Anecdotes bécassières sur le plateau des Mille Vaches

Ce matin, la température a un peu baissé sur le plateau des Mille Vaches. Nous sommes au mois de janvier et nous n’avons pas encore reçu la visite de la neige. Un tout petit saupoudrage en tout début de saison et plus rien, c’est une chose rare à environ 940 mètres d’altitude. Par contre, nous avons eu de la pluie, beaucoup de pluie. Après le début de sécheresse connu sur toute la France c’est un déluge d’eau qui s’est abattu pendant plusieurs semaines et qui a permis de bien humidifier les terrains.

Texte : Richard sur Terre

Je suis rentré des Landes hier et là-bas aussi il est tombé de l’eau pendant presque deux mois sans discontinuer. Les pins sont inondés, les fossés sont pleins et débordent. On se demande même à certains endroits comment les bécasses font pour rester au sec. Hier, après plusieurs heures de route, nous décidons avec ma compagne de faire plaisir aux chiens et de les sortir sur le terrain. D’après les informations récoltées auprès de copains qui ont chassé en début de semaine, le petit coup de froid de ces derniers jours a fait bouger quelques bécasses. Certains ont même réalisé de très belles sorties avec plusieurs oiseaux rencontrés à chaque fois. Nous déchargeons rapidement le coffre de la voiture, nous nous équipons et chargeons les deux setters, direction le point haut de la commune. Le temps est superbe pour la saison. Un petit 5 degrés s’affiche sur le tableau de bord et un soleil radieux arrose de ses rayons la montagne limousine.

Flash-back

Les chiens ne prennent pas le temps de s’échauffer et se mettent directement en mode « On » à travers les premières plantations de Douglas que nous rencontrons. Ce parcours est pour Alexandra et moi l’occasion de nous remémorer les premiers arrêts sur bécasses de nos compagnons à quatre pattes. Tous les deux ont découvert la belle des bois à cet endroit. Pour Jet c’était derrière ce houx qui est encore là bien présent à chacun de nos passages. Pour Indiana, ce fut au milieu de ces épicéas à quelques mètres de la piste de ski de fond. Je me souviens de cette anecdote pour Jet comme si c’était il y a cinq minutes.
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Nous étions au mois de mars et Indiana avait réalisé une très belle première saison bécassière. Un soir en débauchant, les jours ayant bien allongé, j’avais décidé de sortir les deux jeunes setters. Indiana avait 18 mois et Jet presque 8 mois.
“La belle monte en chandelle et, au lieu de prendre la direction opposée à la mienne, elle me vient droit dessus, à cinq mètres du sol, et se pose à deux mètres de moi”
Dès la sortie du véhicule, c’est jeu et grandes galopades. Indiana en profite pour me faire une sortie de main. Je décide donc de rentrer à la voiture en le tenant en laisse, histoire de lui faire comprendre que je ne suis pas content de son comportement. Jet lui vadrouille à droite à gauche. Il ne sait pas trop ce qu’il cherche mais commence à s’écarter un petit peu de moi, un peu plus à chacune de nos sorties. Il est encore un bébé, je lui laisse l’initiative et ne le siffle que pour travailler, de temps en temps, le rappel. Alors que nous arrivons à 50 mètres de la voiture, je vois Jet immobile derrière un houx. En fait, je n’aperçois que sa queue qui dépasse des branches. Il est figé. Pour ma part, je suis à une trentaine de mètres de lui. Je tiens toujours Indiana en laisse à mes pieds. J’ai à peine le temps de me rapprocher de quelques pas qu’une bécasse décolle à un mètre de la truffe de mon jeune setter. La belle monte en chandelle et, au lieu de prendre la direction opposée à la mienne, elle me vient droit dessus, à cinq mètres du sol, et se pose à deux mètres de moi. Pas effrayée pour deux sous, elle se met alors à faire la roue en piétinant le sol sur vingt centimètres carrés. J’arrive à contenir mes émotions mais ce n’est pas la même chose pour Indiana qui a vu cette bécasse lui atterrir au ras de la truffe. Jet à compris et s’approche de nous en coulant à vue l’oiseau. Je pousse un petit cri, la bécasse assimile qu’elle est dans une passe délicate et prend enfin un envol digne de ce nom. Je la vois parcourir une cinquantaine de mètres et disparaître derrière les sapins.

