Au congrès annuel de la FNC, Willy Schraen n’est pas venu distribuer des formules convenues. Son discours trace une ligne de combat : contre l’OFB, contre les dérives européennes, contre l’effacement politique de la chasse.
À Deauville, Willy Schraen a parlé assis. La jambe cassée, la rééducation encore en cours, le président de la Fédération nationale des chasseurs n’avait pas l’allure d’un tribun venu haranguer une salle. Pourtant, le fond, lui, ne boitait pas. Le discours prononcé ce 19 mars au congrès annuel de la FNC n’avait rien d’une intervention de routine. C’était un discours de cap, de rupture et de rappel à l’ordre. Un texte qui dit où la FNC veut aller, mais surtout ce qu’elle ne veut plus accepter.
Dès les premières minutes, le ton est donné. La chasse n’est pas décrite comme un loisir parmi d’autres, encore moins comme une survivance tolérée sous condition. Schraen la présente comme un mode de vie, un espace de liberté, l’un des derniers lieux où la France rurale peut encore parler en son nom. Ce point commande tout le reste. Car à partir du moment où la chasse cesse d’être seulement une pratique pour redevenir un fait social, culturel et territorial, chaque attaque contre elle devient, dans cette logique, une offensive contre un ensemble humain plus large.
Le discours d’un président qui ne veut plus gérer le recul
Une bonne partie de l’intervention consiste à relire l’année 2025 comme une année de pression maximale. Schraen évoque les crises, les offensives médiatiques, les tensions politiques, puis il installe son récit : celui d’un camp qui n’aurait pas seulement résisté, mais tenu bon sans se renier. Il cite l’opération « J’aime la Nature Propre », la mobilisation du 17 mai, l’écho obtenu autour du manifeste pour la chasse, et surtout la démonstration d’un maillage rural que la FNC veut transformer en force politique lisible.
Ce qui frappe dans cette séquence, ce n’est pas le satisfecit habituel d’un congrès. C’est la volonté de montrer que les chasseurs ne sont pas seulement nombreux, mais présents partout, organisés, identifiables, capables d’entrer dans les mairies, d’imposer leurs thèmes et de faire remonter leurs revendications depuis le terrain. Le discours ne cherche pas à séduire l’extérieur. Il cherche d’abord à ressouder l’intérieur en lui rappelant sa masse, sa densité, et sa continuité.
Migrateurs : la démonstration que la fermeté paie
Le passage sur les migrateurs est probablement le plus structurant de tout le discours. Schraen revient sur la crise du printemps et de l’été 2025 comme sur un moment où beaucoup annonçaient déjà la fin programmée d’une partie de la chasse française. Il raconte ce moment comme un piège : celui où l’on vous pousse à céder, à rogner, à signer n’importe quoi pour sauver un morceau. Et il revendique l’inverse. Selon lui, la FNC n’a rien sacrifié. Elle a tenu la ligne.
La décision du Conseil d’État d’octobre 2025, validant les nouvelles modalités de gestion des neuf espèces d’oiseaux migrateurs et rejetant les recours des associations anti-chasse, est brandie comme la preuve que cette stratégie était la bonne. Même chose pour la réouverture de la chasse de la tourterelle des bois. Dans le discours de Deauville, ce dossier sert d’exemple général : quand la chasse produit des données, tient politiquement et assume la gestion adaptative, elle peut non seulement limiter les pertes, mais regagner du terrain.
Pendant des années, beaucoup de chasseurs ont vu dans les outils de suivi, les quotas, les remontées numériques, les applications et les protocoles une mécanique de restriction. Schraen tente ici de renverser cette lecture. Il présente ChassAdapt et la production de données comme des armes de reconquête.
Le loup, l’animalisme et la querelle sur la place de l’homme
Le discours bifurque ensuite vers le loup, mais pas comme un détour. Schraen s’y place du côté des éleveurs, des bergers, des territoires de montagne, et il pousse le raisonnement jusqu’au bout : dans certaines zones, dit-il en substance, le loup n’est plus compatible avec la priorité donnée à l’élevage, et c’est alors la meute entière qu’il faut pouvoir éliminer. Il cite la Suisse comme modèle d’efficacité.
