Sous couvert de répondre à l’urgence des incendies, Les Écologistes viennent de publier un dossier mêlant propositions concrètes pour la Sécurité civile, taxation des plus riches, interdiction des jets privés, « État providence climatique » et sécurité sociale de l’alimentation. Une catastrophe chasse l’autre, mais le programme, lui, ne change jamais.
La France fait face à une situation exceptionnelle. Et si nous ne changeons pas de cap, elle risque de devenir la norme.
— Les Écologistes – EELV (@EELV) July 27, 2026
Prévenir les feux, renforcer les moyens de la sécurité civile, adapter nos territoires et lutter contre le dérèglement climatique : voilà les priorités. pic.twitter.com/DAp3q2uWmy
Le procédé est désormais bien rodé. Une catastrophe survient, les images tournent en boucle, l’émotion est immense et l’urgence bien réelle. C’est alors que Les Écologistes apparaissent avec une conclusion déjà prête : cet événement démontre qu’il faut appliquer l’ensemble de leur programme politique.
Les incendies qui frappent actuellement plusieurs régions françaises n’échappent pas à cette règle. Dans un dossier de presse publié le 27 juillet et intitulé Protéger — Nos propositions face aux incendies, le parti de Marine Tondelier entend présenter ses solutions pour prévenir les feux, renforcer les secours et adapter les forêts.
Sur le papier, l’intention est légitime. Et certaines propositions le sont également, même si vous allez le voir, c’est surtout à base d’augmentation de moyens que n’importe quel pilier de comptoir pourrait asséner sans trop se tromper. « Il faut plus de », c’est l’expression préférée de ceux qui ne sont pas aux affaires.
Le dossier réclame notamment davantage de moyens pour les Services départementaux d’incendie et de secours, le renforcement de la flotte aérienne, la création effective d’une seconde base de la Sécurité civile dans le Sud-Ouest, une meilleure protection sociale des pompiers volontaires ou encore la constitution de stocks de matériels adaptés aux fumées.
Il propose aussi de mieux intégrer le risque incendie dans les documents d’urbanisme, de renforcer les plans communaux de sauvegarde, de développer les exercices d’évacuation et de donner davantage de moyens à Météo-France et à l’Office national des forêts.
Rien de particulièrement scandaleux là-dedans. Plusieurs de ces mesures pourraient même faire l’objet d’un large consensus (tant que la notion d’arbitrage ne s’immisce pas dans le débat).
Mais il faut seulement quatre pages pour comprendre que le sujet véritable dépasse très largement les incendies.
Avant même d’entrer dans le cœur opérationnel du dossier, Les Écologistes exposent leur ambition d’« abolir les privilèges climatiques ». Derrière cette formule révolutionnaire pastèque, sont convoqués les jets privés, les yachts, les superprofits des entreprises fossiles et la contribution accrue des plus riches à la transition écologique. Le parti propose notamment d’interdire l’atterrissage des jets privés sur les aéroports français et européens.
Puis vient la construction d’un « État providence climatique », comprenant un « congé climatique », une réforme du droit du travail, une sécurité sociale de l’alimentation, l’indemnisation des récoltes et la prise en charge des conséquences du retrait-gonflement des argiles.
Le lecteur était venu chercher des propositions sur les incendies, le voici entraîné vers une refonte générale de la fiscalité, de la protection sociale, de l’alimentation, du travail et du modèle économique.
Les incendies fournissent l’image, l’émotion et le sentiment d’urgence. Mais à l’intérieur du dossier se trouve le programme politique complet des Écologistes, simplement reconditionné pour l’occasion.
Peu importe le sujet de départ : canicule, sécheresse, inondation, agriculture, santé ou incendie. Le point d’arrivée reste toujours le même.
Le document reconnaît pourtant une réalité essentielle : en France, neuf départs de feu sur dix sont liés à l’activité humaine. Il précise également, très justement, que le dérèglement climatique « n’allume pas les incendies », mais qu’il peut augmenter leur potentiel destructeur en favorisant leur propagation.
Cette nuance est importante, et elle devrait conduire à distinguer clairement deux sujets.