Indiana, en transe, tire comme un fou sur sa laisse, je le libère et il prend immédiatement la bonne direction. Les deux sonnailles se mettent à enchanter ce coin de nature si calme à son habitude. Au bout de trois minutes, la « Chamonix » d’Indiana ne se fait plus entendre. La petite « Nay » portée par Jet se tait quelques secondes plus tard. J’arrive vers les chiens. Ils sont tous les deux côtes à côtes. J’ai les larmes aux yeux quand la belle prend son envol. Premier arrêt et premier patron pour Jet. Une scène digne des récits de chasse que je lisais quand j’étais plus jeune chez mon grand-père sur ses revues qui me fascinaient. Quel bonheur que me procure cette chasse.

 

Retour au présent

Bon, revenons à nos moutons où plutôt à nos bécasses. Il fait beau, Alexandra et moi papotons mais tout est relativement calme. Les chiens marquent bien un ou deux petits arrêts mais nous n’apercevons aucun oiseau. Ma compagne me dit qu’elle aimerait bien faire une grande tourbière qui se situe à quelques centaines de mètres en contrebas. Un endroit typique du plateau où il est très difficile de progresser. Le lieu est magnifique, imaginez une grande étendue d’herbes jaunes au milieu de sapins. Au centre, quelques touffes d’arbres et quelques bouleaux mais surtout de l’eau qui rend difficile la progression. Les chiens font de leur mieux, c’est aussi compliqué pour eux. Comme à leur habitude, ils font chacun leur secteur. Nous restons un peu en bordure.
Jet est le premier à s’arrêter devant un bouquet d’arbustes. Il est à une centaine de mètres de la bordure. Indiana le rejoint rapidement et le patronne. Rien ne bouge. La nature s’est figée sous ce soleil radieux de janvier. J’ai du mal à avancer. Je m’enfonce derrière chaque motte. J’ai l’impression d’être sur une attraction de fête foraine tellement le sol est meuble sous mes pieds. J’arrive à une dizaine de mètres des chiens. Je sais que la belle est là. Seules les babines des deux setters bougent, le reste de leurs corps est parfaitement tendu et immobile. Je trouve un endroit un peu stabilisé et décide de rester là. J’ai une chance sur deux. Soit la bécasse décolle vers la droite et je ne pourrai que la deviner à travers les branches, soit elle part à gauche et là c’est un boulevard qui s’offre à moi. Dans ma tête je me dis déjà que je n’ai que dix pour cent de chance qu’elle parte de mon côté à découvert. Je ne peux pas me déplacer, devant moi c’est pire, je vais m’enfoncer et passer trop de temps à trouver un endroit stable.
« Le vingt-huit monte rapidement à l’épaule et fauche la belle dans son envol. »
Fla, fla, fla…, la belle prend son envol, elle était au nez des chiens, bloquée par les setters mais aussi par le biotope qui ne lui permettait pas de piéter. Bingo, elle sort vers moi. Je la vois à quelques mètres en plein découvert. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photo. Pour une fois tout était là, un bel oiseau, de la lumière et un endroit dégagé. Le vingt-huit monte rapidement à l’épaule et fauche la belle dans son envol, une jeune de 306 grammes. Indiana se charge du rapport et les deux loulous se partagent nos caresses qui sont vives et pleines d’affection. 2020 vient de commencer et de belle manière.

Chassadapt ? Pas mal…

Pour la première année, je ne sors pas mon carnet mais mon smartphone pour déclarer mon prélèvement. Je tenais cette saison à essayer ce nouveau système mis en place par la Fédération Nationale des Chasseurs. Mon avis ? Bien que le cérémonial de la mise en place de la bague me manque, je trouve cette application très bien faite. J’ai pu , à chaque prélèvement réalisé, déclarer ce dernier sans aucun souci. L’application est simple d’utilisation et la déclaration ne prend que quelques secondes. J’entends bien sur les réseaux sociaux certains se plaindre de la mise en place de cet outil. Pour ma part, je trouve quand même cela bien plus pratique que les languettes et les petits trous. L’avenir nous dira bien quoi en penser mais à ce jour je valide l’usage de cette application sur le terrain.
A propos des réseaux sociaux, il semble, pour les suivre avec attention, que beaucoup de bécassiers ont réalisé une bonne, voire une très bonne saison. De nombreuses bécasses ont été levées partout en France et quelques secteurs ont été particulièrement favorables depuis très tôt dans la saison. Pour ma part, c’est une saison identique aux trois dernières, ni plus, ni moins. Je dis bien pour ma part car il m’est arrivé de ne pas être dehors les bons jours et des amis eux se sont régalés. Ils classent déjà de leur côté cette saison comme très bonne.

