Dans les campagnes japonaises vidées de leurs chasseurs, les sangliers gagnent du terrain année après année. Un cas concret qui contredit frontalement le mythe d’une nature capable de se réguler toute seule. Et qui résonne bien au-delà de l’archipel.

Dans la préfecture d’Aomori, au nord du Japon, un agriculteur contemple son champ d’ignames retourné comme après un passage de rotavator. Une vingtaine de sangliers ont traversé la parcelle dans la nuit. Bilan : soixante tonnes de récolte perdues sur la saison. L’épisode a été rapporté en 2025 par la chaîne NTV.
Depuis deux décennies, le sanglier étend son aire de répartition sur l’archipel. Des régions qui n’en connaissaient presque pas en voient désormais apparaître régulièrement : en 2018, le sanglier était présent dans toutes les préfectures du Japon, à l’exception d’Hokkaido. En 2022, les dégâts agricoles causés par la faune sauvage dans son ensemble s’élevaient à 15,6 milliards de yens, dont environ 70 % imputables aux cerfs et sangliers.
Selon le ministère japonais de l’Environnement lui-même, le nombre de chasseurs a culminé dans les années 1970 à environ 500 000 détenteurs de licence avant de tomber à 200 000. Et de ces 200 000 chasseurs restants, plus de 60 % ont plus de soixante ans. Face à l’augmentation des dégâts, gouvernement central et décisionnaires locaux se concentrent désormais sur la formation et la sécurisation de nouveaux chasseurs, en assouplissant certaines réglementations. Autrement dit, la faune sauvage progresse exactement là où l’intervention humaine recule.
Il faut dire que le terrain est propice. Le ministère japonais de l’Environnement identifie plusieurs facteurs convergents : la dégradation des forêts de plantation depuis 1945, le recul de l’enneigement dû au réchauffement climatique (des hivers plus doux augmentant la survie des marcassins), la baisse de la pression de chasse, la disparition des chiens errants, et l’extension des terres abandonnées. La cause cynégétique est donc l’une parmi plusieurs. Mais c’est la seule sur laquelle une politique publique peut agir rapidement.
Le Japon est souvent présenté comme un laboratoire involontaire de ce qui arrive quand les territoires ruraux se vident. Quasiment un tiers de ses 124 millions d’habitants ont plus de 65 ans, et le pays perd près de 500 000 habitants par an depuis 2021. Les villages se dépeuplent. Les rizières s’abandonnent. Les lisières forestières s’épaississent, avalant peu à peu les cultures. Et avec ces cultures disparaissent aussi ceux qui les protégeaient. Les sangliers, eux, se régalent.
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Dans certaines zones, ils descendent désormais jusque dans les quartiers résidentiels. Des images de compagnies traversant des rues ou fouillant des jardins dans les faubourgs de grandes métropoles sont devenues banales, y compris à proximité de Tokyo. En novembre 2024, un sanglier a attaqué des enfants et du personnel dans une crèche de la préfecture de Hyogo, blessant six personnes.
L’objection du prédateur naturel
Face à ce constat, une objection revient régulièrement en Europe : et si la solution était non pas le chasseur, mais le prédateur naturel ? La réponse japonaise est lapidaire. Au Japon, le loup a été exterminé au début du XXe siècle, et le déclin rapide du nombre de chasseurs actifs combiné à l’absence de prédateurs efficaces a conduit à une croissance explosive des populations de sangliers et de cerfs. Il n’y a pas de grand prédateur de substitution disponible sur l’archipel. La régulation naturelle n’a donc aucune béquille sur laquelle s’appuyer.
Ce n’est pas sans rappeler la situation de nombreuses régions européennes : mosaïque agricole fragmentée, forêts secondaires, absence ou rareté des grands prédateurs à large échelle. La différence est que le Japon a vingt ans d’avance dans la démonstration.
Ce que montrent les chiffres
La régulation spontanée (marotte des animalistes) n’apparaît nulle part dans les données observables. Elle n’apparaît pas dans les chiffres de dégâts agricoles, stables à un niveau élevé malgré des prélèvements records. Elle n’apparaît pas dans la progression géographique de l’espèce. Elle n’apparaît pas dans les politiques publiques japonaises, qui depuis 2014 ont assoupli les réglementations de chasse, subventionné l’abattage, et lancé des programmes de valorisation du gibier : le jibie, terme japonais emprunté au français gibier, connaît un essor commercial notable : en 2022, les installations de traitement du gibier ont transformé 2 085 tonnes de viande sauvage, soit une hausse de 60 % en six ans. Venaison locale, circuits courts, valorisation économique des territoires ruraux : le Japon a fait du chasseur un acteur central de sa politique alimentaire autant qu’environnementale.
L’avertissement européen
La situation française mérite d’être regardée en face. Chaque saison établi un nouveau record de prélèvements (comme la dernière avec près de 900 000 sangliers abattus) et pourtant, le nombre total de chasseurs continue de diminuer, d’environ 25 000 par an selon le président de la Fédération nationale des chasseurs. Un croisement de courbes inquiétant : toujours plus d’animaux à réguler, toujours moins de personnes pour le faire.
La trajectoire démographique des chasseurs français suit, avec un décalage d’une génération, celle des chasseurs japonais dans les années 2000. La réalité observable est plus simple que les débats idéologiques qui l’entourent. Quand les chasseurs disparaissent, les sangliers avancent, accompagnés des dégâts agricoles, des collisions routières et des invasions urbaines.
La France ferait bien d’en tirer une leçon claire. Former, équiper et renouveler les chasseurs devrait relever d’une politique publique assumée, portée par l’État comme une mission d’intérêt général. Car attendre que « la nature se régule toute seule » revient, dans les paysages réels où nous vivons, à attendre qu’elle déborde.
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Malheureusement pour le moment les élucubration ecolo ont plus d’écho que les arguments des chasseurs. Comme dans beaucoup de domaines. Je rajoute pour l’exemple que s’ils avaient réussi à faire capoter competement l’utilisation du nucléaire nous serions aujourd’hui dans la panade ou nous serions comme les Allemands chez qui les verts sont très influents des champions des émissions de co2 .
Vous pourriez aussi nous parler des élevages clandestins de croisement de sanglier et de porc, qui sont en suite lâchés dans la nature pour le profit des chasseurs.
Je ne suis pas contre la chasse, loin de là, mais je pense qu’il faut arrêter de cracher sur les écolos, heureusement qu’ils sont là pour dénoncer beaucoup d’abus. je ne suis pas écolo!
Je connais la raison de la prolifération des sangliers au Japon, les chasseurs français ont lâché des sangliers, ils agrainent trop et ils ont croisé des cochons de ferme avec les sangliers. Après, il a fallu les exporter au Japon…