« Ces gens-là », ou l’art de mépriser les électeurs du RN

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date 24 septembre 2025
author Richard sur Terre

Dans Ces gens-là, Lumir Lapray prétend comprendre la France rurale, mais ne voit en elle qu’un peuple égaré à rééduquer.

L’autrice, qui «lutte contre la montée de l’extrême droite dans les campagnes françaises», publie aux éditions Payot «Ces gens-là», ce mercredi. Un portrait de sa France rurale, draguée par le RN et «qui pourrait tout faire basculer» aux prochaines élections. @theomby.bsky.social l’a rencontrée 👇

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— Vert, le média 💚 (@vert.eco) 24 septembre 2025 à 10:17

« Comment fait-on pour que nos proches arrêtent de voter pour l’extrême droite ? » Lumir Lapray, militante écologiste et ex-candidate malheureuse aux législatives, ouvre son propos par cette question. Tout est dit. Dans sa bouche (je n’ai pas lu le livre), le vote des ruraux n’est pas un choix, mais une erreur à corriger. On n’entre pas dans le débat par l’angle de la compréhension, mais par celui de la réparation : comme si le bulletin glissé dans l’urne relevait d’une mauvaise habitude, un vice, un bug cognitif qu’il faudrait reprogrammer.

Son livre s’intitule Ces gens-là. Le titre sonne comme une distance. « Ces gens-là », ce sont ses voisins, ses amis, sa nounou, son patron de bar. Elle assure écrire une lettre d’amour, mais les termes trahissent un malaise : l’amour, ici, ne se donne pas d’égal à égal. C’est l’amour du missionnaire pour la tribu à évangéliser.

Lumir Lapray ne manque pas de lucidité quand elle pointe la désertion de la gauche dans les territoires ruraux. Elle a raison : la gauche a abandonné ce peuple qu’elle prétendait défendre. Les ouvriers, les employés, les petits indépendants, tous ces « prolos blancs » qui constituaient jadis son socle électoral, sont aujourd’hui traités comme des pestiférés. On ne leur parle plus qu’avec des pincettes, quand on ne les exclut pas d’emblée, considérant qu’ils sont par essence racistes, donc perdus pour la cause. De ce point de vue, le constat de Lapray est imparable : impossible de « gagner » la bataille politique sans la majorité des classes populaires.

Mais l’honnêteté s’arrête là. Car si elle reconnaît que les préoccupations premières sont le prix de l’essence, les crédits, les courses, le quotidien qui coûte trop cher, elle ramène aussitôt le vote RN à « la pierre angulaire » du racisme. C’est toujours le même schéma : on concède quelques secondes aux réalités matérielles, pour ensuite ramener le cœur du problème à une tare morale. Autrement dit : vous souffrez du pouvoir d’achat, mais si vous votez RN, c’est surtout parce que vous êtes racistes.

Ce schéma est commode. Il permet de maintenir intacte la conviction militante que les « gens » votent contre leurs intérêts, par erreur ou par vice. Cela évite de se poser la vraie question : et si, malgré tout, ces électeurs savaient très bien ce qu’ils font ? Et si, malgré les prêches, ils considéraient que la gauche n’apporte aucune solution crédible à leurs problèmes ?

A lire aussi : Reporterre : l’art de rapetisser la science

La stratégie qu’elle propose est révélatrice. Elle appelle à une « campagne permanente » : des militants, partout, formés pour aller au-devant de leurs voisins et leur expliquer que le RN est une arnaque. Porte-à-porte, discussions au PMU, gâteaux pour l’école, coups de main aux associations. Tout cela, sous couvert de « recréer du collectif », mais avec un objectif unique : reconquérir les consciences. On ne parle pas ici de participation spontanée à la vie locale, mais d’un militantisme politique camouflé en convivialité. 

Le paradoxe est total. On reproche au RN de diviser, mais on s’apprête à infiltrer la vie villageoise pour la réorienter politiquement. On dénonce le manque de sincérité des autres, mais on enrobe son propre prosélytisme sous les atours du bénévolat et du voisinage serviable. 

C’est d’ailleurs là que réside le cœur du problème. Le mépris. Derrière chaque phrase, même bienveillante, pointe l’idée que les ruraux ne comprennent pas vraiment le monde tel qu’il est. Qu’ils ont besoin d’une « pédagogie », d’« explications », qu’il faut leur apporter l’information juste pour qu’ils cessent de se tromper. La campagne serait donc remplie d’âmes naïves, vulnérables aux mensonges du RN, incapables de discernement sans l’intervention éclairée des militants de gauche.