D’un côté, les conditions dans lesquelles un feu peut se développer : chaleur, sécheresse, vent, état de la végétation, entretien des massifs et capacité d’intervention.
De l’autre, la cause initiale du départ : imprudence, accident, activité professionnelle, comportement interdit ou acte volontaire.
Or, dans la construction politique du dossier, cette seconde question disparaît presque aussitôt qu’elle est mentionnée. Le climat reprend toute la place, jusqu’à devenir « la mère de toutes les batailles », selon les propres termes du document.
Les départs de feu sont majoritairement humains, mais le récit doit impérativement rester climatique. Car seule cette présentation permet de faire des incendies la justification d’une transformation générale de la société.
Même la proposition phare d’une « réserve civile climatique » ressemble davantage à une opération de communication qu’à une révolution organisationnelle.
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Le dossier rappelle lui-même que les comités communaux feux de forêt existent depuis les années 1970 et que les réserves communales de Sécurité civile sont prévues depuis 2004. Des dizaines de milliers de bénévoles participent déjà à la surveillance des massifs, à l’information des habitants, à l’alerte et à l’appui logistique des secours (les chasseurs en bonne place).
Les Écologistes proposent de généraliser ces dispositifs, de mieux les financer et de leur offrir un cadre national. Pourquoi pas. C’est la même chose mais en « + » quoi.
Mais l’innovation consiste surtout à leur ajouter l’adjectif « climatique ». Une nouvelle appellation permet ainsi de présenter comme une création politique ce qui constitue avant tout l’extension de réseaux locaux déjà éprouvés.
Et là encore, les grands absents du document sont particulièrement révélateurs. Les agriculteurs sont cités. Les forestiers aussi. Les collectivités, les associations et les bénévoles également. Mais pas un mot sur les chasseurs, leurs fédérations ou leurs réseaux départementaux, alors même que nombre d’entre eux participent concrètement à la surveillance des territoires, à l’ouverture des accès, à l’entretien des milieux et à l’appui aux populations lors des incendies.
Pour célébrer le bénévolat rural, encore faut-il accepter de regarder qui agit réellement sur le terrain. On peut rêver.
Le dossier annonce enfin « deux mesures immédiates ».
On pourrait s’attendre à des moyens supplémentaires envoyés dans les départements touchés, à une mobilisation des matériels disponibles ou à des mesures directement applicables pendant les incendies en cours.
La première mesure consiste à organiser une réunion de crise associant les forces politiques et les groupes parlementaires. La seconde vise à inscrire en urgence une proposition de loi à l’ordre du jour.
Autrement dit, l’urgence opérationnelle débouche d’abord sur une urgence politique et parlementaire. On avance bien là.
Cela ne signifie pas que les budgets, les lois ou l’organisation de la Sécurité civile seraient secondaires. Ils sont évidemment indispensables. Mais le décalage reste saisissant entre le vocabulaire utilisé et la nature réelle des réponses proposées.
Pendant que les pompiers, les agriculteurs, les chasseurs, les bénévoles, les collectivités et les habitants affrontent les flammes, Les Écologistes expliquent que le moment est venu d’interdire les jets privés, de taxer les superprofits et d’instaurer une sécurité sociale de l’alimentation. Qui est surpris ?
Le climat est peut-être, à leurs yeux, « la mère de toutes les batailles ». Il est surtout devenu le prétexte à toutes les politiques. Le cheval de Troie est peint en vert. Mais ce qu’il transporte à l’intérieur n’a plus grand-chose à voir avec la lutte immédiate contre les incendies.
A voir en vidéo :










Si les Écologistes s’intéressaient à la protection face aux incendies, leur document formulant des propositions serait connu depuis longtemps et pas sorti au moment où nous avons de graves incendies difficiles à maîtriser.
Le proposition d’une réunion de crise associant les forces politiques et groupes parlementaires est ce que Marine TONDELIER a proposé ces derniers jours, sans que cela fasse écho. Donc, on l’écrit en proposition dans le document.
Le temps est à la solidarité, le temps des mesquineries et de récupération viendra bien assez vite.