On sermonne les Français sur le local, les circuits courts, la relocalisation et la sobriété logistique. Puis on continue de traiter la venaison comme une viande honteuse, alors qu’elle coche précisément les cases que ce discours défend de toutes ses forces.
Avis @lecese : en France, notre alimentation parcourt en moyenne 1.400 km avant d’arriver dans nos assiettes 🚛🌍
— WWF France 🐼 (@WWFFrance) March 18, 2026
Résultat : un impact carbone majeur, alors que l’agriculture représente déjà 18 % des émissions.
Il y a urgence à relocaliser & décarboner notre chaîne alimentaire ! pic.twitter.com/b76y9t9j4e
Le CESE vient de publier un rapport sur la décarbonation de la chaîne logistique alimentaire. Ce document ne parle pas de chasse. Il parle d’un système alimentaire devenu long, dense, coûteux en kilomètres, en intermédiaires, en plateformes, en camions, et en flux tendus. Il rappelle que la consommation française s’est orientée vers des produits plus transformés, et que cette évolution a allongé la chaîne logistique en nombre d’étapes comme en distances parcourues. Selon l’ADEME, ce que les Français mangent et boivent génère en moyenne 1 400 kilomètres de transport sur le territoire national.
Ce même pays adore pourtant se raconter une petite histoire morale. Acheter responsable. Consommer local. Réduire la distance. Soutenir les territoires. Retrouver du sens. Mettre fin aux absurdités de la mondialisation alimentaire. Tout ça remplit les tribunes, les plateaux, les campagnes électorales et les injonctions adressées au consommateur ordinaire, celui qui pousse son chariot sous les néons ou commande son repas sur une application.
Quand l’animal vit déjà sur place, le discours se dérobe
Prenons maintenant un chevreuil, un cerf ou un sanglier. Il ne sort pas d’un bâtiment. Il ne pousse pas sur une chaîne industrielle. Il n’est ni engraissé avec des intrants venus de l’autre bout du monde, ni déplacé d’un atelier à un autre, ni convoyé vivant avant abattage. Il vit sur le territoire, se nourrit sur le territoire, circule sur le territoire. Sa viande n’exige pas une fiction marketing pour devenir locale. Elle l’est déjà.
Ceux qui passent leur temps à dénoncer la viande standardisée, la déconnexion entre le mangeur et le vivant, la folie logistique du système alimentaire, devraient au minimum regarder la venaison avec cohérence. Ils ne le font pas. Ils sanctifient l’idée abstraite du circuit court puis se bouchent le nez dès que ce circuit court prend la forme d’un animal sauvage prélevé dans son milieu naturel. La conscience écologique s’arrête net quand elle rencontre la chasse.
Pendant ce temps, les ongulés pullulent sur de nombreux territoires. Les chasseurs le savent, les forestiers le savent, les agriculteurs le savent, les automobilistes qui croisent un sanglier au mauvais virage le savent aussi. Le pays dispose donc d’une ressource alimentaire sauvage, locale, renouvelable à condition d’être gérée, et très largement sous-valorisée. Et pourtant, dans le débat public, cette ressource est traitée comme une anomalie morale, presque comme une souillure.
Le décalage est sidérant. D’un côté, on déplore la dépendance aux chaînes longues, aux aliments transformés, à l’éloignement croissant entre les lieux de production et les lieux de consommation. Le CESE décrit précisément cette extension des distances, cette multiplication des maillons, cette place écrasante du transport routier dans la logistique alimentaire. De l’autre, on persiste à caricaturer une pratique qui, lorsqu’elle est nourricière, locale et correctement structurée, réduit justement l’empilement logistique que tout le monde prétend combattre.
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Le problème est moral. Pour une partie de l’époque, tuer un animal sauvage pour le manger reste plus scandaleux que financer sans même y penser un système alimentaire où la distance, l’emballage, l’importation et la transformation sont devenus la norme. La viande dérange moins quand elle est emballée sous cellophane et affublée d’un logo vert à la con.
Le chasseur, lui, remet la mort à sa place. C’est pour ça qu’il cristallise autant. Il dérange parce qu’il refuse la mise en scène hygiénique qui permet aux sociétés d’oublier ce qu’elles mangent.
Le local n’a de valeur que tant qu’il reste décoratif
Il faut dire les choses simplement. Beaucoup de militants et de commentateurs aiment le local comme on aime un décor de marché du dimanche. Ils aiment les mots. Le terroir, la proximité, le lien au vivant, les producteurs, les saisons. Ils aiment moins ce que ces mots exigent lorsqu’on les pousse jusqu’au bout.
La chasse nourricière met les mains dans cette contradiction. Elle rappelle qu’une viande peut venir d’un animal libre, vivant dans son milieu, tué à quelques kilomètres de l’assiette. Elle rappelle aussi que la nature n’est ni un sanctuaire de papier ni une illustration pour conférence TED. Sur le terrain, il y a des populations à réguler, des dégâts, des équilibres à tenir, des densités qui explosent, des territoires qui encaissent. Le rapport du CESE ne traite pas de gestion cynégétique. Il donne cependant un cadre puissant pour comprendre à quel point notre système alimentaire est devenu dépendant d’une logistique dilatée. C’est dans ce cadre que la venaison retrouve une force politique.
Encore faut-il cesser de parler de cette viande comme d’un objet honteux. Le consommateur urbain chic peut disserter pendant une heure sur la relocalisation alimentaire avant de grimacer devant la photo d’un sanglier mort. Son imaginaire adore la proximité tant qu’elle reste propre, abstraite, instagrammable. Le bois, l’humus, la carcasse, la découpe, la saison, la venaison, la cuisine lente, l’animal qui a vécu dehors, tout ça lui paraît brutal.
La vraie cohérence commencerait par regarder la venaison autrement
Soyons précis. Le rapport du CESE ne permet pas d’écrire que la chasse remplacerait l’alimentation des Français. Ce serait absurde. Non je parle ici de cohérence morale.
Dans la cuisine d’un chasseur, un morceau de chevreuil repose sur une planche. La lame accroche un tendon, la chair est sombre, dense et sans maquillage. À quelques kilomètres de là, un supermarché reçoit ses palettes de steak haché et ses cartons de nuggets. Et c’est le premier tableau que beaucoup regardent comme une faute.
Qu’ils aient au moins l’honnêteté de le dire clairement : leur problème c’est la chasse elle-même et ce qu’elle oblige à regarder en face.
A voir en vidéo :











Bonjour, ha! ha! Et on fait le mercosur!CESE vous avez du boulot pour convaincre !!et je rajouterai, moins de bovins,=moins de patures et de haies,plus de terres traitées, un mauvais coups pour la biodiversité, hélas cette Europe est nulle, et cours aux bisness,et des écolos aussi nuls qu’elle!