30 Millions d’Amis et le sanglier : la belle fable anti-chasse

Anti-chasse
date 25 mars 2026
author Richard sur Terre

L’article de 30 Millions d’Amis intitulé « Le sanglier, à nos désamours » se veut un plaidoyer éclairé pour la cause animale. En réalité, il constitue un manuel de rhétorique militante truffé de sophismes, d’omissions stratégiques et de propositions irréalistes. Décortiquons-le.

Commençons par l’évidence : 30 Millions d’Amis est une fondation dont l’un des combats officiels est de « bannir les abus de la chasse ». Euphémisme commode pour tenter de passer pour des modérés mais soyons clairs : ce qu’ils veulent c’est l’interdiction générale de la chasse. Et ce n’est pas un reproche ! Chacun a le droit dans un pays libre de lutter pour ce qu’il croit juste ! Mais un article signé par la Fédération Nationale des Chasseurs sur les méfaits des associations animalistes serait immédiatement lu comme un texte partisan. Celui-ci devrait donc l’être tout autant.

Or le texte se présente avec le sérieux d’une enquête journalistique : sources CNRS, chiffres de l’OFB, jargon scientifique. La forme académique est là pour habiller un fond idéologique. C’est la technique classique du militantisme intelligent : emprunter le costume de la neutralité.

Un plaidoyer déguisé en enquête n’est pas une enquête. Identifier la source, c’est déjà lire l’article correctement.

Les chiffres : vrais, mais mal utilisés

L’article cite les 800 000 sangliers prélevés lors de la saison 2020-2021 contre 36 000 en 1973-1974. Le chiffre est réel. Mais la conclusion implicite (que la chasse « ne fonctionne pas » parce que les populations augmentent malgré elle) est un raisonnement circulaire d’une banalité confondante.

Les chiffres : vrais, mais mal utilisés

L’article cite les 800 000 sangliers prélevés lors de la saison 2020-2021 contre 36 000 en 1973-1974. Le chiffre est réel. Mais la conclusion implicite (que la chasse « ne fonctionne pas » parce que les populations augmentent malgré elle) est un raisonnement circulaire d’une banalité confondante.

La question n’est pas : « y a-t-il plus de sangliers malgré la chasse ? » mais : « y en aurait-il davantage sans la chasse ? » La réponse n’est pas difficile à trouver.

Sur les causes de l’augmentation, l’article égraine la liste habituelle : changement climatique, agrainage, lâchers de sangliers, adaptabilité de l’espèce. Deux points méritent qu’on s’y arrête.

Les lâchers d’abord. L’article les mentionne sans précision temporelle, ce qui n’est pas innocent évidemment. Cette pratique, réelle, date essentiellement des années 1970, dans un contexte cynégétique et réglementaire totalement différent. La laisser flotter dans une liste de causes actuelles, c’est suggérer au lecteur non averti que des chasseurs lâcheraient des sangliers aujourd’hui. C’est faux. C’est de la pure intoxication.

L’agrainage ensuite. L’argument est proprement absurde une fois qu’on le retourne. L’agrainage dissuasif consiste à déposer de la nourriture en forêt pour maintenir les sangliers à distance des cultures : des millions de tonnes de maïs sur pied, disponibles en plein champ, qui constituent une ressource alimentaire autrement plus massive et déstabilisatrice pour les populations. Il existe des dérives bien sûr (l’agrainage qui vise à concentrer les populations pour augmenter les tableaux de chasse) et celles-ci méritent d’être combattues. Mais amalgamer les deux pratiques dans une même accusation, c’est de la mauvaise foi caractérisée.

Dans tous les cas, le procédé est flagrant : charger les chasseurs d’une part de responsabilité dans la dynamique des populations pour mieux les disqualifier comme acteurs de la régulation. Le raisonnement se referme sur lui-même, proprement.

Ce sont des éléments de discours militant qui circulent depuis des décennies dans les milieux anti-chasse, répétés sans jamais être étayés. Le changement climatique et la plasticité écologique remarquable de l’espèce suffisent largement à expliquer la tendance (mondiale, je le rappelle). Mais incorporer les chasseurs dans les causes du problème permet ensuite de les exclure des solutions. Le tour de passe-passe est élégant.

Reprocher à la chasse de ne pas compenser à elle seule l’ensemble de ces facteurs c’est lui fixer une mission impossible pour mieux la déclarer en échec.

« Les chasseurs régulent mal » : le sophisme de la citation partisane

La phrase-choc de l’article est mise en exergue en grand format : « Les chasseurs régulent mal. » Elle est attribuée à Richard Holding, chargé de communication de l’ASPAS (une association dont la position officielle est de faire interdire la chasse. Autrement dit, l’article cite un militant anti-chasse pour conclure que la chasse est inefficace. C’est comme citer un syndicat patronal pour conclure que le droit du travail est excessif.

La stérilisation : l’utopie comme solution

L’ASPAS propose de stériliser les sangliers à grande échelle. L’article rapporte cette idée avec bienveillance, citant l’exemple d’un « enclos racheté » par l’association.

Stériliser des sangliers dans un enclos fermé : faisable. Déployer cette technique à l’échelle d’un massif forestier sur une espèce nocturne, mobile, dont les femelles sont fertiles dès un an avec des portées de 4 à 6 marcassins : personne ne l’a jamais fait. Aucune étude à l’échelle d’un territoire non clos ne démontre la faisabilité de cette approche. L’article n’en cite d’ailleurs aucune…tout simplement parce qu’il n’en existe pas.

