Le “rapport Bateson” : quand une étude descriptive devient un argument moral

Culture Chasse
date 14 octobre 2025
author Richard sur Terre

Souvent brandie contre la chasse à courre, l’étude de Bateson décrit la physiologie d’une proie poursuivie. La transformer en condamnation morale relève d’une confusion entre faits et valeurs.

Le contenu réel de l’étude

En 1997, Patrick Bateson publie une étude sur les effets physiologiques d’une poursuite de cervidés par des chiens. Méthodologiquement, le travail est clair : comparer l’état biologique d’animaux longuement poursuivis à celui d’animaux abattus sans poursuite, en mesurant des marqueurs de stress et de dommage musculaire.

Les résultats découlent presque tautologiquement de la situation de fuite : élévation des hormones de stress, mobilisation accélérée des substrats énergétiques, signes de souffrance musculaire, parfois d’hémolyse. Autrement dit, on observe l’organisme d’un ongulé mis en condition de prédation prolongée.

Ce point est essentiel : l’étude décrit un état physiologique dans un contexte précis — une chasse à courre de cerfs élaphes — à un moment donné, avec des marqueurs spécifiques. Elle ne porte ni sur toutes les formes de chasse, ni sur toutes les espèces, ni sur les multiples variantes de terrain, de durée, de climat ou de saison. Son apport est descriptif et circonscrit ; son intérêt scientifique n’est pas en cause.

Du fait à la valeur : la confusion classique

Dans le débat public, la question “Que mesure Bateson ?” se transforme en “La chasse est-elle immorale ?”. C’est une erreur de catégorie. La première est descriptive, la seconde normative. On ne peut pas dériver logiquement l’une de l’autre.

David Hume l’avait formulé avec une netteté insurpassée : on ne déduit pas un “il faut” d’un “il est”. L’étude ne mesure pas la moralité ; elle constate la biologie du stress de fuite. Dire que la fuite provoque un stress sévère n’implique pas que la chasse soit moralement condamnable. Cela implique seulement que la fuite est une expérience physiologiquement coûteuse — vérité indépendante de l’intention humaine, et valable pour toute forme de prédation.

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La rhétorique anti-chasse opère ici un glissement : elle transforme une description en prescription et s’épargne ainsi l’effort d’un raisonnement éthique explicite.

Le stress de prédation : un fait biologique, pas une exception

L’étude de Bateson met en scène un schéma de prédation. Les grands herbivores se sont coévolués avec leurs prédateurs ; leur physiologie est adaptée à la fuite, leur comportement social à la vigilance, leur morphologie à la course. Le stress de prédation est un phénomène constitutif de la vie sauvage, pas une anomalie.

On peut distinguer la prédation naturelle de la chasse humaine, par l’intention ou la méthode, mais cela ne change pas la logique de fond : constater une réponse biologique ne tranche pas une question morale. Décrire ce que subit un cerf poursuivi par des chiens, c’est informer sur un fait naturel, non statuer sur un bien ou un mal.

Ce que l’invocation de Bateson révèle vraiment

Derrière la référence au “rapport Bateson”, on trouve une proposition morale : il est injuste de provoquer délibérément un stress majeur chez un animal. On peut le penser. Mais toute prédation, naturelle ou anthropique, suppose le stress de la proie.

L’injustice invoquée ne découle donc pas d’un fait biologique, mais d’un jugement sur le droit ou non des humains à participer à ce cycle.

Deux voies s’ouvrent alors :

  • Soit assumer un positionnement éthique explicite — par exemple juger la chasse à courre indigne — sans instrumentaliser la science.
  • Soit discuter à armes égales des fins et des moyens : finalités de gestion, conditions d’exécution, comparaisons inter-techniques, compromis entre considérations écologiques, sociales et animales.

Dans les deux cas, l’étude de Bateson reste utile comme pièce descriptive, non comme verdict moral.

Trois registres à ne pas confondre

Pour désembuer le débat, il faut distinguer trois registres :

  • Le descriptif, celui de la science : que se passe-t-il dans le corps d’un cervidé poursuivi ? Réponse : un stress aigu, mesurable.
  • L’évaluatif, celui de la morale : est-il juste de provoquer ce stress ? Réponse : ça dépend d’un système de valeurs.
  • Le pragmatique, celui des politiques publiques : au regard d’objectifs sociétaux, quelles pratiques autoriser et comment les encadrer ?

Mélanger ces registres conduit à des raisonnements boiteux : naturaliser la morale (“c’est naturel, donc c’est bien”) ou scientifiser la morale (“c’est mesuré, donc c’est mal”). Dans les deux cas, c’est un sophisme.

Remettre l’étude à sa juste place

L’étude de Bateson est utile, précisément parce qu’elle mesure ce que toute intuition naturaliste devine : la fuite coûte cher au corps. Mais elle n’est ni un réquisitoire ni une absolution.

L’instrumentaliser comme preuve morale revient à confondre la photographie d’un phénomène avec le jugement porté sur une pratique. La science observe, décrit, parfois explique. À nous d’assumer la part normative, sans nous cacher derrière des courbes.

La morale ne se mesure pas au taux de cortisol d’un cerf ; elle se discute au grand jour, en distinguant les faits qu’on observe des valeurs qu’on défend.

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3 Commentaires :
  1. Nico
    14/10/25

    « élévation des hormones de stress, mobilisation accélérée des substrats énergétiques, signes de souffrance musculaire, parfois d’hémolyse. »

    Je connais des gens qui se mettent dans cet état pour le plaisir….(cf.
    les coureurs d’ultra-trails, entre autres)

  2. Lolo0126
    15/10/25

    Je suis presque sûr que la période du brame les met dans le même état, voir pire, vu la durée de cette période, et les constatations scientifiques d’amaigrissement et de changement de caractère et de comportement….
    Alors on fait quoi ? On leur supprime les joyeusetées ?

  3. Jean 2
    15/10/25

    Bonjour, je crois que les harengs vont bientôt êtres stressés ,ça va être bientôt la période ! On a faire qu’à des nuls, on fait des études sur des choses naturelles et connues, ah !j’ai oublié l’antilope poursuivi par le lion ou le guépard, elle aussi va être stressée,je peux faire la même chose avec la meute de loups.

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