En janvier 2026, le secrétaire américain à l’Intérieur a écrit à son homologue britannique pour s’opposer à l’interdiction d’importation de trophées. Derrière l’ingérence diplomatique, une question de conservation que l’Europe esquive.
The US Interior Secretary has urged the UK not to ban imports of hunting trophies — a policy that was in Labour’s manifesto.
— Natalie Bennett (@natalieben) January 20, 2026
We should remember that this is a British decision, and one about the kind of society we want to be.#AnimalProtection #DemocracyMatters pic.twitter.com/r2tGeKZacb
Le 8 janvier 2026, Doug Burgum, secrétaire américain à l’Intérieur, adressait une lettre formelle à Emma Reynolds, ministre britannique de l’Environnement, pour lui demander de ne pas adopter le Hunting Trophies (Import Prohibition) Act 2025. La démarche est inhabituelle : un membre du cabinet américain intervient directement dans un débat législatif étranger, non pas pour défendre un intérêt stratégique américain, mais une pratique de chasse.
Le texte de Burgum alerte sur les conséquences d’une telle décision sur la conservation : la loi, « bien qu’intentionnée, risque de saper les efforts de conservation dans des communautés du monde entier ». La chasse légale et réglementée, écrit-il, « joue un rôle vital pour soutenir les populations d’animaux sauvages, restaurer les habitats et soutenir les économies locales ».
La lettre s’inscrit dans une pression coordonnée que le Canada, le Botswana, la Namibie et d’autres États africains exercent sur Londres depuis plusieurs années. Au Botswana, des habitants ont manifesté devant le Haut-Commissariat britannique à Gaborone. On est loin de la campagne de lobbying industriel : ce sont des populations rurales qui défendent une ressource économique mesurable.
Ce que représente concrètement la chasse aux trophées
Les chiffres namibiens sont les plus documentés. Le ministère de l’Environnement namibien évalue les revenus du secteur à 13,6 millions d’euros annuels, pour plus de 6 000 emplois en zone rurale. La chasse représente 3% des touristes entrant dans le pays, mais 20% des recettes touristiques totales. Oui l’écart dit tout de la dépense unitaire du chasseur comparée à celle du touriste photographique. L’interdiction britannique pourrait amputer ces recettes de 14,7 millions de dollars par an.
Au Botswana, les revenus de chasse ont presque doublé entre 2023 et 2024, de 2,7 à 4 millions de dollars. Chiffres modestes en valeur absolue, décisifs dans des économies rurales sans alternatives comparables, dans des pays semi-arides où l’élevage recule sous la pression du changement climatique.
La donnée peut-être la plus structurante concerne les surfaces. Les zones ouvertes à la chasse aux trophées en Afrique subsaharienne couvrent environ 1,4 million de km², davantage que la superficie cumulée de tous les parcs nationaux du continent. Ces terres ne seraient pas gérées autrement sans la valeur économique que la chasse leur confère. En Afrique du Sud, 20 millions d’hectares privés consacrés à la faune sauvage (plus que la surface sous conservation publique) existent parce qu’ils sont rentables. Supprimer cette rentabilité ne transforme pas ces terres en réserves : elle les transforme en pâturages et en cultures. Des espaces où le lion, le léopard ou l’éléphant ne sont plus une ressource à gérer, mais une menace à éliminer. La balle qui tue un trophée dans un cadre réglementé a un prix. Celle qui abat un prédateur sur un troupeau n’en a aucun, et personne ne la comptabilise dans les bilans des associations animalistes.
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Le paradoxe américain
Les États-Unis sont le premier importateur mondial de trophées d’espèces menacées. Burgum invite le Royaume-Uni à s’appuyer sur la CITES plutôt que sur une interdiction unilatérale, alors que Washington impose lui-même régulièrement des restrictions domestiques plus sévères que celles de la convention. Quant à Trump, il a qualifié la chasse aux trophées de « spectacle d’horreur », avant de renverser l’interdiction d’importation héritée d’Obama.
L’idée que l’interdiction d’importation, en supprimant la valeur économique de la faune pour les communautés riveraines, favorise le braconnage plutôt qu’elle ne le combat, est défendue par des chercheurs sans lien avec l’industrie cynégétique ni avec l’administration Trump.
Ce que le débat britannique dit du débat européen
Le Hunting Trophies (Import Prohibition) Act 2025 est en deuxième lecture aux Communes. La France suit le même chemin : Yannick Jadot a déposé au Sénat, le 13 mai 2026, une proposition de résolution identique, pendant de la PPL Regol à l’Assemblée, en suspens depuis janvier 2024. La Belgique et le Canada ont déjà légiféré.
Plusieurs gouvernements africains (Botswana, Namibie, Zimbabwe, Zambie) cherchent désormais à diversifier leurs débouchés vers l’Asie. Ce déplacement commercial ne changera rien aux quotas ni aux populations animales. Il rendra simplement les législateurs européens moins pertinents dans un débat qu’ils prétendent piloter, et dispensera les communautés rurales africaines de continuer à expliquer à des parlementaires de Londres ou de Paris que leur survie économique ne mérite pas d’être sacrifiée sur l’autel d’un confort moral qui ne leur coûte rien.
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Comment peut-on nier l’évidence ? La chasse aux trophées est la garante de la survie de nombreuses espèces animales notamment dans les endroits en Afrique où le tourisme de vision n’a pas le droit de citer en raison de divers critères comme, entre autre, la difficulté d’accès, le manque d’infrastructures d’accueil, la présence accrue de mouches tsé tsé ou encore la rareté de la faune sauvage. Et ces sites sont très nombreux. interdire l’importation des trophées revient à condamner à mort la faune sauvage africaine.