Accident de chasse : le glissement juridique derrière la plainte

Chasse Actu
date 24 décembre 2025
author Richard sur Terre

Après la blessure grave d’un joggeur lors d’une action de chasse, l’annonce d’une plainte pour « violence volontaire » interroge. Non sur les faits, mais sur l’usage du droit comme outil de mise en récit.

Lors d’une action de chasse, un joggeur a été grièvement blessé par balle. Le tireur affirme, selon le Parisien, avoir confondu sa cible avec un sanglier. La victime a annoncé son intention de déposer plainte. L’affaire suscite évidemment une forte émotion et réactive un débat récurrent sur la sécurité à la chasse et la cohabitation des usages de la nature.

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Jusque-là, rien d’inhabituel. Un accident grave, une enquête, une parole contre une autre, et un temps judiciaire nécessaire pour établir les responsabilités. Une temporalité bien molle qui laisse toute la place aux spéculations médiatiques les plus partisanes. On saluera ainsi la soudaine sollicitude de Vakita pour les drames humains.

Mais au-delà du prévisible, un élément tranche nettement avec le cadre habituel de ce type de dossier : la qualification pénale annoncée par l’avocat de la victime. Celui-ci évoque une plainte pour violence volontaire. Autrement dit, il ne s’agirait pas d’un tir accidentel, ni même d’une faute grave, mais d’un acte intentionnel, dirigé sciemment contre une personne.

C’est là que ça commence à poser problème.

Car toute la narration factuelle repose précisément sur l’absence d’intention : une erreur d’identification, aussi lourde de conséquences soit-elle. En droit pénal français, cette distinction est centrale. La violence volontaire suppose la volonté consciente de porter atteinte à autrui. Elle ne sanctionne pas l’imprudence, ni la confusion, ni même l’inconscience. Elle sanctionne une intention dirigée.

Or, soutenir simultanément qu’un chasseur aurait « confondu » un homme avec un animal et qu’il aurait volontairement exercé une violence sur une personne relève d’une contradiction juridique majeure. Ce n’est pas une nuance de vocabulaire : c’est une frontière structurante du droit pénal.

Pourquoi alors ce choix ?

Parce que la qualification pénale n’est plus seulement ici un outil juridique, mais un outil de mise en récit. Parler de violence volontaire, c’est installer d’emblée une figure : celle de l’agresseur, et non celle de l’auteur d’une faute grave. C’est déplacer l’affaire du champ de la responsabilité pénale vers celui de la culpabilité morale absolue.

Le risque est double. D’abord judiciaire : une qualification trop éloignée des faits expose à un repli du juge vers des infractions plus adaptées, mais moins spectaculaires. Ensuite, symbolique : en forçant le droit à épouser un récit, on finit par affaiblir sa crédibilité.

Le droit n’a pas vocation à amplifier l’émotion, ni à servir de relais à une indignation légitime mais juridiquement imprécise. Il a vocation à qualifier les faits avec rigueur, y compris lorsque cette rigueur déplaît. À confondre les registres, on transforme la justice en scène médiatique — et l’on expose, paradoxalement, les victimes à une désillusion procédurale.

Rappeler cela n’est ni défendre un camp, ni minimiser un drame. C’est rappeler que le droit pénal repose sur une architecture exigeante, et que la tordre pour des raisons de communication finit toujours par fragiliser ceux qu’on prétend protéger.

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13 Commentaires :
  1. gilbert
    24/12/25

    Si ce nouvel axe est retenu il va falloir regarder autrement le accidents de la route de ski de montagne etc.. bref les accidents

    1. Alain28
      24/12/25

      Effectivement c’est grave, car si c’est retenu, le concept même d’accident n’existe plus dans aucun domaine que ce soit.

    2. Franco
      24/12/25

      J’ose espérer que la justice ne cédera pas à l’idéologie, mais s’en tiendra aux faits.

    3. Couic
      24/12/25

      Justement c’est ce qui s’est passé avec l’accident de Palmade.
      Cela a conduit à la création d’homicide routier. Dans le cas de Palmade, c’est la présence de stupéfiants qui fait que certains ont considéré que conduire dans cet état, qui était à la base volontaire, justifiait l’idée que les conséquences pouvaient être volontaires… L’acte volontaire n’a finalement pas été retenu, mais une nouvelle infraction a été créée .
      Dans le cas de la chasse c’est pareil, certains veulent que les accidents de chasse ne soient plus traités comme les accidents communs.
      Mis à part ça, tirer sans identifier est vraiment l’acte le plus con que je connaisse

      1. Jc
        24/12/25

        Je suis complètement d’accord avec vous, y compris sur l’insondable connerie qui a présidé au tir.
        Mais la judiciarisation déjà bien ancrée de notre vie sociale ne laisse hélas guère d’espoir…

  2. Olivier
    24/12/25

    Mais enfin, rien n’est comparable avec une autre activité comme je peux le lire dans les quelques commentaires ici !!
    À quoi sert l’obligation d’identifier la cible pour le seul loisir armé dont le but est de tuer des animaux, élément tant rabâché par les chasseurs et lors de la formation ?
    Au moment de tirer, il n’est donc pas possible d’invoquer une erreur de cible, raison de la qualification justifiée.
    Le seul cas qui pourrait être étudié en effet, c’est une blessure ou un décès causé par un ricochet.
    La seule comparaison possible avec un véhicule serait la volonté délibérée d’attenter à la vie comme c’est malheureusement déjà arrivé.
    Bref, tirer avec une arme implique de savoir sur quoi l’on tire, impossible de prétendre d’être trompé.

    1. Jean1
      25/12/25

      Olivier ,un skieur qui descend trop. Vite et qui en tué un autre,avalanche déclenchée par des gens qui font du hors piste (il y en a tous les ans),embarcation qui percuté un baigneur,accidents routiers du au non respect du code de la route ect.ect.sans être question de justifier quoique ce soit il ne faut pas designer telle ou telle activité.

  3. Jean1
    24/12/25

    Malheureusement,toute activité humaine génère des accidents,il faut tout faire pour les éviter,sanctionner bien sûr mais perso je ne juge personne car tout le monde en commet,par exemple au volant.en souhaitant que ce joggeur retrouve toute sa mobilité.

  4. Nico
    24/12/25

    On peut aussi se poser la question de la condition physique du tireur, à 85 ans, un paquet de gens ne sont plus capable d’identifier rapidement et correctement un objet en mouvement.
    Peut-être qu’imposer une visite médicale à partir d’un certain âge pour valider son permis serait une idée.

    1. Richard
      24/12/25

      Nico,vous ne trouvez pas que nous n avons pas assez de contrôles,j espère qu un jour vous les aurez et qu on ne vous mette pas une EPAD.j ai été chef d équipe avec des chasseurs âgés et content de les accompagner et éventuellement les surveiller.bonnes fetes.

      1. Nico
        01/01/26

        Je ne vois pas le rapport avec les ehpad… quelques soient les modalités de contrôles, il me semble normal de s’assurer que tous les membres d’une équipe de battue ne peuvent pas confondre un sanglier et un humain…

        1. Richard
          04/01/26

          Perso,j en ai assez de tous ces contrôles,plus de volant pour les vieux,plus de chasse ect.a chacun de juger ces capacités.

  5. GUILLAUME
    25/12/25

    Je comprends le jeune qui prend cher dans son genou et qui s’adresse à un avocat connu pour ne pas faire dans le détail.

    Mais là, il s’est laissé embarquer dans un abus qui consiste à dire que le tir aurait été volontaire.

    Le chasseur de 72 ans, selon l’article du journal « Le Parisien » déclare avoir confondu le joggeur avec un sanglier, ayant tiré un sanglier qui se trouvait dans un troupeau.

    Le joggeur déclare qu’il n’aurait pas vu de signalisation, pas entendu des coups de feu et pas vu de 4×4, détail qui pour lui attesterait la présence de chasseurs et d’une chasse en cours.

    Mon idée, à ce stade, est que le joggeur a parfaitement repéré la signalisation mais n’ayant pas entendu de coups de feu a considéré qu’il pouvait s’aventurer sur le chemin – sans doute signalé chasse en cours – où il a été touché.

    Il me semble que ce joggeur, en tant que pratiquant probablement assidu, devait savoir que des chasses étaient fréquentes à cet endroit et que la chasse était signalée par des panneaux.

    Il semble qu’il ne portait pas de vêtements colorés, bien identifiables, sinon il aurait déclaré ce fait.

    En tout cas, je plains ce joggeur sans doute handicapé à vie et aussi ce chasseur qui a fait cette faute énorme.

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