Pourquoi le sanglier explose (pendant que d’autres espèces s’effacent) ?

Culture Chasse
date 13 novembre 2025
author Richard sur Terre

Alors que certaines espèces s’effondrent, le sanglier prospère. Comment une France plus boisée qu’hier peut-elle faire exploser ses effectifs ? Décryptage d’une dynamique mal comprise.

En croisant le sempiternel argument de la déforestation française (et à quel point l’Homme est un gros vilain), j’ai publié un post sur X. Trois lignes : « La surface forestière française a quasiment doublé depuis 1900, passant de 9 à 17 millions d’hectares. »

Un simple rappel factuel. Pas une théorie du complot sylvicole. Et pourtant, dans les heures qui ont suivi, une avalanche de commentaires est tombée : « Oui mais ce ne sont pas de vraies forêts », « Ce sont des monocultures », « La biodiversité souffre », « Le sanglier n’a plus d’habitat », « Les animaux fuient parce que l’homme détruit tout ».

Toujours les mêmes refrains, chantés avec la même certitude.

C’est de là qu’est né cet article. De cette impression bizarre qu’en 2025, on parle de faune sauvage, non pas selon l’état actuel des connaissances, mais à coups d’intuitions et d’humeurs. Alors que, pendant ce temps, sur le terrain, les animaux suivent des dynamiques simples, parfois brutales, mais rarement idéologiques.

Et puisqu’on me l’a beaucoup opposé : parlons du sanglier. Car s’il y a bien une espèce que l’on ne peut pas accuser de « disparaître faute de forêt », c’est lui. Lui, il se porte très bien. Merci de demander.

Le sanglier n’est pas un romantique. Il ne s’assoit pas sur une souche en regrettant la forêt primaire disparue. Lui, il regarde le couvert, la bouffe, l’abri, les couloirs de déplacement. Et s’il coche ces cases, il s’installe. Point.

Résultat : alors que d’autres espèces s’effondrent, le sanglier prolifère. Il traverse les routes la nuit, renverse les poubelles, creuse les prairies, s’invite dans les villages. Ses effectifs montent sans complexe.

Pourquoi lui ? Pourquoi pas les autres ?

D’abord, parce qu’il est bâti pour ça. Une espèce généraliste, omnivore, tenace. Un ventre sur pattes, certes, mais un ventre équipé d’un cerveau efficace : une capacité d’adaptation exceptionnelle, une reproduction généreuse, et une science presque insolente de l’opportunisme.

Ensuite, parce que le décor change. Et il change à son avantage.

On répète que « la forêt disparaît ». C’est faux. La forêt française n’a jamais été aussi vaste depuis le dix-neuvième siècle. On peut débattre de sa qualité, des essences, de la gestion, des monocultures. Oui, évidemment, tout cela compte… mais pas pour tout le monde. Pour un sanglier, la donnée brute, c’est : plus d’abri. Et ça suffit déjà à le stimuler.

A lire aussi : Sangliers : toujours la faute des chasseurs ?

Viennent ensuite les lisières, ces franges entre le bois et le champ. Les biologistes les adorent, les sangliers encore plus. C’est simple : la forêt lui offre le lit, les cultures lui offrent le dîner. Quand une perdrix s’effondre faute de jachères, le sanglier, lui, avance en ronchonnant de satisfaction.

Et puis il y a les hivers doux, qui préservent les marcassins. Les zones humides, les parcelles agricoles, les maïs qui débordent des silos. Toute une mécanique qui fait gonfler les effectifs. Ajoutez à ça l’absence quasi totale de grands prédateurs capables de contrôler vraiment ses populations (imaginez le nombre de loups qu’il faudrait pour réguler 2 millions de sangliers), et vous obtenez une croissance qui finit par inquiéter tout le monde : forestiers, agriculteurs, automobilistes, et évidemment les payeurs : les chasseurs.

Pour illustrer cette logique, on peut regarder les Landes de Gascogne : une immense forêt d’apparence « pauvre », une monoculture de pins maritimes que certains qualifient de désert vert. Et pourtant — c’est presque ironique —, la population de sangliers y a explosé. Pourquoi ? Parce qu’autour et à travers cette forêt poussent des cultures, des ruisseaux, des lisières, des zones humides. Bref : un biotope parfait pour un animal qui n’a pas besoin de grand-chose, si ce n’est manger et se cacher.

D’autres espèces, plus spécialisées, n’ont pas cette chance. Elles réclament un milieu précis : des prairies permanentes, des haies, des sols vivants, des friches. Tout ce que l’agriculture moderne a raréfié. Résultat : le spécialiste s’efface, le généraliste triomphe. Une mécanique vieille comme le vivant.

Alors non, la nature n’avance pas en bloc. Elle avance en décalages. En nuances. En déséquilibres. Certaines espèces montent, d’autres coulent. Certaines profitent de nous, d’autres tombent sous nos machines.

Le sanglier, lui, a compris les règles de ce nouveau monde : une France plus boisée, plus morcelée, plus nourrissante. Il s’y est glissé comme dans un costume taillé sur mesure.

Et peut-être qu’au lieu de l’imaginer errant dans une forêt disparue, il faudrait simplement regarder les faits : ce n’est évidemment pas l’absence d’habitat favorable qui explique sa présence partout en France, mais son excès. C’est pas logique comme conclusion, ça ?

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