Tondelier-Fesneau, l’algèbre et la pique

Les plumes de Richard
date 31 juillet 2026
author Richard sur Terre

Marine Tondelier avait installé le ring et distribué les rôles. Marc Fesneau est monté sur les cordes avec des chiffres et quelques coups de coude.

Il y avait tout ce qu’il fallait pour un bon spectacle politique estival : une canicule, des agriculteurs en difficulté, une coupe de champagne, des fermes-usines, un ancien ministre et quelques centaines de milliers de spectateurs autour du ring.

Marine Tondelier a lancé le combat le 29 juillet sur X, avec une entrée parfaitement réglée : « Pendant que les agroindustriels de la FNSEA fêtent au champagne le vote de la loi d’urgence agricole, les maraîchers et les arboriculteurs sont en train de crever. »

Ça a le mérite de la simplicité.

Le tweet se déploie comme une affiche de gala. Les « agroindustriels » entrent d’abord, suivis des « propriétaires de méga-élevages » et des « fermes-usines ». Face à eux, les maraîchers et les arboriculteurs « se partagent des miettes, voire rien du tout pour les plus petites fermes ».

La présidente des Écologistes maîtrise la dramaturgie, on ne luie enlèvera pas ça. La FNSEA débouche le champagne, les grosses exploitations s’accaparent les aides, les petites fermes crèvent et la France s’apprête à perdre jusqu’à sa dernière pomme.

La conclusion est d’ailleurs conçue pour rester sur l’écran après le générique : « Alors sauvez-les. Et peut-être qu’on pourra encore manger des pommes françaises demain. »

Entre-temps, Marine Tondelier aura également demandé à Annie Genevard si elle entend « assumer que seules les fermes-usines sont votre priorité ». La question n’en est pas une.

Marc Fesneau a répondu deux jours plus tard. Pas de panier de fruits, pas de producteur accablé sous un soleil de plomb : l’ancien ministre de l’Agriculture préfère commencer par pousser son adversaire dans les cordes.

« Madame Tondelier, sans vouloir être discourtois, on peut comprendre le besoin irrépressible d’exister avant de disparaître chez LFI, comme nombre d’écologistes l’ont déjà fait, mais pourrait-on nous épargner la litanie des poncifs, l’accumulation sans cohérence des éléments de langage et les a priori grossiers sur le monde agricole ? »

Le « sans vouloir être discourtois » remplit ici la même fonction que le salut entre deux boxeurs : il précède poliment le premier crochet.

Fesneau reprend ensuite le vocabulaire de Tondelier, pièce par pièce : « Chez vous, les agriculteurs sont “agro-industriels”, les fermes “usines”, les élevages comme les réserves “méga”, les céréaliers par nature “pas à plaindre”. »

L’ancien ministre sort ensuite ce que les commentateurs de catch appelleraient un objet réglementaire non homologué : son bilan.

« Sur le maraîchage et globalement les fruits et légumes, le plan réclamé existe. Je l’ai lancé en 2023. 300 M€ en deux ans : serres, vergers, agroéquipements. L’irrigation aussi. Oui, celle que vous refusez à l’aveugle. »

Le coup part en deux temps. D’abord les montants, les serres, les vergers et les équipements. Ensuite la petite torsion finale sur l’irrigation. Le chiffre sert d’appui, la dernière phrase pousse.

A lire aussi : Marine Tondelier : l’aubaine de la canicule

Fesneau enchaîne avec les aides liées aux tempêtes de 2023, la Bretagne, la Normandie et une aide spécifique de la PAC. Puis il place une formule préparée pour le ralenti : « Seulement voilà : ça n’intéresse pas, puisque les écologistes n’ont pas voté le budget agricole. »

La réplique n’évacue pas les difficultés actuelles des producteurs, qu’il reconnaît devoir être approfondies. Mais elle déplace le combat. Il ne s’agit plus de savoir qui souffre sous la canicule : il s’agit de savoir qui a ouvert les dossiers avant de monter sur le ring.

Après les chiffres vient le reproche politique. Fesneau accuse Tondelier d’organiser le monde agricole entre bons et mauvais élèves : « Dans ce tweet, il y a la pensée profonde qu’il y a les bons et les mauvais agriculteurs. Cette permanente propension à trier et opposer les êtres humains. »

Le ton devient plus grave lorsqu’il évoque le suicide agricole. Mais le spectacle reprend rapidement ses droits avec la dernière séquence.

