La fédération des chasseurs du Nord propose une charte pour installer du faisan naturel : trois saisons sans tirer les poules, mais des lâchers toujours permis. L’assemblée générale doit trancher.
Lors des réunions de préouverture, la fédération des chasseurs du Nord a présenté aux sociétés de chasse un projet de « charte faisan ». Elle l’a détaillé le 21 octobre sur son site. Son constat de départ tient en une phrase : les perdrix souffrent, le lièvre est inégalement abondant selon les secteurs, et le faisan naturel reste le garant d’une chasse de petit gibier de qualité dans les grandes plaines cultivées du département. La charte n’existe pas encore. Elle doit être soumise à la prochaine assemblée générale de la fédération.
Trois régimes au choix
Si le texte est adopté, chaque territoire du Nord relèvera de l’une de trois options. La première est la règle générale, celle de l’arrêté préfectoral annuel : aucune démarche collective, la poule fermée fin novembre, le coq fin janvier, deux jours de chasse par semaine au maximum, et des lâchers possibles toute l’année.
La troisième existe déjà. C’est le plan de gestion cynégétique approuvé porté par un groupement d’intérêt cynégétique, un GIC. Le Nord en compte trois. C’est l’engagement le plus lourd : les lâchers y sont interdits du 15 août au 31 décembre, la poule n’est pas tirée la première année puis ferme fin novembre, et les aides de la fédération y atteignent leur niveau maximal.
La charte se glisse entre les deux. La fédération la présente comme une option à mi-chemin, destinée à implanter un noyau de population naturelle sur un ensemble de territoires, sans attendre la constitution d’un GIC.
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Ce que la charte demande
Le premier changement est collectif. La charte s’applique au minimum à l’échelle d’une commune, et peut en couvrir plusieurs. Elle exige l’adhésion d’au moins 51 % des détenteurs de droits de chasse et de 60 % des surfaces. Une fois validée par arrêté, elle devient opposable aux tiers : elle s’impose à tous les détenteurs de la commune, y compris ceux qui n’ont pas signé. La fédération assume ce choix pour limiter l’effet des enclaves, ces parcelles où un voisin continuerait à tirer ce que les autres protègent.
Le deuxième changement porte sur la durée. L’engagement court sur trois ans au minimum, là où la règle générale se renouvelle chaque saison.
Le troisième constitue le pivot du dispositif : la poule est intégralement protégée pendant trois saisons. Selon la fédération, il s’agit de laisser les effectifs de poules se constituer réellement. Le coq ferme au 31 décembre au lieu du 31 janvier, et une limitation supplémentaire du nombre de jours de chasse est possible. Les établissements commerciaux de chasse sont exclus de la charte, comme les bois de plus de 30 hectares et les forêts domaniales. En contrepartie, les territoires adhérents bénéficient d’aides complémentaires de la fédération.
La question des lâchers
Dans le tableau publié par la fédération, une ligne distingue la charte du GIC : les lâchers y restent autorisés en toutes périodes. Le texte de présentation le confirme, en citant parmi les atouts de la charte la possibilité de lâcher pendant la saison de chasse.
Les références techniques sur le faisan commun abordent ce point depuis longtemps. En 2006, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage décrivait dans la revue Faune Sauvage les limites de la gestion dite mixte, où une population sauvage reçoit chaque année des oiseaux lâchés. Elle signalait un risque de prélever trop de faisans sauvages quand les lâchers réussissent mal, à cause de la dispersion et de la prédation, et une transition difficile de la gestion mixte vers une gestion naturelle.
En Eure-et-Loir, la fédération des chasseurs gère le faisan à l’état naturel sur 32 unités de gestion, plus de 176 000 hectares et 142 communes, selon la Fédération nationale des chasseurs. Le modèle repose sur une période de repeuplement d’environ trois ans à partir de faisandeaux de souche naturelle, sans aucun prélèvement, puis sur des attributions calculées à partir des comptages de printemps et d’été. Dans les zones sous plan de gestion, le lâcher de faisans de tir est interdit.
La protection totale de la poule pendant trois saisons écarte une partie du risque décrit en 2006, puisque aucune poule, sauvage ou lâchée, ne peut être tirée. La présentation de la fédération du Nord ne précise pas le rôle qu’elle attribue aux oiseaux lâchés dans une population qu’elle veut voir devenir naturelle : simple gibier de tir sur les coqs, ou contribution assumée au noyau reproducteur.
Ce qui changera après le vote
Si l’assemblée générale adopte la charte, une commune où 51 % des détenteurs et 60 % des surfaces signent verra la poule protégée pendant trois saisons sur tout son territoire, y compris chez les détenteurs qui n’auront pas signé. Les lâchers, eux, pourront continuer.
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