Quand le service public désinforme

Chasse Actu
date 18 mai 2026
author Richard sur Terre

Un article de ICI sur l’étude INRAE Rés0Pest cumule inexactitudes factuelles et omissions majeures. Le service public mérite mieux que du militantisme déguisé en information.

Le 17 mai 2026, ICI Occitanie publie un article sur le réseau expérimental Rés0Pest, coordonné par l’INRAE avec l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad. Dix ans de suivi, neuf systèmes de culture sans pesticides sur des parcelles réparties à travers la France, une publication dans une revue à comité de lecture. La démarche est sérieuse. ICI Occitanie ne l’est pas.

Ce que dit l’INRAE, et ce que dit ICI Occitanie

Le communiqué officiel de l’INRAE est sans ambiguïté : les systèmes sans pesticides enregistrent des rendements « le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique, tout en pouvant, dans certaines situations, atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs ». Le chercheur toulousain Jean-Noël Aubertot, cité dans l’article, dit lui-même que ses résultats sont « encadrés par le bas par le bio et par le haut par le conventionnel ». On produit moins qu’avec des pesticides, plus qu’en agriculture biologique. C’est la réalité des données.

« De très bons rendements » ne figure ni dans le communiqué de presse ni dans la bouche du chercheur. Ces trois mots sont une invention de la rédaction.

Ce que l’article oublie de dire

L’INRAE identifie dans son propre communiqué des limites précises : la gestion des adventices (les « mauvaises herbes ») reste un défi majeur. La sécheresse menace la régularité des rendements. Le recours au labour a été nécessaire dans certains cas. Aucun de ces éléments n’apparaît dans l’article.

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L’article ne dit pas non plus ce que sont réellement ces parcelles : des unités expérimentales gérées par des ingénieurs et techniciens de l’INRAE, co-conçues dans le cadre d’un programme public avec un encadrement scientifique permanent. Pas des exploitations commerciales. Présenter ces résultats comme un modèle directement accessible à l’agriculteur conventionnel, c’est effacer la question que l’article aurait dû poser : qui assure la transition, avec quels moyens, et à quel coût pour l’exploitant ?

La correction venue des lecteurs

Sur X, la publication du tweet d’ICI Occitanie reprenant le même titre a déclenché une note de contexte communautaire, visible sous le post : « Cette étude montre que s’il est techniquement possible de cultiver sans pesticides, c’est au prix d’un travail mécanique et d’un recours accru aux engrais de synthèse (avec un bilan environnemental négatif) et avec des rendements et une rentabilité dégradés. » La note est discutable dans sa précision (Rés0Pest ne documente pas un recours accru aux engrais, il l’autorise). Mais elle pointe quelque chose que l’article ne dit pas : supprimer les pesticides en intensifiant le labour et les intrants azotés, c’est déplacer la pression environnementale, pas l’éliminer. Ce paradoxe figure implicitement dans le communiqué INRAE. Il n’a pas franchi la porte de la rédaction d’ICI Occitanie.

Le militantisme comme anesthésiant de la rigueur

Ces omissions vont toutes dans le même sens. Le titre amplifie. Les limites disparaissent. La conclusion de l’article bascule vers un plaidoyer sur les « coûts cachés des pesticides » (argument qui dépasse le périmètre de Rés0Pest, laquelle ne mesure pas ces externalités). Aubertot se retrouve ainsi transformé en porte-voix d’une cause que son étude n’instruit pas.

Le biais de confirmation fonctionne ainsi : on ne vérifie pas ce qui confirme ce qu’on croit. La négligence journalistique et l’orientation militante se nourrissent l’une l’autre dans un mépris fragrant du lecteur.

Une presse d’opinion militante assume son contrat. ICI Occitanie, antenne de France Bleu, est financée par le contribuable, dont l’agriculteur conventionnel qui représente 90 % des surfaces cultivées en France. Ce lecteur mérite une information exacte sur une étude qui le concerne directement. Le service public de l’information n’a pas pour mission de valider un récit militant. Ce dimanche 17 mai, il s’en est chargé quand même.

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