Pierre Jangnäs (Plihon) – Épisode 3 : et si je me trompais ?

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date 18 septembre 2025
author Pierre Jangnäs

Champion d’Europe de tir à l’arc et olympien, Pierre Jangnäs (Plihon) s’aventure en terrain nouveau : la chasse. Entre doutes, appréhension et respect, il livre ici son regard neuf.

Depuis que j’ai commencé à parler de chasse, à raconter mon parcours ici et là, je me suis pris quelques salves. Des moqueries sur les réseaux, des vannes faciles, des raccourcis absurdes. Rien de frontal, rien de bien méchant. Mais assez pour sentir que, dans l’esprit de beaucoup, être chasseur, c’est encore synonyme d’arriéré, de bourrin, de type qui tire sur tout ce qui bouge.

Pas mal d’amis m’ont aussi fait part de leur incompréhension. Pas de jugement, mais un vrai malaise. Pour eux, tuer un animal est tout simplement incompatible avec une certaine idée de la sensibilité. Et comme j’appartiens à leur cercle, ça les fait tiquer. Pas étonnant.

Mais ce que je constate surtout, c’est à quel point la chasse est mal comprise. Déformée. Diabolisée.

Tuer, c’est grave. Et alors ?

Je n’ai pas encore tué. Je n’ai pas encore fait face à ce moment où je donnerai la mort. Je ne sais pas exactement comment je vais réagir. Je ne suis pas dupe : le tir parfait, net, instantané, c’est une image d’Épinal. Il y a aussi la flèche mal placée, l’animal qui s’échappe, les recherches dans les ronces. La souffrance qu’on redoute. Le doute qu’on traîne.

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Je ne sais pas si je serai prêt. Mais je me dis que c’est justement parce que je prends ça au sérieux que j’ai ma place dans ce monde-là.

Ce qui me fait douter

Ça n’est pas l’éthique de la chasse qui me fait tiquer. C’est plutôt mon propre rapport à la violence de l’acte. Tuer, ce n’est pas anodin. Et c’est tant mieux. Si ça devenait un automatisme, une habitude, il faudrait s’inquiéter.

Mais ce qui m’agace, ce sont les jugements à l’emporte-pièce :

  • « Vous tuez pour le loisir. »
  • « Vous nourrissez le problème en relâchant du gibier. »
  • « Vous êtes un danger public. »

Ce genre de slogans, balancés sans nuance, ne font avancer personne.

Ce que je sais

Je sais que les forêts surproduisent. Que les populations d’ongulés explosent. Que les agriculteurs paient les pots cassés. Que les chasseurs régulent, paient, assument.

Je sais que ne pas chasser aurait des conséquences écologiques et économiques majeures.

Et je sais que je ne chasse pas pour « le frisson du tir ». Je suis attiré par autre chose : la traque, l’observation, le silence. L’acte de tuer n’est qu’une étape. Décisive, brutale, irréversible. Mais ce n’est pas la seule.

Je crois aussi qu’on peut être chasseur et avoir du respect. Du respect pour l’animal, pour le territoire, pour l’instant. Et je crois qu’on peut tirer, ou ne pas tirer. Parce que ne pas tirer, c’est aussi chasser.

Ce que je ressens

J’appréhende. Ce week-end, je pars chasser en Charente avec une bande d’amis.

Je ne sais pas si je vais être à la hauteur. Pas dans le sens du tableau, mais dans la manière d’être présent, régulier, juste.

Est-ce que je sentirai bon ?
Est-ce que je marcherai sans bruit ?
Est-ce que je ferai les bons gestes ?
Est-ce que je saurai viser ?
Est-ce que je saurai respecter ?

Je crois que je me prends un peu trop la tête. Mais je préfère ça à l’insouciance. J’arrive dans un monde que je ne connais pas. Et je veux faire les choses bien.

Et si je me trompais ?

Peut-être que je vais détester ça. Peut-être que je ne supporterai pas le moment. Peut-être que je me rétracterai. Peut-être pas.

