Swap Food : cent millions pour rien

Faits-divers
date 29 mai 2026
author Richard sur Terre

La liquidation de la startup spécialisée dans le filet de poulet végétal referme un chapitre de la foodtech française. Cent millions d’euros engloutis, une usine inaugurée en grande pompe il y a seize mois. Le marché n’a pas suivi.

Swap Food, connue jusqu’en octobre 2024 sous le nom d’Umiami, a annoncé courant mai son placement en liquidation judiciaire. Le Bodacc mentionne une date de cessation des paiements fixée au 17 avril 2026. La filiale Umiami Alsace, qui porte l’usine de Duppigheim, est également concernée. L’activité se poursuit jusqu’au 30 juin. Après quoi, il ne restera qu’un dossier de reprise incertain et une facture considérable. 

Les chiffres sont brutaux. Plus de cent millions d’euros levés. Bpifrance et Astanor Ventures au capital (les mêmes qui avaient financé Ynsect, le champion déchu de l’élevage d’insectes. Des visionnaires donc). Fin 2024, le chiffre d’affaires de l’entreprise n’atteignait qu’un million d’euros. À partir de 2024, les pertes auraient atteint près de deux millions d’euros par mois. Hervé Salomon, arrivé début 2025 avec un passé chez Mondelez pour tenter le redressement, indique avoir divisé ces pertes par deux depuis sa prise de fonction. Largement insuffisant. 

L’industrialisation comme piège

L’usine de Duppigheim, acquise auprès d’Unilever en 2022 pour 43 millions d’euros dans l’ancienne installation Knorr, avait été inaugurée en mars 2024. Elle devait produire 7 500 tonnes annuelles de filets végétaux sur une seule ligne. Elle n’a jamais fonctionné à pleine capacité. 

L’entreprise employait 130 salariés et était présente aux États-Unis, notamment dans la région de Chicago. Elle projetait d’y construire une usine en 2026. Ces projets appartiennent désormais à la catégorie des communiqués de presse. 

A lire aussi : steak végétal : on s’en tamponne !

Le même scénario, les mêmes acteurs

Ynsect, Swap Food, deux entreprises de la foodtech française labellisées French Tech 120, financées par les mêmes fonds publics et privés, portées par les mêmes discours sur la transition alimentaire, liquidées à quelques mois d’intervalle. Ynsect avait vendu pour 1,9 million d’euros de marchandises entre 2020 et 2023, pour des pertes dépassant 230 millions sur la même période. Le schéma est identique : levées massives, industrialisation prématurée, marché introuvable. 

Tristan Maurel, le fondateur évincé d’Umiami, tente désormais de déposer un dossier devant le Tribunal des activités économiques de Paris pour repositionner l’usine comme infrastructure mutualisée : un modèle dit « Factory as a Service » destiné à d’autres acteurs européens de la foodtech. L’initiative est fragile. Elle dépend entièrement d’un accord avec les crédit-bailleurs du site de Duppigheim. 

Ce que cette faillite dit du marché des protéines végétales est simple : les consommateurs n’ont pas adopté le produit au rythme prévu. La viande végétale haut de gamme, texturée, sans additifs, positionnée comme substitut crédible au poulet, n’a pas trouvé son volume. L’argent public et privé englouti dans cette conviction ne reviendra pas.

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1 Commentaire :
  1. Marc
    29/05/26

    Je pense que ce marché ne percera pas . Personne n’a envie de se nourrir de substitues , de contrefaçons . N’oublions pas que la France est le pays de la gastronomie . Qu’ils réessayent dans quelques décennies .

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