Ce qui tue les chiens de sanglier

Chasse Actu
date 27 octobre 2026
author Léa Massey

Des vétérinaires grecs ont analysé 237 chiens blessés par des sangliers. Le ventre est la zone la plus touchée et la plus meurtrière. 

Dans l’Odyssée, la vieille nourrice Euryclée reconnaît Ulysse à une cicatrice sur la jambe, laissée par un sanglier lors d’une chasse sur le Parnasse. C’est par Homère que commence la bibliographie d’une étude vétérinaire grecque publiée en septembre 2026 dans le Journal of the American Animal Hospital Association, le JAAHA. Ses auteurs ont repris, eux, les dossiers de 237 chiens de chasse décousus par des sangliers.

Dix ans de dossiers

L’étude est rétrospective. Elle couvre les chiens de chasse appartenant à des particuliers et soignés après une attaque de sanglier entre septembre 2014 et juin 2024. Pour chacun, l’équipe a relevé le profil de l’animal, la nature des blessures, l’état clinique à l’arrivée, les soins, les complications et l’issue. Elle a classé la gravité de chaque traumatisme avec un score adapté pour l’occasion, puis cherché par l’analyse statistique ce qui pesait sur le pronostic.

Une première série grecque, couvrant 2012 à 2016, avait été présentée en 2019 au congrès de la British Small Animal Veterinary Association. Elle portait sur 117 chiens, dont 82 % de mâles, blessés en majorité par des sangliers mâles. Plus des trois quarts avaient déjà été blessés auparavant par un sanglier, et le pic des incidents tombait en décembre, avec 30 % des cas.

Le ventre en première ligne

Dans la série de 237 chiens, l’abdomen est la région la plus souvent atteinte, dans 38,8 % des cas. Les auteurs relèvent des taux élevés de pénétration de la cavité abdominale et de rupture d’organes. La série de 2019 donnait un tableau proche : l’abdomen dans 43,6 % des cas, devant les membres postérieurs et le thorax, et des blessures multiples chez 44 % des chiens. Un chien sur cinq présentait un pneumothorax à l’arrivée, et un peu plus d’un sur cinq était en état de choc.

Presque tous au bloc

Sur les 237 chiens, 97 % ont été opérés. Des complications postopératoires sont survenues dans 12,1 % des cas. Plus le score de gravité était élevé, plus l’hospitalisation durait.

La mortalité globale s’établit à 8,1 %. Elle est significativement plus élevée chez les chiens touchés à l’abdomen et chez ceux qui obtenaient les scores de gravité les plus hauts, de 4 à 6. Parmi les chiens suivis après leur sortie, 99 % se sont rétablis sans séquelle durable et ont repris la chasse.

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Ces chiffres rejoignent ceux d’une série belge publiée dans le même journal en 2025 : sur 42 chiens victimes de traumatismes infligés par des sangliers, la survie globale atteignait 90,5 %. Une enquête menée en Tchéquie auprès des chasseurs donne une autre échelle, celle du terrain. Sur 797 battues, les répondants ont déclaré 150 blessures de chiens par des sangliers, dont 73,8 % légères, 18,8 % graves et 7,4 % mortelles. La méthode diffère : l’enquête tchèque compte aussi les blessures soignées sans vétérinaire, que les dossiers de clinique ne voient jamais.

Le temps qui sépare la battue de la clinique

Un résultat concerne directement les équipes de chasse. Dans la série grecque, plus le délai entre la blessure et l’admission était long, plus le traumatisme était grave, et cette association est statistiquement significative. Le résumé publié ne tranche pas entre deux lectures : l’attente peut aggraver l’état du chien, ou les chiens les plus gravement atteints peuvent être ceux qu’on met le plus de temps à retrouver et à sortir du bois. Les auteurs concluent dans les deux cas à l’importance d’une évaluation rapide et d’une prise en charge sans délai, et recommandent un score de gravité standardisé pour guider les décisions des vétérinaires.

Parmi les facteurs que l’étude relie à la gravité et au pronostic, le délai d’admission est celui sur lequel l’équipe de chasse a directement prise, du rond du matin au trajet vers la clinique.

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