A lire aussi : 30 millions d’amis : Chasse, chiffres et manipulation

Le coût logistique serait colossal : capture, anesthésie, chirurgie, marquage, suivi. Qui paie ? L’article reste muet. Quand la chasse gère, elle s’autofinance. Quand les associations proposent des alternatives, c’est au contribuable d’assumer.

Le loup : la solution qui détruit autre chose

L’article voit dans le retour du loup une régulation naturelle souhaitable. Sur le plan écologique strict, c’est défendable. Mais il omet soigneusement la réalité des éleveurs ovins : des centaines d’attaques par an, des troupeaux décimés, des éleveurs en détresse économique et psychologique, un régime d’indemnisation chroniquement en retard.

Présenter le loup comme solution sans mentionner qu’il crée un problème d’une autre nature (pour les humains cette fois) c’est parfaitement commode. Mais ce n’est pas une politique de gestion. Disons plutôt une hiérarchie des sympathies où la victime brebis devient variable d’ajustement. Amis de pas tous les animaux donc.

L’oubli stratégique : les agriculteurs

L’article propose une « coexistence apaisée ». Très bien. Mais les agriculteurs qui voient leurs cultures de maïs ravagées une nuit sur deux, qui se lèvent à l’aube pour constater les dégâts, qui attendent des mois pour être indemnisés, eux, comment s’inscrivent-ils dans cette vision ?

L’article ne leur accorde pas une seule ligne directe. Ils apparaissent dans une liste des acteurs « pris entre » différentes pressions, avant de disparaître. Dans la vision de 30 Millions d’Amis, l’agriculteur est un dommage collatéral acceptable de la cause animale.

La conclusion philosophique comme cache-misère

L’article s’achève sur un appel à « se mettre à la hauteur du sanglier », à « repenser nos liens avec lui ». C’est beau. C’est aussi totalement vide sur le plan opérationnel. Aucun maire de village, aucun agriculteur dans la Beauce ne peut faire quoi que ce soit de ces phrases.

La philosophie animaliste est une pensée légitime. Mais habiller l’absence de solution concrète dans un discours poétique sur la « coexistence avec le vivant » ne trompe que ceux qui veulent bien l’être.

Ce que l’article ne peut pas dire

Si demain la chasse au sanglier était supprimée en France, que se passerait-il ? Les populations exploseraient. Les dégâts aussi. L’État devrait financer des abattages administratifs ou laisser les agriculteurs se débrouiller seuls. Ce scénario s’est produit partout où la chasse a été suspendue. Les résultats ont systématiquement conduit à rappeler les chasseurs ou à organiser des abattages massifs étatiques. Dans tous les cas, les animaux ont été tués. La seule différence : dans le second cas, personne ne peut mettre ça en scène comme une activité de gestion territoriale ancrée dans une tradition vivante.

Le vrai enjeu, que l’article évite soigneusement, n’est pas « chasse contre coexistence ». C’est chasse organisée contre abattage bureaucratique. Et à ce jeu-là, les chasseurs ont de sérieux arguments à faire valoir…que 30 Millions d’Amis préfère ne pas entendre évidemment.

A voir en vidéo :

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7 Commentaires :
  1. Jean 2
    25/03/26

    Bonjour, bof!vous vous fatiguez avec ces gens,ils ont peut-être encore besoin d’argent, qu’ils s’occupent des chats et des chiens, au lieu de s’occuper de ce qu’ils ne connaissent pas.

  2. quentin
    25/03/26

    Bonjour,
    Ils n’ont aucune solution pour stériliser à grande échelle car il n’en existe pas !
    Aujourd’hui, à la chasse (donc essentiellement avec une arme à feu capable de tuer un petit comme un gros à plusieurs dizaines de mètres), on arrive déjà à peine un animal sur deux. Pour mémoire, une population de sangliers double tous les ans donc pour une population stable, il faut en prélever un sur deux.
    Si demain, il faut y aller au fusil hypodermique, ça va être costaud pour ajuster la dose au saut du layon !
    L’autre solution c’est la stérilisation par ingestion, donc par appât alimentaire, mais là cette toute la faune qui va en « profiter ».

    Et comme d’habitude, on ne sait pas qui paye !

  3. gilbert
    25/03/26

    OK pour stériliser les laies, mais qui va attraper une bonne mémère de 80 KG, pas moi.
    Qui s’y colle, qui paie. Pour le moment ce sont les chasseurs qui assurent l’essentiel du coût des dégâts, si la chasse est interdite les millions seront pris sur les impôts. Je ne suis pas certain que les citadins loins de la chasse soient d’accord pour payer. Il reste plein de points non explorés. Il faut se méfier des solutions simples aux cas complexes.

  4. Drago
    25/03/26

    Éduquer les laies à la contraception ou les mâles à l abstinence pendant la période des chaleurs , ça c est une bonne mission pour la grande famille des anti .

    1. Pat22
      27/03/26

      👍😂

    2. Marc
      27/03/26

      Bonjour,
      a-t-on prévenu le Planning Familiale de leur nouvelle mission ?

  5. Jean 1
    25/03/26

    De doux rêveurs, ça a déjà été tenté sur d autres espèces,peu de résultats pour un certain coût et puis il faudra recommencer tous les six mois.

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