Cette vision paternaliste est insupportable. Oui, la gauche s’est coupée des campagnes. Mais pas seulement parce qu’elle a déserté les territoires : aussi parce qu’elle continue à y voir des terres de mission, peuplées d’électeurs immatures. Tant que ce mépris-là perdurera, aucun gâteau au chocolat et aucun porte-à-porte n’y changeront rien.

En fin de compte, Lumir Lapray illustre à merveille le dilemme d’une certaine gauche : elle veut reconquérir les campagnes, mais elle ne peut pas se résoudre à les considérer comme des égales. Elle les aime, dit-elle. Mais comme on aime un enfant qu’on croit incapable de penser par lui-même.

C’est sans doute cela, la véritable fracture. Pas celle du prix de l’essence, ni même celle des urnes. La fracture, c’est celle du regard : entre ceux qui vivent ici, et ceux qui viennent leur expliquer comment ils devraient penser.

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14 Commentaires :
  1. Nestor
    24/09/25

    Eh ben ! Si jamais y’avait encore des gens qui pensaient qu’on était sur un média qui parlait de chasse…

    1. Eric
      24/09/25

      Réfléchis un peu et tu devrais pouvoir faire le lien avec la chasse.
      Tu te focalises sans doute sur « RN » alors que le mot le plus important est ici « mépris », de la ruralité dans son ensemble et dont la chasse est une composante.
      Je me fous de savoir pour qui votent mes voisins, je sais juste qu’ils sont comme moi, ruraux donc citoyens de seconde zone.
      Que penserais-tu d’un livre expliquant comment il faut aller dans les banlieues pour y lutter contre la montée de l’extrême gauche … ?

    2. Thierry
      24/09/25

      La continuité ou la fin de la Chasse dépend du politique, c’est existentiel, rien que ça….
      Régulièrement j’entends des chasseurs repousser tout sujet politique des discussions, ils ont juste oublié que s’ils ne s’intéressent pas à la politique, la politique va s’intéresser à eux.

  2. Thierry
    24/09/25

    J’attends avec impatience le porte à porte.

    Bonjour
    Donc le danger de l’esrêmedrouate …ok très bien

    1. Qu’est ce que l’extrême droite ?
    (Normalement c’est déjà « erreur 404 » immédiatement),
    Réponse A: tout ce qui est à droite de LFI,
    Donc là y a déjà de quoi rire…à moins que, chance, vous ayez la réponse B
    Réponse B: bah le fascisme, nazisme avec du populisme et du racisme dedans….
    Donc si vous voulez encore rire, vous passez à la 2e et dernière question,
    2. Donnez moi svp 1 à 2 exemples de propositions de vos partis d’esrême ultra master droite qui attestent d’idées fascistes, cf les années 30, …. parce que pour l’instant le copier coller des lois nazies sur la protection animale c’est dans quel parti actuel déjà?

  3. Jean 2
    25/09/25

    Bonsoir,donc, les ruraux ont besoin de » rééducation « ne serait-ce pas là le début du totalitarisme qui fait disparaître les traditions d’un peuple et interdit de penser autrement !!ces ruraux ne serait-ce pas les vrais gens épris de liberté !alors posez-vous les bonnes questions !

  4. serge
    26/09/25

    En d’autres termes « dites nous de quoi vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer ».
    Les ruraux seraient plus bêtes que les autres mais alors… pourquoi les partis politiques vont les draguer, pour les exploiter et récupérer les votes ?

  5. Lucien D
    28/09/25

    Je suis un rural de gauche et même si je suis convaincu du racisme dans le vote RN, je trouve que vous avez totalement raison. Votre analyse est très pertinente. Cette personne ne voit le monde que part ses lunettes de parisienne : carriérisme et électoralisme. C’est triste. Ce n’est pas la gauche que je veux pour la campagne.

  6. Lapray
    29/09/25

    Bonjour ! Ici Lumir Lapray, auteure de « ces gens là ». Je trouve ça surprenant de faire une critique d’un livre que vous avouez vous même ne pas avoir lu… est-ce une habitude ?

    si vous aviez pris la peine de l’ouvrir, vous sauriez que le titre est justement une dénonciation du mépris et de la mise à distance de la gauche, que je répète des dizaines de fois que les conditions matérielles (sociales et économiques) sont celles qui dictent le vote, et bien plus que le racisme réel ou présumé, que je ne pense pas que les gens sont idiots ou à rééduquer mais bien qu’ils sont comme tout le monde : à la recherche d’explications et de responsables à leurs problèmes bien concrets.