Là encore, le sujet réel dépasse l’animal lui-même. Derrière le loup, Schraen vise une anthropologie. Il attaque une vision du monde où l’animal serait pur, l’homme coupable, et l’élevage suspect. Il nomme cela une misanthropie écologique. Le mot est rude, mais il a une fonction : rappeler que, pour la FNC, le vrai clivage n’oppose pas protection et destruction, il oppose une écologie de coexistence concrète à une écologie de mise à distance de l’humain.
Dans la salle, ce genre de phrase n’a pas besoin d’être expliqué. Chacun voit les troupeaux remontés à la va-vite, les clôtures arrachées, les carcasses, les nuits passées dehors, les formulaires, les constats, et les débats télévisés. Schraen le sait et appuie là où ça mord encore.
ESOD : la contre-attaque contre la science instrumentalisée
Autre moment très révélateur : le passage sur l’étude consacrée aux ESOD. Schraen ne la traite pas comme un travail scientifique discutable parmi d’autres, mais comme un objet politique arrivé au bon moment, avec les bonnes conclusions, pour nourrir les futurs combats juridiques et réglementaires contre la régulation. Son attaque est simple : si l’on explique que les destructions n’ont pas d’effet visible sur les dégâts, on peut aussi soutenir, avec un minimum d’honnêteté, que c’est justement leur niveau qui empêche les dégâts d’exploser.
Le point important, ici, n’est pas de savoir si la formule est polémique. Elle l’est. Le point important est ailleurs : la FNC ne veut plus laisser l’argument scientifique être utilisé à sens unique. Elle voit bien que, dans le débat public, le mot “étude” sert souvent de massue symbolique. Schraen choisit donc de contester la mise en scène de la science elle-même, son calendrier, son cadrage, et surtout ses usages militants.
L’Europe comme machine à dissoudre les modes de vie
Le discours devient ensuite plus large encore. Bruxelles n’y apparaît plus comme une institution lointaine, mais comme une fabrique continue de normes, de limitations, de moratoires, d’interdictions et de rationalisations qui finissent toujours par tomber sur les mêmes mondes : la chasse, la pêche, l’agriculture, le vin, les usages locaux, les traditions incorporées. Schraen parle du maquereau, du plomb, du Mercosur, de la vigne, du nucléaire, du droit européen qui s’impose presque mécaniquement. Ce foisonnement vise à montrer une même logique à l’œuvre partout.
Ce qu’il défend, en réalité, c’est une idée très claire : les modes de vie ne doivent plus être administrés depuis une abstraction continentale qui ignore les sols, les climats, les terroirs, les habitudes, les héritages et les contraintes locales. Quand il parle de vin, de bière ou de genièvre, il ne change pas de sujet. Il parle toujours de la même chose : de la continuité d’un pays réel contre l’uniformisation bureaucratique.
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On peut discuter la formule. On ne peut pas manquer le message. Pour Schraen, la chasse n’est plus seulement en tension avec quelques ONG ou quelques cabinets ministériels. Elle est prise dans un affrontement plus vaste entre enracinement et gouvernement normatif.
Dégâts de gibier : le moment où la question devient explosive
Le passage sur les dégâts de grand gibier est, lui, d’une brutalité concrète. Il n’est plus question ici d’idéologie, mais d’argent qui sort. Schraen parle d’un système à bout de souffle. Il donne des chiffres lourds : environ 100 millions d’euros par an pour les grands animaux, 10 millions toujours dus par l’État dans le cadre des accords de 2023. Une baisse de 28 % de l’impact des dégâts sur les surfaces agricoles malgré l’absence de versement promis.
Le ton change alors nettement. Il n’est plus seulement offensif, il devient presque menaçant politiquement. Le message est limpide : les chasseurs n’acceptent plus d’être les seuls à payer une mission qui relève de l’intérêt général, dans un cadre où les zones de non-chasse, les contraintes réglementaires et l’inaction de l’État aggravent encore la facture. La phrase clef du discours est là : les chasseurs ne veulent plus payer la partie indemnisation de la facture totale des dégâts de gibier.
