Louveterie : Schraen en colère

Chasse Actu
date 19 mai 2026
author Richard sur Terre

Willy Schraen a publié un texte qui a agité les réseaux cynégétiques. Avant de réagir, il faut comprendre de quoi on parle. Explications.

Il y a quelques jours, Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs, a publié un long texte sur les réseaux sociaux. Le ton était inhabituel : de la colère, mais surtout de l’incompréhension. Beaucoup ont réagi sans forcément avoir saisi ce qui se jouait vraiment. Essayons d’y voir clair.

Tout part d’une loi d’urgence agricole en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Dans ce genre de texte fourre-tout, des parlementaires peuvent déposer des amendements sur des sujets parfois très éloignés du sujet principal. C’est exactement ce qui s’est passé ici : deux députés ont glissé discrètement, depuis plusieurs mois, une série d’amendements qui modifient en profondeur le statut des lieutenants de louveterie. La FNC n’a jamais été prévenue. Elle l’a appris quarante-huit heures avant la commission chargée d’examiner le texte.

Qui sont les louvetiers ?

Pour comprendre pourquoi Schraen monte au créneau, il faut d’abord rappeler ce qu’est un lieutenant de louveterie. Ce sont des bénévoles nommés par le préfet, chargés de conduire les battues administratives et les régulations nocturnes quand l’État l’ordonne. Ils travaillent aujourd’hui main dans la main avec les fédérations départementales de chasseurs : ce sont souvent des chasseurs eux-mêmes, impliqués dans la vie cynégétique locale et qui connaissent les territoires dans toutes leurs dimensions. 

Ce lien-là, informel mais concret, est au cœur du système qui fonctionne aujourd’hui dans la plupart des départements.

Ce que les amendements changeraient

Les amendements en question touchent à trois choses. La première, c’est le statut du louvetier lui-même : il deviendrait un agent de l’État à part entière, avec les obligations et les incompatibilités qui vont avec. Concrètement, un louvetier ne pourrait plus être élu d’une fédération de chasseurs, ni détenir un territoire de chasse en son nom. Il exécute les ordres préfectoraux, point.

La deuxième modification est la plus lourde : les fédérations départementales seraient totalement exclues du processus de nomination des louvetiers. Aujourd’hui, elles ont leur mot à dire. Demain, elles n’auraient plus rien à voir avec le choix des personnes qui régulent le gibier sur leur territoire.

A lire aussi : La statut des lieutenants de louveterie sur le point de changer ? 

La troisième concerne le financement : équipement pris en charge par l’État, défraiement kilométrique, armes fournies. Sur le principe du défraiement, Schraen ne dit pas non. Mais replacé dans l’ensemble du dispositif, cet aspect financier devient la contrepartie logique d’une fonctionnarisation qu’il refuse.

Pourquoi c’est un problème ?

Ce que Schraen défend, ce n’est pas le droit des fédérations à avoir de l’autorité sur la louveterie. Il est clair là-dessus : une fédération n’a pas à donner des ordres à un louvetier. Mais l’inverse doit être vrai aussi. Et surtout, la relation de confiance et de dialogue qui permet aujourd’hui au système de fonctionner repose précisément sur le fait que les deux parties se connaissent, se respectent, et mettent en œuvre ensemble les décisions de terrain.

Si les louvetiers deviennent des agents strictement préfectoraux, sans lien avec le monde cynégétique local, cette coordination disparaît. On se retrouve avec une structure parallèle qui intervient sur les territoires de chasse sans en être issue, sans en partager les réalités, et sans aucune obligation de dialogue. Dans les départements où les relations sont déjà tendues, c’est la porte ouverte à des conflits durables.

La commission a conduit au retrait de certains amendements. Le travail continue en séance plénière, puis au Sénat. Schraen dit qu’il fera le bilan quand tous les actes auront été joués.

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