Tondelier avait lancé : « Sauvez-les. » Fesneau attrape la formule au vol, la retourne et la repose sur la table : « On ne vous avait pas attendue, Madame Tondelier. On aurait juste envie de vous répondre : “Respectez-les et sortez des caricatures !” »

Le combat n’a évidemment réglé ni la chaleur dans les vergers, ni la trésorerie des maraîchers, ni même l’avenir de la production française. On a au moins souri.

A voir en vidéo :

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14 Commentaires :
  1. OLGA
    31/07/26

    Si on arrêtait un peu les poncifs sur l’élevage, l’agriculture et le climat, ça ferait du bien à tout le monde, et si des éléments de compréhension chiffrés et fiables étaient portés à la connaissance des Français, on s’en porterait mieux avec des citoyens un tout petit plus informés.

    Sinon, concernant la PAC, qui concerne le monde agricole, il est vrai que les gros se partagent la part du lion des aides agricoles.

    Ma petite opinion est que le système de la PAC devrait évoluer en ayant deux déterminants, ceux actuels comme les surfaces cultivées et un nouveau qui prendrait en compte le nombre de salariés sur les exploitations. Je ne saurais vous dire les pourcentages qu’il faudrait retenir pour l’un et l’autre des déterminants, mais je pense que ce serait plus juste. Il faudrait sans doute ajuster en fonction du type de production agricole et peut-être du chiffre d’affaire. Bon, ce n’est pas mon domaine, mais pour moi, il y a trop d’argent de la PAC dans certaines poches qui n’en ont pas besoin autant.

    1. Jean 2
      31/07/26

      Bonjour, oui c’est pas faux,il y a certainement du ménage à faire au niveau financier pour la répartition,mais moi, je vois que la PAC a fait du mal à la biodiversité ainsi que les écolos en Europe ,un exemple :dans un village que je connais bien, il y a environ 50 ans,il y avait 5 fermes,toutes faisaient du lait,aujourd’hui reste 2 fermes,dont l’une la dernière, à arrêtée le lait depuis 2 ans et tout le monde s’en fout(,40 vaches environ+ génisses) fait des céréales et bêtes à viande maintenant,l’autre que des céréales .bilan, les patures avec les haies ont disparus au fur et a mesure ,reste 2 patures pour les Charolais, alors que le village était entourée de patures et de haies, maintenant de la plaine sans haies , cultivée et forcément traitée, beaucoup moins intéressants pour la faune et la flore, la dessus se greffe du bisness européen, le lait polonais ou ailleurs est moins cher(concurrence entre nous),les écolos français et européens ainsi que les autres députés ne veulent plus de bovins !mais valide l’importation mercosur!!donc disparition à moyen terme des autres prairies à mon avis .ce n’est qu’un aspect du problème .

      1. A de Faletans
        31/07/26

        Comme vous dites  » ce n’est pas votre domaine  »
        L’agriculture, le seul métier pour lequel tout le monde a avis et pour lequel on ne demande surtout pas leur avis aux proffessionels !
        De tous les commentaires que je viens de lire, pas un sui tient la route. Vous avez tous une vision de l’agriculture façon Dysney ! Nous sommes de moins en moins nombreux et il est logique que les exploitations s’agrandissent. Vous le regrettez ? Installez vous ! Ou alors commentez un autre métier et laissez nous travailler svp.

        1. Jean 1
          31/07/26

          Quand on voit le résultat,un suicide tous les trois jours, peut être que certaines modifications sont nécessaires.sachez que je connais des agriculteurs et qu il m arrivé d aider mon voisin bénévolement et que je prend leur défense.en gironde certains sont venus de loin pour assister les pompiers et merci à eux.

    2. Jean 1
      31/07/26

      OLGA,oui la PAC favorise les grosses exploitations et certainement qu il faudrait mieux repartir,voir favoriser certaines cultures mais la plupart des pays subventionnent leur agriculture et est on prêt à payer le juste prix.il ne reste plus qu un agriculteur a côté de chez moi,cette année même les cultures d hiver ‘n ont pas couvert les frais et en ce moment le soja est en train de jaunir avec des cosses toutes petites donc s il n avait pas la PAC on le trouverait peut être pendu comme beaucoup.capter l eau en hiver pour irriguer va devenir indispensable.var vu l’ état de nos cours d eau ils ne peuvent plus les utiliser et c est normal.

  2. GUILLAUME
    31/07/26

    JEAN2 nous parle d’un paysage agricole d’il y a 50 ans. Évidemment, tout a changé.

