En 1976, le Congrès américain entamait un virage : les faits reculaient, les émotions prenaient le pouvoir. Un tournant qui, loin d’être anecdotique, irrigue aujourd’hui jusqu’au débat sur la chasse.

1976 : le grand basculement
C’est un article passé relativement inaperçu. Et pourtant, il mérite bien plus que le buzz d’un tweet ou d’un carousel LinkedIn. Publiée en avril 2024 dans Nature Human Behaviour, une étude menée par des chercheurs en linguistique et en analyse computationnelle a révélé un phénomène saisissant : à partir de 1976, les discours des parlementaires américains perdent en rationalité, en complexité syntaxique et en contenu factuel, au profit d’un vocabulaire émotionnel, simpliste, binaire.
Ce n’est pas une coïncidence. C’est l’année de l’arrivée de Jimmy Carter, le premier président post-Watergate, mais aussi le début du règne des médias modernes, des think tanks idéologiques, des campagnes ciblées sur l’émotion… et plus tard, des réseaux sociaux. On n’explique plus : on accuse. On ne démontre plus : on dénonce. On ne pense plus : on ressent.
La chasse, victime collatérale
Et le monde de la chasse n’échappe pas à cette dérive.
Le débat public autour de la chasse en France est aujourd’hui saturé de récits déconnectés du réel. Des slogans émotionnels – « massacres », « tueries », « torture », « violences d’un autre âge » – remplacent les faits, les chiffres, les contextes. Les réseaux sociaux animalistes prospèrent sur cette brèche ouverte depuis 1976 : le réel devient un détail, le storytelling une arme.
Prenons l’exemple classique des sangliers. Chaque année, des organisations prétendent que les chasseurs ont « provoqué la surpopulation » par des lâchers massifs ou une prétendue « gestion cynégétique capitaliste ». Or, tous les rapports sérieux – y compris ceux de l’Office Français de la Biodiversité ou de l’EFSA européenne – pointent d’abord l’intensification agricole, le recul des prédateurs naturels, les cultures attractives, les hivers doux. Mais les faits ne mordent pas. Les images de marcassins apeurés sont bien plus virales.
Le règne de la croyance contre le savoir
On croyait que le progrès allait nous faire sortir de la superstition. C’est l’inverse qui s’est produit. Le refus de la complexité, l’obsession de la pureté morale, la diabolisation de l’adversaire : voilà les nouveaux totems.
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Et dans cet ordre moral néo-émotionnel, le chasseur est le bouc émissaire idéal. Il coche toutes les cases de la détestation post-moderne : rural, armé, en lien avec la tradition, incarnant une masculinité jugée « toxique ». Peu importe que les chasseurs soient les premiers contributeurs à la surveillance de la faune, à la régulation des espèces invasives, au financement de la biodiversité. L’image fait foi. Littéralement.
Ce n’est plus la vérité qui est sacrifiée : c’est l’idée même qu’elle pourrait exister.
L’inversion du soupçon
En 1976, l’idéologie a changé de camp. Jadis soupçonnés d’idéologie, les militants de l’émotion sont aujourd’hui perçus comme les seuls à incarner la vertu. La posture morale suffit à donner raison. Il suffit de dire qu’on aime les animaux pour ne pas avoir à prouver quoi que ce soit. Vous êtes contre les tirs de régulation des cormorans ? Peu importe si vous n’avez jamais vu un étang. Vous êtes pour l’interdiction de la chasse à courre ? Peu importe si vous ne la connaissez qu’au travers des montages vidéos animalistes.
On appelle cela la post-vérité. Mais à force de répéter le mot, on oublie ce qu’il signifie : un monde où l’émotion est utilisée comme un substitut à la vérité.
Sortir du piège : le retour de la rigueur
Les chasseurs, s’ils veulent survivre à cette époque, devront relever un double défi : défendre leurs pratiques, certes – mais surtout, défendre le réel.
Cela implique de réinvestir le terrain médiatique, non pas avec les armes de la plainte ou de la victimisation, mais avec les faits, la nuance, le courage du détail. Cela implique aussi de dénoncer non seulement les erreurs des anti-chasse, mais leur méthode : la manipulation des symboles, la saturation émotionnelle, l’instrumentalisation de l’ignorance.
Nous n’avons peut-être pas choisi de vivre dans l’ère de la post-vérité. Mais nous avons le devoir d’y résister. Et ça commence par refuser que le mensonge soit mieux raconté que la vérité.
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