Mais au moins, j’aurais essayé. J’aurais vu. Ressenti. J’aurais posé des actes, pas juste des mots.

La chasse n’est pas une religion. C’est un choix. Un chemin. Parfois sinueux, jamais anodin. Je ne cherche pas à convaincre. Mais je ne me tairai pas. Parce qu’on a besoin d’autres voix.

De voix qui doutent, qui s’interrogent, qui s’exposent. Pas pour plaire. Mais pour dire ce qui est.

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9 Commentaires :
  1. Taklow
    18/09/25

    Merci pour le texte… et surtout bon week-end. Ça va bien se passer !

  2. LostSoul
    18/09/25

    Y’a que les militaires d’élite qui sont entraînés à tuer et qui peuvent vaguement se targuer de le faire « automatiquement » parce qu’en général c’est eux ou l’autre.
    Et ça entraîne souvent (voir toujours) des conséquences psychologiques.
    Tuer n’est jamais anodin et tuer ne doit jamais se faire sans une bonne raison <- je pense que l'argument est plutôt là en fait, et c'est ce qui "choque" la personne lambda : pour elle, le chasseur n'a aucune raison valable de tuer un animal outre le plaisir et donc la cruauté.
    Je me demande si un chasseur de longue date pourrait expliciter ce point précis. Peut-être qu'en explicitant ça, certaines personnes comprendraient mieux.

  3. Gaston F
    18/09/25

    très beau texte, merci pour ce partage.
    je vous partage une phrase de mon instructeur de la journée de formation à l’arc :  » lorsque vous serez devant votre premier chevreuil (ou sanglier) armez, visez mais ne lâchez pas la flèche. Observez si tout est bien réuni pour un bon tir (la bête, l’environnement, vous) »
    C’est ce que j’ai fait et j’ai gagner en assurance, sérénité pour les suivant!
    Bonne saison!

  4. Jean 2
    18/09/25

    Bonsoir, vos ancêtres l’on pratiqués pendant des milliers d’année, pour se nourrirs mais pas que ,vos questions s’estomperont à l’approche de l’animal,seul l’instinct de chasse vous guidera, et ce moment sera unique entre vous et l’animal, et pour le reste,mettre un bonne flèche et le consommer en famille ou entre amis,sera le meilleur des respects

  5. Denis
    19/09/25

    Bah , je suis éleveur amateur et je consomme les animaux que je produis.
    Les tuer ce n’est jamais anodin, c’est une étape dans l’élevage qui me permet de me nourrir de bons produits et de renouveler le cheptel.
    Mais en toute conscience toujours, et forcément parfois c’est difficile à assumer même au bout de 20 ans.
    Au début on est envahi par la responsabilité de l’acte. Quelque part, on est quand même moins cruels qu’un chat qui joue avec une souris…
    Bonne chasse.

    1. LostSoul
      19/09/25

      De toute façon, en comparaison des abattages industriels… D’ailleurs ça m’étonne toujours que les animalistes attaquent les chasseurs et pas les industriels de l’élevage…

  6. Faukejli
    19/09/25

    Epargne-nous tes phrase grandiloquentes à la con. La vérité est que tu te prépares à tuer uniquement pour ton petit plaisir un animal unique et singulier qui ne demande qu’à vivre en liberté. Et évite de parler de respect. Quand on respecte quelqu’un ou quelque chose, on ne le tue pas.

    1. Jean 2
      19/09/25

      J’espère que vous êtes wegan à fond,sinon vous racontez des conneries,

    2. OLGA
      30/09/25

      Faukejli nous ressort, comme toujours, le soit-disant plaisir de tuer.

      Je pense qu’il y a chez l’homme l’instinct de la traque des animaux pour nous nourrir. A l’origine l’homme est chasseur-cueilleur, il ne fait pas l’oublier. C’est dans ses gènes.

      Dans le règne animal, dont l’homme fait partie, il y a les proies et les prédateurs. L’homme est plutôt du côté des prédateurs, en tout cas à notre époque où l’homme a moins de risques de se faire tuer par un animal qui chasse pour se nourrir.

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