On veut du local, mais loin de chez soi

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date 09 décembre 2025
author Richard sur Terre

Tout le monde veut du local, du “mieux”, du poulet français et de la souveraineté alimentaire. Mais dès qu’un élevage cherche à s’installer près de chez soi, les grands principes s’évaporent.

C’est devenu un réflexe très français : réclamer du local, du circuit court, de la souveraineté alimentaire, et même un retour du bon sens paysan… mais seulement tant que ça reste une posture. Aussitôt qu’un élevage, une ferme ou une installation agroalimentaire cherche à se construire à cinq minutes de chez soi, l’enthousiasme s’évapore et la contestation se lève. L’affaire de ce petit village où un éleveur se retrouve soudainement seul contre tous en est l’illustration parfaite, au point que la ministre de l’Agriculture résume la situation d’une phrase : « Les habitants ne veulent pas d’élevage près de chez eux alors que la France importe 50 % de son poulet. »

Cette contradiction dit quelque chose de profond sur notre pays, qui semble vouloir produire en France tout en refusant les réalités matérielles de la production française. 

Depuis des années, l’opinion publique déclare vouloir consommer mieux, soutenir la qualité, défendre l’environnement, encourager la ruralité et sortir de la dépendance aux importations. Les sondages se succèdent et répètent la même chose : environ 85 % des Français se disent favorables à l’interdiction de l’élevage intensif, ce qui, sur le papier, dessine un consensus presque total. Mais cet idéal se heurte immédiatement au réel : la grande majorité de la viande consommée par les français est issue de l’intensif. Oui on ‘est contre sauf quand il faut payer son blanc de poulet 24€ le kilo.

Le paradoxe atteint son sommet lorsqu’un projet concret apparaît. La souveraineté alimentaire, tout le monde en veut ; la réduction des importations, tout le monde applaudit ; le retour du poulet français, tout le monde signe des deux mains. Mais à l’instant précis où un élevage cherche à s’installer dans un village, le débat ne se porte plus sur la qualité ou sur le modèle agricole, il se crispe sur le confort immédiat et les peurs locales. On veut du local, mais à condition qu’il s’implante ailleurs.

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Le numérique a créé l’illusion qu’il suffirait de cliquer, de s’indigner et de partager pour transformer un système agricole. Les opinions se forment en quelques secondes : il faut interdire ceci, soutenir cela, transformer tout le reste. Mais lorsque la réalité surgit — une parcelle, un hangar, des animaux, des camions, des décisions communales — la cohérence s’effondre. On passe de la morale abstraite à la gêne concrète. On découvre que la France ne peut pas produire davantage sans produire quelque part. Et que ce « quelque part » devra forcément se situer dans un paysage habité.

Le résultat est un blocage inédit : les Français veulent manger mieux, veulent du local, veulent une agriculture exigeante, mais refusent de plus en plus la présence physique de cette même agriculture. Les villages se revendiquent ruraux tant qu’il s’agit de patrimoine, de tradition ou de carte postale, mais s’inquiètent dès qu’un projet agricole menace de troubler ce décor. Le phénomène de néoruralité n’y est sans doute pas étranger.

Tant que nous resterons prisonniers de cette contradiction, la souveraineté alimentaire restera un slogan. La France continuera d’importer la moitié de son poulet, de perdre des éleveurs, d’entretenir le fantasme d’une agriculture idéale tout en refusant les contours réels de son existence. Et lorsque les habitants comprendront que produire local implique forcément de produire quelque part, alors seulement, peut-être, le pays pourra sortir de cette incohérence et reconstruire une vision sérieuse de son alimentation.

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3 Commentaires :
  1. gilbert
    09/12/25

    C’est certain qu’un poulet à 5€ est plus abordable qu’un poulet à 15€, mais il vient de loin, très loin. Le circuit court oui, de Leclerc à chez moi mais au delà, faut voir.. Les agriculteurs éleveurs ok mais avec Karine sur M6 dans la vraie vie à la campagne, là où il y a de la boue où les éleveurs se lèvent tôt pas de trop. Le gouffre entre la ville et les « bouseux » n’a jamais été aussi grand et il grandit. Je suis bien dans mon village avec des éleveurs loin des nouveaux ruraux qui hurlent après la cloche de l’église et le tracteur qui passe de bonne heure. Restez en ville !

  2. Jean 2
    09/12/25

    Bonsoir, oui c’est un constat, mais pas seulement pour l’agriculture ,pour toute construction aussi,les français sont adeptes de la contradiction, voir de l’irrationnel,et donc ils s’appuient sur les tribunaux qui leur donnent raison,mais souvent « sans motifs raisonnables » ,et il suffit de voir notre assemblée nationale incapable de pondre des choses corrects et applicables sur tout les sujets (ex:les squatters) .on peut rajouter les citadins qui viennent habiter dans nos campagnes, on devrait leur faire signer devant le maire une charte du respect des » us et coutumes » du village et de la région.Autre chose,quand nos concitoyens ne mangerons plus à leurs faims,parce que nous ne serons plus autosuffisant, et si un événement majeur nous empêche d’importer, faudra pas venir pleurer,comme certains pleurent après le manque d’œufs dans les rayons par moment. Je me répète « la liberté commence ou l’ignorance finit »(Victor Hugo)applicable à tous les sujets!

  3. Jean1
    09/12/25

    Le consommateur préfère mettre dans son caddie un poulet qui coûte cinq euros, élevé avec des farines, tué autour de cinquante jours,dont la moitié sont importés qu un poulet élevé en plein air évidemment plus cher.dans les landes il y avait un peu partout,de ces élevages beaucoup on disparu. Notre agriculture disparaît a petit feu au dépend d importations, validées par nos politiques.et pas soutenue par le consommateur.

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