450 000 chouettes abattues aux USA

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date 22 janvier 2026
author Richard sur Terre

Aux États-Unis, un plan fédéral prévoit l’abattage massif d’une espèce de chouettes pour tenter d’en sauver une autre. La polémique est vive évidemment. Mais ce qu’elle révèle surtout, c’est notre difficulté à regarder en face les déséquilibres que nous produisons, et la manière dont nous choisissons d’y répondre.

Je lis l’article de GEO en buvant mon café. Le chiffre est là, posé comme une gifle : 450 000 chouettes rayées pourraient être abattues pour tenter de préserver la chouette tachetée du Nord. Les commentaires publics s’emballent aussitôt. Peut-on tuer pour sauver ? Faut-il sacrifier une espèce pour en protéger une autre ?

Ces questions font beaucoup de bruit. Elles évitent surtout d’en poser une plus simple mais plus concrète : comment en est-on arrivé là ?

Un déséquilibre qui ne tombe pas du ciel

La chouette rayée n’est pas un accident biologique. Elle ne surgit pas soudainement dans un monde intact. Son expansion est le produit d’un paysage transformé : forêts remodelées, continuités écologiques déplacées, feux contrôlés, habitats fragmentés. Le déséquilibre ne vient pas d’un événement isolé mais d’une trajectoire dont les effets ont été mal anticipés.

Pendant des décennies, ces transformations ont été pensées séparément, souvent au nom de la gestion, de la protection ou de l’optimisation. Aujourd’hui, elles convergent. Et quand elles convergent, elles produisent des situations où les équilibres ne se déplacent plus doucement, mais basculent.

Et à ce stade, il n’y a plus de solution propre. 

Agir n’est pas réparer

Ce que propose l’administration américaine n’est pas aberrant. C’est une réponse technique à une situation bloquée. Le problème n’est pas l’action en elle-même. Le problème, c’est ce qu’on lui fait dire.

On parle de « sauver », comme s’il s’agissait de restaurer un état antérieur. Comme si l’on pouvait extraire une espèce devenue dominante et retrouver, par simple soustraction, un équilibre perdu. Or ce n’est pas ce qui se joue. On ne répare pas un système en retirant un élément isolé quand tout le cadre a changé.

On arbitre. On choisit ce qui doit tenir, et ce qui peut céder.

Présenter cet arbitrage comme une réparation, c’est déjà s’éloigner du réel. Parce que le réel, lui, se fout des concepts : les déséquilibres produits sur le long terme ne se corrigent pas. Ils se gèrent, souvent maladroitement, et toujours avec fracas.

A lire aussi : La police de la vertu vise les rapaces 

Ouais mais le sanglier alors ?

À ce point du raisonnement, je sais ce qu’on va me dire. « Très bien. Mais en France, vous régulez bien les sangliers. Quelle différence ? »

La question mérite d’être posée. 

La prolifération du sanglier est elle aussi le produit de déséquilibres humains. Agriculture intensive, ressources alimentaires abondantes, disparition des grands prédateurs, artificialisation des territoires : rien de tout cela n’est extérieur à l’humanité. Là non plus, il n’y a pas de nature intacte.

Mais la réponse apportée n’a pas le même statut.

La régulation du sanglier ne prétend pas effacer le déséquilibre. Elle n’est pas présentée comme une restauration. Elle s’inscrit dans un monde assumé comme transformé durablement. On ne va pas demain rétablir les corridors écologiques en expropriant les habitants, ni arrêter de cultiver des millions d’hectares de maïs. 

On sait que le système est bancal, on sait qu’il le restera, et on agit en conséquence, de manière continue, ajustée, sans jamais promettre un retour en arrière utopique…seulement porté aujourd’hui par les réensauvageurs rêveurs.

Dans le cas des chouettes, l’abattage est pensé comme une opération ciblée, presque corrective, censée permettre au système de retrouver un état antérieur jugé souhaitable. C’est là que la logique se perd. Parce qu’on laisse entendre qu’on pourrait ainsi annuler des décennies de transformations sans toucher au reste.

Ce que ce débat met à nu

Ce débat ne dit pas que l’homme ne devrait pas intervenir. Il dit autre chose de bien plus inconfortable : on agit souvent trop tard. Et quand il ne reste plus que des décisions lourdes, on préfère parler de « réparation ». Oui…reconnaître qu’on arbitre entre des pertes irréversibles est beaucoup plus difficile à assumer.

Entre le sanglier et les chouettes, la différence n’est pas morale. Elle est dans le récit que nous construisons autour de l’action. Dans un cas, on assume un déséquilibre structurel et on en limite les effets. Dans l’autre, on espère encore qu’une décision ponctuelle puisse refermer une trajectoire longue et mal pensée.

Le réel, lui, ne se referme pas.

Ce que cette affaire américaine révèle, c’est notre rapport persistant à l’idée de contrôle. Nous transformons les systèmes, puis nous cherchons à corriger leurs effets sans accepter pleinement ce que nous avons produit. Corriger le désordre, ce n’est jamais revenir en arrière. C’est apprendre à agir sans se raconter d’histoire.

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5 Commentaires :
  1. Pineau
    22/01/26

    J’ai un autre regard sur le sujet car c’est un exemple parmi d’autres des conséquences de l’action humaine sur l’environnement dont le coût n’est jamais mis dans la balance de l’évaluation précise de ces actions.
    Si on avait mesuré par exemple toutes les conséquences économiques de la destruction de notre patrimoine halieutique, peut être qu’on aurait empêché cette catastrophe. Oui car ce sont des millions d’euros disparus avec la fin de la pêche et du tourisme.
    Et pour revenir sur la régulation, c’est une vue à court terme dans laquelle on s’enferme en oubliant de penser que le travail pour rétablir une meilleure situation, bien que plus complexe, serait au final moins couteuse, plus cohérente ou plus éthique. Réguler par ex des nuisibles pour le petit gibier est un non sens si rien n’est fait concernant le biotope.

  2. Jojo
    22/01/26

    Une espèce s’adapte, une autre disparaît, il paraît qu’on appelle cela l’Evolution

    1. Nico
      22/01/26

      Non, la disparition massive d’espèces et le massacre des écosystèmes depuis la révolution industrielle ce n’est pas l’Evolution. C’est de la destruction qui a pour cause l’intensification croissante de la course à la puissance entre les états.

  3. Jean 2
    22/01/26

    Bonsoir,tout ceci me fait penser, qu’il y a plus 45 ans,j’aurais dû faire des photos, de mon environnement direct,celui de ma chasse en plaine,des patures en majorité avec des vaches et génisses, des haies partout,et des terres cultivées diversifiées, aujourd’hui hélas, des terres cultivées en majorité voire que ça! ,des champs de patates à perte de vue!et on veut du gibier !ce n’est pas la faute des agriculteurs, c’est une politique qu’on leur a imposée, sous peine de mourir, les petites fermes n’étaient plus viables, à cause aussi de la mondialisation, et la course aux profit de grands groupes (céréaliers, laitiers,engrais, viande)et payer le moins chère possible la production des agriculteurs, aujourd’hui on en est toujours là !!!!et les dernières patures disparaissent en silence.

    1. Marc
      22/01/26

      Bonjour , comme vous je me rappel souvent mes jeunes années et mon constat est identique à part un point , les champs à perte de vue sont des champs de maïs . Quel animal peut vivre dans un tel milieu à part le sanglier ?

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