Forêt : 7 sénateurs oublient le chevreuil

Chasse Actu
date 27 octobre 2026
author Léa Massey

La proposition Weber impose la diversification des essences et proscrit les manchons en plastique non biodégradable. Elle ignore les cervidés, contre lesquels ces protections sont posées.

Le sénateur Michaël Weber et six collègues ont déposé le 14 octobre une proposition de loi « visant à garantir une meilleure protection de la biodiversité forestière ». Le texte est renvoyé à la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. Son exposé des motifs s’appuie sur l’été 2026 : plus de 96 000 hectares de forêt brûlés, près de quatre fois la moyenne annuelle, et 62 000 hectares de coupes rases chaque année selon l’IGN.

L’article 1er ajoute au plan simple de gestion un relevé du potentiel de biodiversité et l’identification des arbres à conserver pour leur valeur biologique, comme les arbres morts sur pied à cavités. L’article 2 définit la coupe rase comme l’enlèvement de plus de 80 % du volume des arbres de futaie d’un seul tenant et renvoie à un décret le plafond de surface. L’exposé des motifs suggère 2 hectares, 4 hectares pour les monocultures de résineux et 0,5 hectare sur les fortes pentes. En dessous, une autorisation serait exigée près des cours d’eau et zones humides, en Natura 2000 et dans les parcs naturels régionaux. L’article 4 interdit le dessouchage et la récolte d’arbres entiers. L’article 5 porte à 80 % le crédit d’impôt pour les diagnostics de biodiversité et à 40 % pour les propriétaires engagés en couvert continu.

Plus de feuillus, sans gaines plastique

L’article 3 impose de diversifier les essences à chaque renouvellement, en privilégiant les espèces autochtones. L’exposé des motifs évoque un minimum de 40 % de feuillus autochtones dans les plantations à dominante résineuse. Le même article interdit, lors de toute opération de renouvellement, les manchons de protection des plants en plastique non biodégradable. La seule justification avancée tient à la pollution des sols forestiers.

Le chevreuil, absent du texte

Ces manchons et gaines protègent notamment les jeunes plants de la dent des ongulés. L’Inrae teste leur efficacité au sein de son réseau PICO, consacré aux protections individuelles des plants contre les ongulés. Sur le site de Saint-Gobain, dans l’Aisne, les plants mesuraient en moyenne 40 centimètres au printemps 2024 ; sans protection, 26 % avaient perdu leur bourgeon terminal. Le guide pratique de l’équilibre forêt-gibier fixe à 25 % le seuil au-delà duquel une plantation est jugée compromise.

A lire aussi : Quand l’État planifie la destruction des cervidés

Ni les six articles ni l’exposé des motifs ne mentionnent le chevreuil, le cerf, le gibier, la chasse ou l’équilibre forêt-gibier. Le texte demande davantage de feuillus, essences que les cervidés consomment, et restreint les protections utilisables sans évoquer la pression qui les rend nécessaires.

Adopté en l’état, il obligerait chaque propriétaire qui replante à protéger ses plants sans plastique classique, face à une pression des cervidés que la proposition ne mesure nulle part.

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