Hugo Clément ou la vertu qui facture cash

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date 20 novembre 2025
author Richard sur Terre

Hugo Clément dénonce les dérives du marché, mais oublie qu’il a lui-même encouragé les décisions qui fragilisent nos producteurs. Dans un monde ouvert, les postures ont un prix.

Il y a quelque chose de fascinant chez Hugo Clément. Cette capacité à dégainer une indignation impeccable, parfaitement calibrée, qui tombe toujours du bon côté du clavier. La noisette turque l’a fait réagir — et Le Point lui a répondu. Un échange qui dit beaucoup plus qu’il n’y paraît. Pas sur la Turquie ni sur les noisettes. 

Clément s’offusque que la production française soit écrasée par la concurrence étrangère. Les coûts, les salaires, les normes inexistantes. Très bien. Sur ce point, personne ne le contredira : les producteurs français se battent avec un bras attaché dans le dos. Mais dans le même souffle, il oublie de préciser — détail fâcheux — qu’il a milité contre l’un des rares outils techniques qui permettaient justement aux noisettes françaises de tenir debout face à cette concurrence.

C’est le paradoxe Clément. Une écologie qui s’émeut des conséquences après avoir encouragé les causes. Une écologie morale, très belle et très pure.

Et le réel, c’est aussi ceci : non, on ne peut pas “interdire les noisettes turques” pour compenser.
Beaucoup brandissent cette idée comme une solution simple. Bah c’est raté.

D’abord parce que les règles de l’OMC et de l’Union européenne interdisent de bloquer un produit étranger au simple motif qu’il n’obéit pas à nos normes : il faut prouver un danger avéré, pas une différence de principe. Ensuite parce que la France ne décide pas seule de ces arrêtés — les barrières commerciales se négocient à vingt-sept. Et surtout parce que chaque interdiction entraîne immédiatement une mesure miroir : on bloque leurs noisettes, ils bloquent nos vins, notre blé, nos fromages. C’est mécanique. 

A lire aussi : Hugo Clément : le faux journaliste 

Autrement dit : quand on enlève un outil à nos producteurs, on ne peut pas les protéger derrière avec une barrière qu’on n’a pas le droit d’ériger.

J’en avais parlé ailleurs avec les lentilles. On interdit, on moralise, on s’applaudit… puis on importe la même chose, produite dans des conditions qu’on ne tolérerait jamais ici. C’est le même mécanisme : nous fabriquons nous-mêmes la dépendance que nous déplorons ensuite. Une sorte d’auto-sabordage mais avec une auréole verte au-dessus de la tête.

Le cœur du problème est là : l’écologie médiatique fonctionne à la pureté. L’agriculture fonctionne à la complexité. Entre les deux, il y a un fossé que les belles intentions ne suffisent pas à combler. Et quand ce fossé apparaît, certains continuent à prêcher comme si de rien n’était. Ils dénoncent la loi du marché tout en contribuant, par leurs combats les plus bruyants, à renforcer précisément ce marché : importer massivement ce qu’on empêchera bientôt de produire chez nous.

Là où Clément voit un scandale, il y a simplement une conséquence. Prévisible, mécanique, implacable. La morale ne produit rien. Le terrain, si.

On peut défendre l’écologie sans tomber dans ces angles morts. On peut vouloir moins de pesticides sans oublier qu’un ravageur ne se combat pas avec un hashtag. 

À force de vouloir une agriculture idéale, on finit par n’en avoir plus du tout. Juste un immense terrain vague que d’autres rempliront. Moins cher, moins propre, moins visible.

C’est la loi du marché. Celle que Hugo Clément nourrit tous les jours sans s’en rendre compte.

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7 Commentaires :
  1. Thierry
    20/11/25

    Qu’importe la démonstration de l’arnaque à chaque dossier, lui et d’autres vivent bien rémunérés de l’indignation écologiste, c’est un bon business ( payé par nos impôts quand ils produisent sur le service public).

  2. Jean 2
    20/11/25

    Bonsoir, interdire certains produits sans concertation au niveau de l’europe, par les gouvernements successifs, écolos et lfi,se solde par une déconvenue, et ne pas protéger notre agriculture et les consommateurs par la rentrée de ces produits traités est une faute grave,c’est de l’amateurisme !!il ont coulé une partie de notre agriculture.et ils pleurent qu’ils mangent du brun!

  3. AJH
    20/11/25

    Avec toutes ces bêtises il semblerait que depuis cette année la France est déficitaire dans la balance impor.expor. . Et ce n’était pas arrivé depuis des décennies.

    1. AJH
      21/11/25

      Dans le domaine produits de l’agroalimentaire.

  4. Pierre-Hadrien
    20/11/25

    Salut, je suis franchement pas d’accord. Je n’aime pas Clément. Je pense que c’est un faux-cul. Mais je pense aussi que l’écologie et les interdictions, comme celle des néonicotinoïdes, sont nécessaires pour préserver notre chasse et nos paysages, ainsi que leur biodiversité. Simplement, quand on prend ce genre de mesures, il faut aussi que les gens suivent et acceptent de payer plus cher un produit qui a de la valeur, et acceptent d’en manger moins puisqu’il devient plus rare. Je ne suis pas sûr que notre agriculture va mourir de l’écologie. Elle va mourir d’un manque d’éducation

    1. Richard
      21/11/25

      Pierre Adrien,sauf que lorsque les gens,les consommateurs remplissent leurs caddies ils le font avec des produits qui pour une bonne partie ont traversé la planète,car moins cher.il est facile de donner des leçons de morale mais certains n ont pas toujours les moyens,il suffit de le constater pour les produits bio.nos dirigeants ont signé des accords de libre échange, ça ne date pas d aujourd’hui,ex le textile il y a quarante ans.oui ,pour revenir a une agriculture plus vertueuse mais vu les options mondialistes de nos dirigeants ils sont en train de la faire disparaitre.

      1. Nico
        21/11/25

        C’est tout à fait vrai.
        D’où le besoin urgent de pouvoir discuter et décider nous même de comment on veut faire et comment on fait.
        Nous ne vivons pas en démocratie, malgré le matraquage idéologique qui voudrait nous le faire croire.

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