Menacées par le désengagement des assurances, les fêtes votives du Sud risquent de s’éteindre. Derrière ce péril discret, c’est tout un mode de vie qui vacille.

Dans nos villages du sud, on dit bonjour en patois, on fait courir les taureaux dans les rues, et on célèbre les morts avec plus de musique que de larmes. C’est notre façon d’habiter le monde. Et voilà qu’elle vacille. Voilà qu’elle est menacée non pas par la sécheresse, ni par l’exode rural, mais par un couperet administratif : les assurances.
À Saint-Geniès-des-Mourgues, à Vauvert ou à Sommières, les fêtes votives ne sont pas des caprices folkloriques. Elles sont des bastions vivants. Elles rassemblent toutes les générations, elles soudent les villages, elles transmettent sans discours une manière d’être ensemble, de vivre le risque, la fête, la bête, la terre. Ces fêtes sont l’âme des villages, pas leur décor.
Et pourtant, elles sont en train de mourir. En silence.
L’argument ? Trop risqué. Trop de blessés. Mais que valent ces « trop » face à des chiffres objectivement faibles ? Moins de 8 % des sinistres concernent des blessures, et la majorité impliquent des spectateurs imprudents (souvent des touristes en tongs). Alors pourquoi ce désengagement brutal ? Pourquoi cette incompréhension radicale de ce que sont nos traditions ? Parce qu’on ne les comprend plus, tout simplement. Parce qu’on les regarde avec les yeux froids d’un tableur Excel. Parce que la Camargue, ses manadiers, ses chevaux et ses taureaux, sont devenus des anomalies pour une France qui devient stérile.
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L’État, lui, regarde ailleurs. Il finance des projets culturels hors-sol, subventionne des festivals « engagés » dans les métropoles, mais laisse crever les cultures vivantes des campagnes. Il préfère la mise en scène du patrimoine à son incarnation réelle. Les élus du Sud crient à l’aide : ils ne demandent pas des millions, ils demandent juste de ne pas être abandonnés.
Car il ne s’agit pas d’une crise d’assurance. Il s’agit d’un effacement progressif. D’un effacement volontaire. Quand tout ce qui fait le sel de la vie locale devient un problème de conformité, ce n’est pas la tradition qui est ringarde : c’est la norme débile qui s’abat sur elle.
Alors oui, si rien n’est fait, l’abrivade, la bandido, les courses camarguaises, tout ça va disparaître. Et avec elles, un pan entier de notre humanité. Ce qu’on célèbre dans ces fêtes, ce n’est pas juste un taureau qui passe : c’est une manière d’être au monde. Une manière de vivre ensemble, d’assumer le risque, de préférer la fête au confort, la poussière à l’asepsie, le lien vivant à la norme morte.
Il est encore temps de réagir. Encore temps d’entendre l’alerte des manadiers. Encore temps de choisir, entre une société qui contrôle tout jusqu’à l’étouffement… et une société qui accepte que la vie, parfois, se cabre comme un taureau.
Vivo la Nacioun Gardiano !
Et comme un manifeste à nos terres du sud, voici l’article traduit en provençal :
« Tóuti aquéu van desaparèisse » : aquélei culturas que sacrifican dins lo silenci
Menacidas per lo desengatjament dei seguranças, lei fèstas votivas dau Miègjorn riscan de s’escantilhar. Darrèire aqueu perilh discret, es un biais de viure que vacilha.
Dins nòsti vilatges dau sud, disèm bonjorn en patoàs, fasèm córrer lei taure dins lei carrièiras, e festegem lei mòrts amb mai de musica que de lagremas. Es nòstre biais d’estre au monde. E ara vacilla. Es menaçat, non pas per la secada ni per l’exòde rurau, mai per un cotèu administratiu : leis asseguranças.
A Sant-Giniés dei Mòrgas, a Vauvèrt ò a Somieras, lei fèstas votivas son pas de caprichs folklorics. Son de bastions vius. Recampan totas lei generacions, soudan lei vilatges, transmeton sens paraulas un biais d’estre ensems, de viure lo risc, la fèsta, la bèstia, la tèrra. Aquelei fèstas son l’arma dau vilatge, pas son decorat.
