Vendredi, je publiais une vidéo montrant comment François Ruffin avait été cloué au pilori pour avoir donné la parole à un guide chasseur en Baie de Somme. Ce week-end, Ruffin a enfoncé le clou avec un billet de blog.
C’est sans surprise aucune.
— François Ruffin (@Francois_Ruffin) September 12, 2025
Le bref portrait d’un ancien ouvrier, de la CGT Goodyear, « de gauche » hier, et aujourd’hui guide-nature en Baie de Somme, chasseur toujours, ce portrait n’a suscité aucune interrogation, aucune réflexion, encore moins de la compassion.
Un «… pic.twitter.com/EQiwlIsxN9
Épisode 1 : la polémique immédiate
Dans ma vidéo, je montrais la mécanique bien rodée : un élu tend l’oreille à un chasseur, et aussitôt, c’est toute la gauche – se voulant « progressiste » – qui lui tombe dessus. Rigaux ironise, Caron brandit son abolition, Rousseau trace sa ligne rouge, un communicant de Quatennens parle de “girouette”, et le collectif Un jour un chasseur décrète que Ruffin “n’est pas de gauche”.
Cette indignation en série dit déjà quelque chose : pour une partie de la gauche, un chasseur n’est pas une personne, c’est une catégorie à abattre.
Épisode 2 : le billet de Ruffin
Dans “Mépris de chasse”, publié le 12 septembre, Ruffin raconte son parcours. Jeune étudiant dans les années 90, il partageait lui aussi le mépris dominant pour les “ploucs” : camping, foot, bière… et chasse. Jusqu’au jour où il découvre le texte de Pierre Bourdieu sur le “racisme de l’intelligence”, puis les analyses d’Emmanuel Todd sur le divorce entre élites diplômées et classes populaires. Ce fut une conversion intellectuelle : choisir son peuple, contre la tentation du mépris.
Ruffin l’admet : il reste tiraillé, il reste attaché à la cause animale. Mais il refuse de rallumer la “guerre des chasses”. Et il rappelle une évidence : les chasseurs, ce sont ses voisins, ses pompiers, ses collègues, ses amis.
Le mépris comme moteur politique
Ce billet dépasse la question cynégétique. Ruffin décrit un mécanisme qui se répète à chaque étape de notre histoire récente :
- Les ouvriers de Goodyear, Whirlpool, Honeywell → accusés d’être archaïques.
- Les Gilets jaunes → traités de “fachos” et de “dégénérés”.
- Les chasseurs → caricaturés comme violents, bornés, infréquentables.
Chaque fois, la même mécanique : le mépris social devient un instrument politique. Une partie de la gauche préfère perdre le peuple réel plutôt que de l’accepter avec ses cultures, ses contradictions, ses pratiques.
Ses mots sont limpides : « Par conviction que cette gauche du jugement, du mépris, nous a aliénés des gens partout dans le pays. Et qu’elle fait le lit du pire. »
Chasse et écologie : un faux duel
Ruffin insiste aussi sur ce point : il ne veut pas d’une écologie “contre” la chasse, pas plus qu’il ne veut d’une chasse “contre” l’écologie. Là encore, il dénonce la logique des camps figés, où chaque camp se définit par l’ennemi qu’il s’invente.
C’est une ligne de crête, difficile, mais qui dit quelque chose de plus large : la possibilité d’une politique de la réconciliation au lieu de la politique de l’exclusion morale.
Pourquoi c’est un révélateur
Ce billet confirme ce que je disais vendredi : la chasse est un formidable révélateur politique. Elle oblige chacun à se positionner. Pas seulement pour ou contre un mode de vie, mais pour ou contre un peuple.
- Pour la gauche idéologique, le chasseur est un archaïsme qu’il faut abolir.
- Pour la gauche populaire incarnée par Ruffin, c’est d’abord un voisin, un ouvrier, un guide, un homme.
Au-delà de la chasse
Le texte de Ruffin n’est pas un manifeste cynégétique. C’est un manifeste contre le mépris social. Et c’est sans doute ce qui le rend si précieux dans ce débat : il rappelle qu’on peut critiquer des pratiques, mais qu’on n’a pas le droit de dénigrer des gens.
En ce sens, sa parole confirme une chose : la chasse reste un révélateur puissant de la fracture française. Entre ceux qui veulent construire avec le peuple, et ceux qui préfèrent l’accuser, le juger, l’exclure.
A voir en vidéo :











Enfin un article qui ne caricature pas et ne laisse pas à penser que les chasseurs sont systématiquement de Droite voir même d’extrême droite pour ne pas dire fachos.
C’est vrai que dans les cabanes c’est trop souvent des discours fachisant que l’on entend.
Sylvestre,chez les chasseurs il y a de toutes les sensibilités, bizzare ce déni quand 75,80 pour cent de gens accréditent certaines thèses et que je sache c est un parti tout a fait legal.
Un chasseur ne demande qu une chose, c est vivre sa passion, sans être en permanence discrédité par des écolos bobos, qui ne connaissent rien a la nature.
Et qui ne font que de porter des critiques sur les réseaux sociaux.
Et bien sur, ne font rien sur le terrain pour la protection de la biodiversite.
On ne peut que se féliciter qu’un homme de gauche tente de faire réfléchir les idiots. C’est pas gagné. De notre côté, les attaques sont plutôt factuelles qu’idéologiques. Qui veut imposer aux agriculteurs de se faire hara kiri, qui veut supprimer la chasse sans considération des conséquences de la prolifération du gibier, qui veut imposer la présence du loup alors qu’elle ne génère qu’une multitude de problèmes et de coût, qui voulait démanteler nos centrales nucléaires, qui a fait de la voiture électrique une priorité alors qu’on pouvait bien plus décarboner rapidement d’autres secteurs, qui a voué aux gémonies les énergies fossiles alors qu’il était évident qu’elles seraient une aide indispensable pour une décarbonation rapide. J’arrête là car la liste de leurs âneries est infinie;
Dans la cabane nous sommes 20 « personnes » différentes mais respectueuses il y a des ouvriers d’usine des enseignants des cadres sup un avocat des ouvriers du bâtiment ou des artisans employeurs de main d’œuvre des agriculteurs il est évident que nos bulletins de vote sont différents mais notre volonté de garder notre art de vivre est le même. M Ruffin aurait il compris des choses, je l’espère et maintenant qu’il attrape son bâton de pèlerin et s’il est convaincu de ses convictions qu’il répande la bonne nouvelle.
Bonjour, je ne dirai qu’un mot » tolérance « et ce monde irait mieux, (je suis peut-être un doux rêveur).pour Serge tout à fait, et on peut rajouter,éboueurs, agent sncf gendarmes,policiers,boulangers, jockeys, profs,bouchers,kinésithérapeute, postiers, la liste est longue
Et si le progressisme c’était la chasse? En effet si notre société humaine était gérée comme un chasseur gère son territoire alors on parlerait de ne jamais prendre plus que ce que la nature nous donne, on ne détruirait rien car on sait que c’est l’ensemble du biotope e qui fait la richesse de son environnement, la vie serait concentrée sur le moment présent et sur les choses utiles qui permettent de reconstituer les ressources… enfin n’est-il pas au chasseur aussi de promouvoir cette écologie qu’il a acquis lors de son expérience pour définir la chasse comme une permaculture du vivant?
Je suis un écologiste de cœur vivant à la compagne, incapable personnellement de donner la mort à un animal, mais je mange de la viande. Aussi, manger de la viande chassée près de chez soi est un acte écologique (animal ayant vécu en liberté tué localement près de son lieu de résidence), contrairement aux viandes ou plats industriels achetés en grande surface qui traversent parfois la planète pour nous nourrir ! Moi même écologiste convaincu, je réfute ces urbains écolos hors sol qui méprisent les chasseurs, et dont le rapport au monde animal se limite à quelques animaux de compagnie. Bravo à François Ruffin de faire courageusement la synthèse entre la chasse, la ruralité, la gauche et l’écologie !
Pugi,ce commentaire fait plaisir,plein de bon sens et surtout de tolérance.
Lisez le billet de Ruffin.
Franchement il a l’air honnête par rapport à lui même et sincère.
Le côté humaniste est le mien..
On ne le verra jamais avec un fusil dans les mains mais il essaie de comprendre.
Mon épouse, (bac+6) vient de Toulouse (centre ville) , a choisi de vivre au milieu de deux cents bestioles… Avec un homme à bac -5… 20 ans que ça dure ! ?
Il explique très bien cela.