Un chasseur tué par un buffle en Afrique du Sud : pour certains médias, plus qu’un accident, c’est l’occasion rêvée de servir un petit conte moral aux lecteurs.
Un chasseur tué par le buffle qu’il traquait
— 20 Minutes (@20Minutes) August 9, 2025
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Il y a des faits divers qui attirent les mouches, même de très loin. Non pas parce qu’ils éclaireraient un enjeu de société ou qu’ils apporteraient un angle géopolitique, mais parce qu’ils cochent les cases d’un bon récit putaclic : exotisme, danger, et une morale qui flatte le lecteur.
Le titre de 20 Minutes est clair : « Qui va à la chasse… ». Un amorçage façon proverbe, immédiatement complété dans l’esprit du lecteur par un « …perd sa place (ou ici sa peau) ». Le chapô enfonce le clou : « pris à son propre piège ». La trame est posée : un chasseur tombe sous les coups de sa proie, l’histoire est déjà un petit conte moral. Pas besoin d’en dire beaucoup plus.
Ce cadrage n’est pas neutre. La formulation installe une connivence implicite avec le lecteur : ce qui arrive à cet homme, ce n’est pas seulement un accident, c’est une forme de justice. Peu importe qu’il s’agisse d’une attaque « soudaine et non provoquée », comme le précise pourtant le communiqué officiel. Peu importe que les circonstances exactes soient inconnues. Le récit s’écrit sur un registre émotionnel : celui du « karma ».
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À aucun moment, l’article ne cherche à contextualiser la chasse au buffle en Afrique, ses règles, ses enjeux économiques et environnementaux, ou même les risques qu’elle comporte. On se contente d’un rappel pittoresque : le poids de l’animal, son appartenance aux « big five », et le prix que les chasseurs sont prêts à payer pour le traquer (pour donner une dimension plus haïssable à la victime – les « riches » sont pratiques pour ça). De l’anecdote, du dépaysement, et un peu de voyeurisme — la recette fonctionne.
Ce type de traitement médiatique interroge. Un accident de randonnée en montagne, un décès lors d’un safari photo ou une attaque d’animal sauvage sur un touriste seraient rapportés sur un ton plus grave, avec un souci de précision. Mais quand la victime est un chasseur, l’accident se transforme en petite fable, où la mort devient la chute d’une histoire plaisante.
La question n’est pas de censurer ces sujets, mais de s’interroger sur ce biais : pourquoi certaines tragédies sont-elles racontées comme des leçons de morale, et d’autres avec sobriété ? Et surtout : que dit cette mise en scène sur l’évolution de l’information — de moins en moins factuelle, et de plus en plus narrative ?
A voir en vidéo :











Le biais est sensiblement le même avec las accidents de chasse les noyades ou les accidents de montagne en hivers comme en été. 11 morts à la chasse et c’est l’ensemble du système médiatique qui entre en action alors que 200 morts par noyade en deux mois méritent 2 minutes aux infos sur l’importance de l’apprentissage de la natation. Il y a des morts qui sonnent plus que d’autres à notre esprit et si chaque vie est une vie il y a un traitement affectif bien différent. C’est presque bien fait pour cette personne tuée par un buffle et c’est triste pour ce skieur hors piste. En vérité c’est triste à chaque fois.