    Les exploitations ont beaucoup gagné en surface, les parcelles ont été rapprochées et on a coupé les haies. Alors le petit gibier a fondu ou presque disparu.

    Il y a eu concurrence entre agriculteurs, ceux qui avaient les moyens de tenir, de s’agrandir. Ceux qui géraient bien, ceux qui géraient moins bien. Ceux qui avaient de bonnes ouvertures avec le Crédit Agricole, ceux pour qui c’était plus délicat.
    Maintenant les exploitations agricoles sont bourrées de machines, de très gros investissements, des dettes…

    Ce que dit JEAN2 sur le lait est à peu près faux. La France EXPORTE du lait pour plus de 2 Milliards d’euros en 2025.

    Pour l’ensemble de la filière lait-fromages-produits laitiers, la France a EXPORTÉ en 2025 pour 10,4 Milliards d’euros avec beaucoup en Belgique, Allemagne et même en Chine.

    Nous avons aussi importé pour 7,5 Milliards d’euros, essentiellement des fromages en provenance des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Italie et même de la Grande-Bretagne.

    Et si vous voulez de bonnes infos, il y a l’INSEE qui donne plein de chiffres sur les exploitations agricoles.

    1. Jean 2
      31/07/26

      Le manque de lait c’est déjà fait sentir dans certaines régions pour la fabrication du fromage biologique d’une part ,et la baisse du nombre d’éleveurs suite au prix trop bas et aux charges,n’augure rien de bon pour l’avenir, d’ailleurs récemment une pénurie de beurre dans les rayons des magasins,et l’augmentation des prix,c’est quoi !baisse de la production laitière, et demande forte,demandez aux boulangers,pas besoin de L’INSEE pour s’en rendre compte,l’avenir nous le dira .et je rajouterai avec la canicule baisse de la production et pas de marge pour rattraper le déficit,je m’arrête là .

      1. Jean 2
        31/07/26

        Et je rajouterai quand même, que nous importons, du beurre, de la crème, et du lait en poudre ,pourcentage :environ 47% du beurre, 30% du lait en poudre, 28 %des fromages, et 27% de la crème consommés en France sont importés. Pays fournisseurs:allemagne,Belgique,Espagne,pologne,,et irlande,c’est un constat. Les chiffres sont à vérifier ,mais à mon avis reflète la réalité.

        1. GUILLAUME
          31/07/26

          Nous EXPORTONS pour DEUX MILLIARDS D’EUROS DE LAIT par an !

          1. Jean 1
            31/07/26

            Guillaume,oui on exporte mais ce lait Vient principalement d élevage industriel ou les vaches sont nourries avec des céréales sous des hangars.je partage l avis de jean2,dans ma région quasiment plus de bêtes en liberté et disparition de beaucoup de pâtures.sur le bassin d arcachon, enfant pour accéder à la forêt il fallait traverser les prairies occupées par les vaches , aujourd’hui je vous défis de trouver dix mètres carrés d herbe.

      2. GUILLAUME
        31/07/26

        En lait, fromages, produits laitiers, la France a EXPORTÉ en 2025 pour 10,4 MILLARDS D’EUROS

        et IMPORTÉ pour 7,5 MILLIARDS D’EUROS.

        Sans doute manque-t-il du beurre bio dans certaines régions (je suppose plutôt en zone montagne), mais il y en a ailleurs en France. On ne peut pas tout avoir à portée de main. Et oui, ça coûte plus cher si on fait venir de loin.

  3. GUILLAUME
    31/07/26

    Pour les prairies, j’avais donné les chiffres tout récemment.

    Aujourd’hui en France, l’élevage utilise en prairies et terres à fourrage autant que toutes les grandes cultures.
    C’est 12.650 Mha pour 12.690 Mha.

    Le reste des cultures c’est 1.400 Mha.

    1. Jean 2
      31/07/26

      Bonjour, venez dans mon département et vous comprendrez mieux !

  4. GUILLAUME
    31/07/26

    Je ne suis pas aveugle, j’ai bien vu ce qu’il se passe dans différents territoires de notre pays.

    Mais pour comprendre vraiment, il faut avoir vraiment les éléments de chaque exploitation pour en comprendre les évolutions sur plusieurs décennies.

    Je suis un de ceux qui regrettent les bistrots (mais les campagnes se sont désertifiées), qui déplore que les petites villes, même les moyennes, perdent leurs petits commerces de centre-ville parce que les gens achètent en supermarché.

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