Schraen : « On est à deux doigts de l’explosion »

Chasse Actu
date 14 septembre 2026
author Léa Massey

Il devait parler de l’ouverture de la chasse. Willy Schraen a finalement beaucoup parlé de la France.

Invité de Sud Radio ce dimanche 13 septembre, le président de la Fédération nationale des chasseurs a commencé par les sujets attendus : sécurité, sécheresse, incendies, état de la faune. Puis l’entretien a progressivement changé de registre. Les tensions avec les opposants à la chasse, la peur d’un affrontement, la présidentielle de 2027 et, derrière tout ça, le sentiment d’un pays qui ne parvient plus à faire cohabiter ses modes de vie.

En ce jour d’ouverture, le patron des chasseurs commence par rappeler la règle numéro un : « La sécurité à la chasse, c’est la priorité. »

Il revendique sur ce terrain les progrès accomplis en quelques décennies. Là où, affirme-t-il, une cinquantaine de personnes étaient tuées chaque année à la chasse il y a un demi-siècle, le bilan annuel est désormais « souvent inférieur à cinq personnes ».

Cinq de trop, reconnaît-il immédiatement.

Mais Willy Schraen veut aussi renverser le récit d’une forêt devenue impraticable dès que commence la saison de chasse. Oui, les non-chasseurs peuvent se promener. Oui, le risque existe. Non, répond-il en substance, il ne justifie pas l’image d’une nature transformée chaque automne en champ de tir.

Puis arrive l’autre sujet de cette ouverture : l’été 2026.

Canicules, sécheresse, incendies. Fallait-il vraiment rouvrir la chasse comme si de rien n’était ?

Schraen conteste précisément ce « comme si de rien n’était ». Selon lui, on ne peut pas traiter de la même manière un territoire épargné et une forêt ravagée par les flammes. Dans les secteurs brûlés, explique-t-il, le bon sens suffit : on ne chasse pas.

Et il défend au passage le rôle joué par le monde rural pendant les incendies. Agriculteurs, forestiers, chasseurs ont aidé, nourri les secours, guidé pompiers et forces de l’ordre sur des territoires qu’ils connaissent.

La formule tombe : « Nous, on ne donne pas de leçons, on essaye d’agir. C’est toute la différence. »

C’est peut-être quelques minutes plus tôt que Willy Schraen est le plus Willy Schraen. Le journaliste l’interroge sur ce mot que le monde de la chasse emploie constamment : « prélèvement ». Une manière d’adoucir la réalité de l’acte ?

Schraen refuse le procès.

Il est dans son bureau. Derrière lui, quelques têtes de cerfs. Le décor lui fournit sa réponse. « Ce ne sont pas des carottes et ce ne sont pas des betteraves empaillées. » Puis il poursuit, sans chercher le moindre refuge lexical : « Moi, je dis tuer un animal. » Et encore : « On tue des animaux. On les mange en plus. »

La séquence tranche avec une partie de la communication contemporaine autour de la chasse, parfois tentée d’en lisser les aspérités. Schraen ne cherche pas à rendre la chasse acceptable en dissimulant sa réalité la plus évidente : elle donne la mort.

Il l’assume. Et c’est précisément à partir de là que l’entretien commence à sortir franchement de la seule ouverture de la chasse.

A lire aussi : Willy Schraen est inquiet, mais il appelle au calme

Ces dernières semaines, le climat s’est considérablement tendu entre militants antichasse et chasseurs. Willy Schraen revient sur les appels à venir s’opposer physiquement aux chasseurs, mais surtout sur leurs conséquences possibles sur le terrain.

Cette fois, le ton change. Le président de la FNC assure que des affrontements ont déjà été évités de peu et qu’il a demandé aux chasseurs de ne pas répondre.

« On sent qu’on est à deux doigts de l’explosion. »

Ce qui l’inquiète n’est pas simplement la perspective de quelques empoignades au bord d’un chemin. C’est le contexte très particulier dans lequel elles pourraient survenir. Un chasseur n’est pas seulement un homme en colère face à un autre homme en colère. Il peut avoir un fusil entre les mains.

Schraen imagine alors la mécanique qui pourrait conduire au drame : une agression, la peur, la volonté de se défendre, quelques secondes pendant lesquelles tout bascule. Le journaliste lui demande directement s’il redoute qu’un chasseur ouvre un jour le feu dans une situation de conflit. « J’en ai peur », répond-il.

Avant de rappeler précisément pourquoi, selon lui, les chasseurs doivent refuser l’escalade : « Il ne faut pas répondre. Mais ça va être très compliqué. » Ce n’est plus vraiment la chasse dont il parle mais d’un pays où chacun paraît désormais sommé de choisir son camp.

La présidentielle de 2027 arrive alors presque naturellement dans la conversation. Willy Schraen ne joue pas au président d’une fédération apolitique qui observerait tout ça depuis une cabane au fond des bois. La chasse tentera de peser sur l’élection. Et il n’a aucune difficulté à employer le mot que beaucoup évitent : « Tout est lobby. »

Défendre la chasse auprès des responsables politiques, chercher à influencer leurs programmes, peser dans le débat public : « la chasse en est un », assume-t-il, au même titre selon lui que l’écologie ou l’animalisme.

Les candidats seront donc reçus au Congrès national de la chasse. Enfin, certains candidats.

Jean-Luc Mélenchon ? Non. Marine Tondelier ? Pas davantage si elle maintient une ligne qu’il juge hostile à la chasse. Le journaliste finit par lui faire remarquer qu’il compte donc essentiellement discuter avec des candidats susceptibles de partager une partie de ses positions.

Réponse de Schraen : « Oui, mais c’est un peu ça, mais c’est mieux. » Difficile de lui reprocher, au moins, de maquiller sa stratégie.

C’est dans les dernières minutes que l’entretien prend finalement sa véritable dimension. Willy Schraen ne décrit plus seulement une opposition entre chasseurs et antichasse. Il décrit deux France qui, selon lui, ne se comprennent plus.

« Ce n’est plus un fossé, c’est même un océan qui se creuse. »

Et il rattache cette fracture à ce qu’il pense être l’un des ressorts majeurs de la prochaine présidentielle : l’identité. Pas seulement au sens où le mot est généralement utilisé dans le débat politique. Il parle de l’identité comme attachement à une manière de vivre, à des habitudes, à des héritages et à leur transmission.

Dans certains villages, explique-t-il, la question centrale n’est pas nécessairement l’insécurité ou l’immigration. Elle peut être beaucoup plus intime : « Est-ce qu’on va pouvoir transmettre à nos enfants ce qu’on a reçu de nos parents ? »

La chasse s’inscrit évidemment dans cette interrogation. Mais elle n’en est qu’une manifestation parmi d’autres. Schraen voit ainsi se préparer une présidentielle où les Français voteront de plus en plus pour défendre ce qu’ils pensent être, face à ceux qu’ils perçoivent comme une menace pour leur mode de vie.

Et il ne s’attend pas exactement à une grande fête civique ponctuée de débats courtois autour d’une tisane.  Il évoque même la possibilité de mouvements de rue, le refus d’un résultat électoral et une période de grande tension autour de l’élection.

Puis vient la dernière phrase, beaucoup moins bravache que certaines des précédentes.

« Je suis très inquiet. Je n’ai pas peur de le dire. » Willy Schraen était venu parler de chasse. Il aura surtout décrit sa peur d’une France qui ne sache bientôt plus quoi faire de ses désaccords.

A voir en vidéo :

▶ S’abonner à Richard sur Terre

Partager cet article
Pas de commentaire :
Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents