Le village fleuri et le poulailler

Faits-divers
date 22 mai 2026
author Richard sur Terre

Une lettre de recours adressée au maire de Saint-Josse a circule sur les réseaux sociaux. En quelques paragraphes, elle résume parfaitement la fracture entre le monde rural et ceux qui le fantasment.

Le document est daté du 29 avril 2026. Son auteur s’oppose à la délivrance d’un permis de construire accordé à un éleveur, Valentin Melin, pour deux poulaillers destinés à accueillir 8 400 poulets, en bordure de la départementale 144 E3, à Saint-Josse-sur-Mer. Le recours gracieux, adressé à Monsieur le Maire en lettre recommandée avec accusé de réception, s’ouvre sur une confession : « Depuis plus de 50 ans, je viens en vacances ou en week-end à Saint-Josse, joli village fleuri, étonnamment connu par beaucoup, même dans le Nord, pour son calme, son côté campagne mais proche de la mer. » La suite est à l’avenant : les poulaillers « défigureront ce beau paysage », le label Village 4 fleurs sera compromis, les mouches et les rats envahiront la zone, et l’auteur conclut sur ce qui constitue le fond de sa pensée : « Je ne viens pas dans une zone touristique pour être envahie par les mouches. »

Le texte a été diffusé sur X par Timothée Dufour, avocat spécialisé en droit agricole, qui y voyait « le privilège bourgeois en une lettre ». Ou la conviction, solidement ancrée dans une certaine France des résidences secondaires et des retraites campagnardes, que nos terroirs sont un cadre de vie dont l’agriculture serait l’ornement décoratif.

Bon ça n’arrive pas de nulle part. La multiplication des installations humaines en zone rurale depuis les années 1980 (résidences secondaires, périurbanisation diffuse, retraites migratoires et autres effarés du COVID) a mécaniquement produit des voisinages conflictuels entre des populations venues chercher le calme et des exploitations qui n’avaient pas attendu leur arrivée. Le coq Maurice, condamné à se taire dans les Charentes-Maritimes en 2019, est devenu le symbole le plus médiatique de cette absurdité juridique. Un éleveur de l’Oise a été condamné à verser 100 000 euros de dommages et intérêts à des riverains incommodés par les odeurs de ses vaches. Selon la FNSEA, près de 500 agriculteurs français faisaient face à des procès intentés par des voisins mécontents au moment où le législateur a décidé d’intervenir. 

La loi du 15 avril 2024 visant à adapter le droit de la responsabilité civile aux enjeux actuels a posé un principe clair : la responsabilité de l’exploitant agricole n’est pas engagée lorsque le trouble anormal provient d’activités existant antérieurement à l’installation des nouveaux voisins. En clair, celui qui s’installe à la campagne en sachant qu’il y a des vaches ne peut plus faire condamner l’éleveur de vaches. 

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Mais le cas de Saint-Josse échappe précisément à ce dispositif. La loi de 2024 protège les exploitations existantes contre les voisins qui arrivent après. Elle ne protège pas les nouvelles installations contre des voisins déjà en place. 

Décors et productions

Le mécontent rural à temps partiel ne conteste pas le droit de Melin d’élever des poulets. Il conteste qu’on l’élève là, sous ses fenêtres de villégiature, sur la route que « de nombreux vacanciers » empruntent. L’argument de fond est esthétique et touristique : les poulaillers ne cadrent pas avec l’image du village.

Pour une fraction croissante de la population, la campagne est désormais un bien commun dont l’agriculture serait une nuisance associée. Une nuisance à déplacer vers des « lieux plus discrets », là où personne n’aurait à la regarder en face.

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6 Commentaires :
  1. GUILLAUME
    23/05/26

    A Saint-Josse-sur-Mer, certains et certaines se la pètent !

    Ce village ne fait pas partie d’une zone touristique comme le dit la lettre adressée au maire par la dame qui proteste et qui certainement entraîne peut-être d’autres propriétaires de maisons.

    Ce qu’on peut voir à Saint-Josse-sur-Mer, ce sont des maisons récentes dont les jardins sont entourés de barrières ouvertes du style qu’on trouve dans la ville du TOUQUET-PARIS-PLAGE.

    Il y a sans doute quelque chose dans le recours et cette ressemblance de quelques maisons relativement récentes.

    La départementale en question, la D144 E3, à Saint-Josse est sur une zone de champs, qui s’appelle d’ailleurs « Les Champs de l’Abbaye », pas une zone avec des maisons. Bon, il y en a une en sortie de village. C’est la sortie Ouest du village.

    Le projet de cet agriculteur vise à la création d’un petit élevage de poulets « Label Rouge ». Ce n’est pas monstrueux.

    Je comprends qu’on veuille que le poulailler soit plutôt loin de sa maison. Mais c’est une zone rurale, pas une zone touristique. Ce n’est pas le centre du village, je suppose, où cet élevage doit être construit.

    Je trouve cette dame à l’origine de la démarche contre l’agriculteur bien gonflée. Elle a recours à deux avocats, pas un, deux !
    Et elle demande à d’autres de s’engager à participer, je suppose à parts égales, au paiement des deux avocats. Pour quel montant d’honoraires ??

    Peut-on croire sincère cette dame et ces gens quand le tract diffusé dit « Nous sommes prêts à l’aider à trouver une alternative viable », alors qu’il y a déjà un recours administratif.

  2. Jean1
    23/05/26

    La consommation de poulets augmente,on en importe déjà plus d un sur deux,comme pour le saumon dans l estuaire de la gironde,les éoliennes ect.ect.tout les gens sont d accord a condition que ces infrastructures ne se fassent pas a côté de chez eux.societe d d’aujourd’hui.

  3. Drago
    23/05/26

    C est après la dernière guerre que les agriculteurs ont été très sollicités pour produire plus pour eviter que les gens meurent de faim , ils auraient mieux fait de faire la sourde oreille pour eviter d avoir aujourd’hui cette vermine qui vous crache à la figure.

  4. GUILLAUME
    23/05/26

    SAINT-JOSSE-SUR-MER est reconnu comme « village fleuri », mais on ne peut qualifier ce village de « JOLI » comme le prétend cette dame dans la lettre qu’elle adresse au maire pour s’opposer à la construction du poulailler.

    Alentours, les villages ne sont pas « jolis », sinon on n’est pas vraiment exigeant. Allez voir !

    OK, pour MONTREUIL-SUR-MER.

  5. gilbert
    26/05/26

    LES PAYSANS vivent travaillent à la campagne et souvent, si nous la trouvons si belle c’est à eux qu’il faut dire merci. L’agriculture reste un point fort de la France, les industries sont parties, devons fermer les exploitations agricoles ?

  6. jacques
    26/05/26

    Nous avons le nom et l’adresse de cette « dame » ,en passant devant chez elle un ptit coup de klaxon pour lui rappeler d’ou elle vient drevrait la ravir !!!!

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