La manœuvre du Pacte Droit Animal

Anti-chasse
date 13 août 2026
author Richard sur Terre

La LFDA fait signer aux candidats un texte flou et consensuel. Ses propres commentaires, eux, visent noir sur blanc la chasse. Le flou c’est la méthode.

Huit phrases. C’est tout ce que contient la Déclaration des droits de l’animal que la LFDA propose aux candidats à la présidentielle 2027 d’inscrire dans la loi. Préserver le milieu naturel, respecter la sensibilité, assurer le bien-être, proscrire la cruauté, encadrer la mise à mort, interdire certaines manipulations génétiques, sensibiliser à l’école, et constitutionnaliser l’ensemble. Aucun mot n’y désigne la chasse. Aucun mode de chasse n’y est nommé. Un candidat pressé peut parapher ce texte entre deux meetings sans y voir un sujet clivant.

Sous chaque article, la LFDA a pris soin de publier une explication. Et cette explication, elle, nomme. À propos de l’article 1, elle réclame un « encadrement plus strict des activités de chasse et de pêche ». À propos de l’article 4, elle vise la « reconnaissance d’un statut juridique protecteur » pour l’animal sauvage libre. À propos de l’article 5, elle annonce la « fin des exceptions dont bénéficient aujourd’hui l’abattage rituel et certaines pratiques de chasse cruelles ».

Et là où le texte des huit articles reste diplomatique, son porte-parole, lui, ne prend pas de gants. En annonçant le Pacte sur les réseaux sociaux, Christophe Marie liste sans détour ce que la pétition vise vraiment : la chasse, aux côtés de l’élevage intensif, du transport, de l’abattage rituel, de l’expérimentation et de la corrida.

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Techniquement, l’article le plus lourd de conséquences n’est pas celui qui parle d’habitat ou de cruauté. C’est l’article 5. Il pose que toute mise à mort, même justifiée, doit être « instantanée, indolore et non génératrice d’angoisse ». Le Code de l’environnement définit aujourd’hui l’acte de chasse comme incluant la recherche et la poursuite du gibier, pas seulement le tir final. Un tel standard, une fois traduit en droit positif, ne laisserait à aucune pratique cynégétique le luxe de l’à-peu-près : chaque mode de chasse devrait démontrer sa conformité à une exigence que le droit actuel ne formule nulle part avec cette rigueur.

C’est précisément la porte par laquelle un texte présenté comme un socle de principes généraux peut se transformer, article de loi après article de loi, en un outil de remise en cause sélective, pratique par pratique, sans que le candidat signataire ait eu à se prononcer sur aucune d’entre elles en particulier.

La comparaison avec la Charte de l’environnement de 2004 est assez révélatrice de la méthode. Une déclaration de principes, une large adhésion politique, une inscription dans la loi, puis dans la Constitution. Vingt ans après, le Conseil constitutionnel s’appuie sur ce texte pour arbitrer des conflits que ses rédacteurs n’avaient pas anticipés dans le détail. La LFDA vise le même trajet, sur un temps plus long qu’un mandat.

Cette présidentielle va en produire d’autres, des textes comme celui-là. D’autres associations vont dérouler la même mécanique, avec la même modération de façade : une mesure présentée comme raisonnable, sensiblement en retrait des revendications habituelles du mouvement qui la porte, taillée pour qu’un candidat en quête d’électorat la signe sans y voir un totem. L’objectif tient en deux temps. D’abord se poser en arbitre de la campagne, occuper l’espace médiatique en distribuant les bons et les mauvais points aux candidats. Ensuite, une fois la signature obtenue, s’en servir comme levier de pression, dans un sens ou dans l’autre, pendant tout le mandat qui suit.

Le dispositif ne laisse aucune sortie honorable. Signer, c’est s’engager sur un texte dont l’interprétation échappera au signataire dès le lendemain de l’élection. Refuser, c’est s’exposer à être désigné comme l’ennemi des animaux, dans une campagne où ce genre d’étiquette colle. Les associations, elles, ne perdent jamais : elles obtiennent soit un engagement à instrumentaliser, soit un adversaire à désigner.

Un candidat qui appose sa signature au bas de huit phrases générales sans poser une seule question sur les exceptions à venir ne s’engage pas sur un principe général. Il s’engage sur un texte dont l’auteur a déjà, ailleurs, désigné les cibles. La signature se donne en un instant, sur un stand ou dans un couloir de meeting. Ses effets, eux, se joueront dans des articles de loi rédigés bien après l’élection, par des juristes qui n’auront plus à convaincre personne.

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4 Commentaires :
  1. gilbert
    13/08/26

    Toujours se méfier des textes signés sous l’émotion du moment. Lisez les textes chez vous dans votre fauteuil préféré avec le toutou sur les genoux. Prenez un jour pour réfléchir, une fois partie la machine ne s’arrêtera pas.

  2. GUILLAUME
    13/08/26

    Il faut espérer que les candidats sérieux ne signeront pas à tour de bras ce genre de déclarations qui ne manquera pas de leur être présentées.

    Contre la chasse, contre le nucléaire, les individus et groupes, antispécistes, écolos, et autres, sont très nombreux à être actifs.

    Comme ils sont largement relayés dans la presse, leurs idées infusent doucement.

  3. Philippe
    13/08/26

    Très dangereux en effet. Et sournois.

  4. Pineau
    13/08/26

    Quand t’es politique et que tu signes un machin venant de mouvements militants et idéologues, c’est que t’as rien compris à ton métier.

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