Visite de Pierre

En parlant d’amis, je pense à Pierre qui a perdu ses deux chiennes en quelques mois et qui est venu chez moi cet hiver pour « tester » une future recrue, une matinée épique. Il est à peine 9 heures quand il débarque à la maison en compagnie de deux chiens. Nous buvons un café et discutons de tout et de rien mais surtout de la saison de chasse évidemment. Il me montre sa petite setter de 5 mois ainsi qu’un mâle de 2 ans, qu’il veut tester avant de prendre une décision. La jeune étant malade en voiture, nous décidons de commencer par une courte boucle de trente minutes avant de repasser à la voiture pour qu’elle se repose puis nous sortirons le mâle. Indiana et Jet ne font pas trop de cas de la demoiselle et commencent leur quête. Un oiseau puis deux sont rapidement trouvés et la petite setter montre son intérêt pour l’odeur laissée par les belles. En revenant au véhicule, Jet arrête un oiseau sur le bord de la piste. Pierre la voit passer devant lui, traverser la voie, passer à côté près de l’automobile et mettre un grand coup d’aile sur la gauche pour s’enfoncer dans des sapins.
Comme prévu, nous mettons la jeune setter au repos et sortons le mâle. Afin de le tester rapidement, nous prenons la direction de la bécasse vue il y a un peu plus de cinq minutes. Indiana et Jet sont chauds, ils entament leurs recherches. Trois cents mètres plus loin les deux « loulous » sont à l’arrêt. Le nouveau venu quête lui à quelques mètres devant nous. Nous prenons la direction des setters qui sont arrêtés côte à côte sous de grands résineux. Le troisième setter arrive en face d’eux puis, comme si de rien n’était, traverse la scène au trot. La bécasse prend son envol. S’ensuit un coup de fusil et un premier signal qu’il y a un problème avec le chien qui est maintenant à une trentaine de mètres et se met à hurler. Je ne suis pas trop inquiet car le coup de fusil n’était pas dans sa direction mais cela m’intrigue et me laisse douter des capacités de chasse de ce dernier. Nous laissons cette bécasse respirer et continuons notre progression dans le sens inverse à sa fuite.

Sur un autre versant, les chiens rencontrent une émanation sous une ligne électrique. Un arrêt, deux, trois mais rien, nous ne voyons pas un oiseau. Tout à coup les chiens se figent en bordure d’une sapinière. Je m’approche et aperçois enfin la bécasse au sol. Elle est là à un mètre devant les setters. Pierre est à droite mais ne la voit pas. Son auxiliaire du jour n’est toujours pas présent sur la scène et vaque à ses occupations à une trentaine de mètres. Fla, fla, fla… la belle gicle dans les arbres, j’ai juste le temps d’épauler et de lâcher mon premier coup dans le swing. Mes chiens s’élancent en direction de la fuite et fouillent méticuleusement. Nous cherchons avec eux mais ne trouvons pas d’oiseau, ni aucun indice permettant de dire que la bécasse a été touchée. Indiana et Jet reviennent donc au contact mais pas de trace de notre troisième larron.