    Moi, je ne me cache pas : je pense que la politique, c’est la bataille du sens = au delà des constats, qui est la cause de nos soucis ? Ma réponse est = les ultra riches et leurs alliés politiques qui nous divisent pour continuer à se gaver pendant qu’on se serre la ceinture. Je suis une femme de gauche et je ne m’en cache pas : je fais littéralement simplement mon travail, qui est d’essayer de convaincre. N’hésitez pas à faire le vôtre, qui consiste – j’imagine – à vous renseigner un minimum avant d’émettre un avis 🙂

    1. Killou
      29/09/25

      Vous dites à longueur de temps que les gens sont “perdus” ou qu’il faut user de pédagogie… c’est du paternalisme. Vos voisins vous les “aimez” tellement que vous vous servez d’eux pour vendre des livres mais vous ne supportez même pas de vivre avec eux. Vous essayés de convaincre qui depuis Paris ? Vous faites votre trou dans les salons et les ruraux ne sont pas dupes. Acceptez au moins la contradiction

    2. Charlotte
      22/12/25

      merci, je ne comprends vraiment pas comment on peut écrire un article sur un livre avant de l’avoir lu !

  7. Jean Moulin
    30/10/25

    Bonjour,
    Ce qui beau dans notre société actuelle, c’est de pouvoir émettre une opinion, un avis et le partager avec le plus grand nombre sur les médias en ligne & réseaux sociaux.. sans avoir pris la peine de faire un travail amont de lecture, investigation..

    Comment sérieusement venir critiquer une auteure sans avoir pris la peine de parcourir l’ouvrage? Si vous aviez pris ce temps (la lecture est rapide.. si vous vous ennuyez au poste Richard, c’est fait en 2 jours), vous auriez pu constater qu’elle ne stigmatise en rien les gens de son territoire (l’Ain) et tente simplement de montrer qu’il existe un autre chemin pour le mieux vivre ensemble dans nos villages et villes. Elle dresse même un bilan franc sur les problématiques d’une gauche « parisienne » qui a oublié ses racines dans nos bassins d’activités.

    Aussi, tenez vous en aux sujets relatifs à la Chasse et de grâce, même sur ce thème, essayer de travailler la copie.

    1. Anti
      08/11/25

      Ahahah “Jean Moulin” cette femme c’est l’epitome de la gauche bourgeoise parisienne. 5 minutes d’investigation sur la personne, son parcours et ses discours le prouvent. A d’autres Lumir ou son agent 😉

  8. Sylvain
    20/12/25

    Moi je n’ai pas lu votre article, mais je trouve qu’il manque de nuances.

  9. Élo
    22/01/26

    Bibliothécaire dans une petite commune de presque 2000 hab., je suis également conseillère municipale dans un autre village de 1000 habitants et je suis propriétaire de parcelles boisées dans l’ouest de la France, louées à des chasseurs. Donc pas le profil de la rurale attachée aux traditions du terroir mais pas non plus une Parisienne déconnectée, en revanche, de gauche et ouvertement.
    Il se trouve que j’ai eu le plaisir d’inviter Lumir à l’occasion d’une rencontre d’auteur et d’autrice, parce que j’ai rarement lu un essai aussi juste et humble sur ce que sont les ruraux, leurs attentes et leurs espoirs. Elle s’attache plutôt à parler de sa génération que de celle de ses parents, c’est vrai, mais à aucun moment, je n’ai lu dans ces 190 pages la moindre phrase qui pourrait s’apparenter à du mépris, bien au contraire. Elle saisit les tensions qui affaiblissent aujourd’hui la vie des ruraux : problématiques de la mobilité pour tempérer celles de l’habitat, éloignement des bassins d’emploi ou éventail d’emplois sous qualifiés et mal rémunérés, désertification en matière d’offres de soin et de services publics. Pourtant, pas un moment, Lumir Lapray ne revendique autre chose qu’une meilleure représentation politique des ruraux, notamment dans les mandats locaux. Elle n’y va pas avec les raccourcis que vous utilisez et ne prétend jamais que tous les électeurs du RN sont motivés par une idéologie raciste. Jamais.
    Je comprends mal l’intérêt (lobbyiste ?) que vous avez à démonter un livre que vous n’avez pas ouvert, moi dont faire ouvrir des livres et susciter la réflexion par l’échange de points de vue est justement le métier. Je pense même que vos propos pamphlétaires sont dangereux parce qu’ils condamnent un livre, une thèse, des idées sans en avoir pris connaissance. À d’autres époques, jeter l’opprobre sur des thèses qui n’étaient pas jugées correctes a conduit au pire. Quel but servez-vous Richard sans terre ? Vous pétrissez les affirmations sans jamais formuler la moindre question, sans ouvrir de discussion, cela me surprend.
    Bien cordialement

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