Cette phrase-là aura une suite. Elle prépare un bras de fer.
OFB : la rupture est désormais frontale
S’il fallait retenir un seul passage pour comprendre l’état d’esprit de la FNC, ce serait sans doute celui consacré à l’OFB. Schraen n’y cherche plus l’équilibre. Il explique qu’il ne s’agit pas d’un agacement ponctuel, mais d’un problème plus profond. Il conteste la place de l’établissement dans le permis de chasser, réclame le retour intégral de la police de la chasse, accuse certains agents de pratiquer des verbalisations délirantes sur le plomb, critique la présence de l’OFB dans certaines réunions européennes, met en cause ses orientations scientifiques et dénonce les subventions versées à des structures militantes attaquant les arrêtés cynégétiques.
La formule anglaise qu’il lance ensuite n’a rien d’un trait d’humour. “Give me my money back.” Puis il la traduit pour être sûr d’être compris : qu’on nous rende notre argent. La FNC ne supporte plus de financer, à hauteur de 55 millions d’euros par an selon Schraen, un établissement qu’elle juge de moins en moins neutre et de plus en plus hostile à la chasse française.
Ce passage est capital, car il marque une bascule. Longtemps, la querelle avec l’OFB pouvait passer pour une tension de gouvernance. Ce n’est plus ainsi que Schraen la raconte. Il parle désormais d’opposition idéologique.
Le dernier mot : recruter, transmettre, rouvrir les portes
Le discours aurait pu finir dans la colère. Il se ferme au contraire sur l’ouverture. Schraen évoque l’étude IFOP que la FNC doit présenter, les groupes de travail à venir avec les fédérations départementales, le besoin de stabiliser les effectifs, la campagne “Qui va à la chasse trouve sa place” et surtout cette idée simple : la chasse se transmet d’abord de personne à personne. Un voisin. Un père. Une mère. Un collègue. Un ami. Quelqu’un qui vous emmène dehors et vous apprend à regarder.
Ce final compte autant que les coups portés plus haut. Car il dit ce que la FNC veut sauver au fond : pas seulement des dates d’ouverture, des espèces, des arrêtés ou des budgets, mais une chaîne humaine. Une manière d’entrer dans le monde. Un geste reçu puis transmis. Une fidélité concrète.
À Deauville, Willy Schraen n’a donc pas seulement parlé des dossiers du moment. Il a essayé de remettre de l’ordre dans les priorités. D’abord ne plus céder. Ensuite nommer les adversaires. Puis réclamer des comptes. Enfin rouvrir l’avenir. Le discours est rude et souvent très politique. Mais il a le mérite de la clarté. La FNC ne veut plus accompagner le rétrécissement. Elle veut reprendre l’initiative.
A voir en vidéo :











schraen se rend compte maintenant que l OFB que macron lui a vendu en remplacement de l ONCFS est une machine de guerre contre la chasse populaire…..
il comprend seulement maintenant que l europe de Bruxelles veut la fin de toute chasse….mais alors pourquoi a t il appelé a voter pour macron européiste extrémiste….?
pour avoir quelques débuts d explication ,on peut relire la lettre ouverte de jean noel cardoux ancien président du groupe chasse au sénat qui explique très bien les questions d ego et de désir de carrière du triste président de la FNC
Sans Willy SCHRAEN, elle serait où la chasse ?
Il a une parole forte et elle est claire aussi.
Cela change de la posture précédente, où on se faisait le plus discret possible.
N.B.: Quand on est un homme, il faut respecter les hommes. L’insulte n’a pas sa place.
Le problème c est qu il n’a que la parole,où sont nos avancées,que des contraintes supplémentaires, chassadapt doit nous sauver,aller demander et j en fait partie a ceux qui n ont pas de smartphone,aucun message dans la presse pour dénoncer les attaques voir les mensonges de nos opposants,aucune action sur le terrain (très loin des dirigeants de cpnt).il serait temps qu il découvre les actions de l ofb et sa pub pour Macron,perso j y ai cru au départ mais aujourd’hui je me fais du soucis pour l avenir.