Chien non chasseur

Appels, coups de sifflets, localisation à l’aide du beeper, rien n’y fait, il s’est évaporé. Alors que nous le recherchons et commençons à refaire à l’envers le parcours, Indiana et Jet déclenchent leurs beeps à gauche de la sapinière à deux cents mètres du tir. Dans ma tête je me dis qu’ils ont retrouvé la belle. Alors que Pierre m’indique qu’il va continuer à descendre pour retrouver le chien, je fais demi-tour et me dirige vers la position des miens. Quand j’arrive sur place, je trouve Jet couché et Indiana debout à ses côtés.
Rien ne bouge, le seul bruit est celui de Pierre qui siffle de l’autre côté d’une prairie. Je commande à mes protégés de couler, mais rien n’y fait. Alors que je fais un pas, je vois la bécasse prendre un envol timide monter à 20 cm au-dessus de la tête d’Indiana et redescendre. Mon fidèle compagnon s’en saisit délicatement et me la rapporte. En tenant l’oiseau dans mes mains, je me dis que j’ai bien de la chance d’avoir des auxiliaires canins avec cette motivation et cette envie de bien faire. Sans eux, la belle serait restée là, blessée loin du lieu du tir.
« Je suis encore à quarante mètres quand je vois la long bec prendre son envol en direction de la source. »
Je décide de rejoindre Pierre qui poursuit sa quête… du setter. Ensemble, nous continuons à siffler, à beeper, mais rien, aucun indice du jeune mâle. Nous nous séparons à nouveau et je décide de remonter à la voiture en empruntant une trace qui serpente le long d’un petit ruisseau. Je suis à un kilomètre à vol d’oiseau, je devrais vite y arriver. Je siffle les chiens et commence mon ascension tandis que Jet et Indiana continuent à chercher à droite et à gauche du ru. Avec le bruit de l’eau j’ai du mal à localiser les sonnailles mais je sais qu’ils sont devant à une centaine de mètres. Tout à coup, Jet se bloque sur ma droite. J’aperçois sa queue plus blanche que son corps derrière une grosse touffe d’herbe jaune. Indiana le rejoint aussitôt.

Je suis encore à quarante mètres quand je vois la long bec prendre son envol en direction de la source. Sur les 600 mètres restant, les chiens me feront voir la bécasse trois fois. A la dernière, alors que les chiens sont à l’arrêt en contrebas, je la vois prendre son envol à une trentaine de mètres d’eux et sortir tranquillement en pleine prairie. Elle coupe la piste forestière et file vers une grande sapinière. Elle semblait tranquille, maitrisant parfaitement sa fuite au nez de ses poursuivants. Peut-être avait-elle compris que je ne souhaitais pas la prélever. J’ai d’ailleurs bien fait. A ce jour, un mois après cette sortie, elle est toujours là et occupe quelques-unes de mes virées.

Heureux dénouement

S’agissant du setter égaré, après deux heures de recherches et de coups de téléphone, nous avons commencé à nous inquiéter sérieusement. C’est en remontant dans une plantation que m’est parvenu le coup de fil salvateur. Mon ami Michel, bécassier installé à quelques kilomètres, venait de trouver un setter sur la route. La description correspondait. Rendez-vous fut fixé à son domicile où nous avons retrouvé le fuyard installé tranquillement dans la voiture. Une chose est sûre la chasse n’est pas sa passion. Nous avons conclu le test de compatibilité autour d’une table et d’un apéritif mérité.

Les Nouveaux Prédateurs

Comment ils menacent les hommes sans protéger les animaux

Un essai engagé qui met en évidence les dérives de l’écologie radicale et des militants antispécistes.
Protéger les animaux, leur assurer des conditions de vie décentes, consommer autrement en respectant notre environnement… Qui serait en désaccord avec ces principes fondamentaux ? Mais, on le sait, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Aujourd’hui, les activistes antispécistes et les militants écologistes les plus radicaux détournent ces idées partagées par le plus grand nombre. Animés par une idéologie radicale, convaincus que l’intimidation peut remplacer l’échange démocratique, ils imposent, peu à peu, leur vision du ” meilleur des mondes ” : une société dans laquelle l’homme et l’animal seraient égaux en droits. Cette rupture philosophique ne peut être que dramatique, pour les humains mais aussi et surtout pour les animaux dont l’existence dépend en grande partie de nous.
Avec cet essai passionné, Charles-Henri Bachelier, spécialiste du monde rural et directeur de revues consacrées à la chasse et la nature, veut rétablir le débat et sortir des anathèmes. Argument contre argument, il met en lumière les limites et les dérives de la mouvance animaliste. Au fil des pages, il rappelle que la relation entre l’homme et l’animal est plus complexe qu’une accumulation de bons sentiments ou de slogans menaçants : il s’agit d’un lien fondamental, reposant sur des siècles de compréhension, de savoir-faire… bref, de civilisation. Un héritage que ce livre nous aide à mieux comprendre et à protéger.

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