E pèrò, son a mand de crebar. En silenci.
L’argument ? Trop dangierós. Trop de nafraduras. Mai que vòlon dire aquelei « trop » fàcia a de chifras que, objectivament, son feblas ? Mens de 8 % dei sinistres tòcan de nafraduras, e la màger part son de monde imprudent (sovent de toristas en tongs). Alora perqué aqueu desengatjament brutau ? Perqué tant d’incompreneson ? Perqué ara nos comprenon plus. Perqué nos regardan amb leis uelhs glaçats d’un tablèu Excel. Perqué la Camarga, sei manadiers, sei chivaus e sei taure, son venguts d’anomalias dins una França que se vòu esterila.
L’Estat, eu, regarda endacòm mai. Finança de projècts culturals desenraïçats, dòna de subvencions a de festivals « engatjats » dins lei metropòlas, mai laissa crebar lei culturas vivas dei campanhas. Prefèra la mesa en scèna dau patrimòni a sa vertadièra incarnacion. Lei cònsols e deputats dau Sud cridan socors : vòlon pas de milions, vòlon just de pas èstre abandonats.
Perque es pas una crisi d’assegurança. Es un escafament progressiu. Un escafament volgut. Quand tot ce que fa lo sabor de la vida locala devèn un problèma de conformitat, es pas la tradicion que fa rire : es la norma bèstia que l’estrangla.
Alora òc, se ren se fa, la brivada, la bandida, lei corsas camarguencas, tot aquò va desaparèisser. E amb elei, un tròç entièr de nòstra umanitat. Ce que celebram dins aquelei fèstas, es pas ren que lo passatge d’un taure : es un biais d’estre au monde. Un biais de viure ensems, d’assumir lo risc, de preferir la fèsta au confòrt, la pouvera a l’asepsia, lo linh viu a la règla mòrta.
Es encara temps de reagir. Temps d’entendre lo crit dei manadiers. Temps de causir entre una societat que vòu tot contrar fins a l’asfixia… e una societat que vòu viure, quitament se, quauque còp, la vida se cabra coma un taure.
Vivo la Nacioun Gardiano !
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Richard, en avril dernier Le Figaro publiait un article sur la disparition de nos fêtes traditionnelles….30% des fêtes issues de notre Histoire, de nos vies en ruralité, de nos légendes etc…disparues en 4 ans!!! Ce n’est pas qu’un phénomène sudiste mais un processus plus large en cours de destruction de nos identités françaises.
L’intention est bonne, mais ce n’est pas du provençal. Je dirais plutôt du Languedocien.
ABSOLUMENT PAS…. le texte est en provençal rhodanien… le provençal de arles nimes ,la camargue … ! Nimes et sa region sont administrativent laguedociens mais linguistiquement provençaux. ! l aricle » lei ‘ ne s emploie qu en provençal…. en languedocien ,on dit « los » et » las » relisez le texte
Bonjour à tous,
On va doucement vers une généralisation de l’abandon des assurances des « clients non rentables ».
Mais quelles sont-elles ?
Les mutuelles du titre 2 (c’est technique, pardon, mais tout est là, c’est l’essentiel) sont l’avenir si on les soutient.
Pourquoi ? Ce sont de vraies mutuelles et par des pseudo mutuelles qui ne cherchent que le profit.
On peut faire appel à de vraies mutuelles, mais on peut en créer aussi !!!
Thierry
Sans crier au complot, qui peut être derrière ce genre de décision ? Les assureurs n’ont jamais rechigné à couvrir ces évènements. Vu le nombre d’incidents ridiculement bas rien ne le justifie. Ca sent la politique de bas étage.
Ça serait vraiment dommage que ces traditions disparaissent car quand on visite la camargue c’est vraiment au cours de ces événements que l’on saisit l’âme de la région.
Dans 5 ans les fêtes votives seront remplacées par de grandes dégustations de tofu et de boulghour avec de la sauce soja. J’en rêve.