L’OFB, entre mission publique et influence associative : qui finance qui ?

Chasse Actu
date 14 avril 2026
author Richard sur Terre

Plusieurs semaines après la révélation d’un financement de 500 000 € de France Nature Environnement par l’Office français de la biodiversité, une question persiste : comment un organisme public, largement alimenté par les chasseurs, peut-il financer des acteurs engagés dans les conflits d’usage qu’il est censé arbitrer ? Retour sur une architecture institutionnelle où les frontières entre administration et militantisme s’estompent.

En mars 2026, j’avais publié une vidéo qui révélait que l’Office français de la biodiversité (OFB) versait environ 500 000 € par an à France Nature Environnement (FNE), l’une des principales fédérations d’associations environnementales en France. Un montant extrait des comptes 2024 de FNE, et qui n’a pas manqué de susciter des réactions, notamment parmi les chasseurs. Ces derniers, via la redevance cynégétique nationale, contribuent chaque année à hauteur de 40 à 45 millions d’euros au budget de l’OFB. Un paradoxe saisissant : l’argent des chasseurs finance indirectement des associations souvent en première ligne contre la chasse, les retenues d’eau ou l’agriculture intensive.

Mais FNE n’est pas la seule bénéficiaire. Selon le média Agriculture & Environnement, d’autres organisations comme la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Humanité et Biodiversité (H&B) ou encore le Comité français de l’UICN auraient également reçu des subventions de l’OFB. La LPO, par exemple, aurait perçu 1,8 million d’euros en 2024, tandis que H&B aurait touché plus de 770 000 € sur quatre ans, soit plus d’un quart de son budget annuel. Des chiffres qui, s’ils ne sont pas toujours directement vérifiables dans les documents publics de l’OFB, dessinent une tendance : celle d’un organisme public qui redistribue une partie de ses ressources vers des acteurs associatifs avec lesquels il partage souvent une vision, sinon des objectifs.

L’OFB, un enfant des ONG ?

L’histoire de l’OFB (et avant lui, de l’Agence française pour la biodiversité) est indissociable de celle des associations environnementales. Dès 2006, le Comité français de l’UICN proposait la création d’une « agence nationale pour la protection de la biodiversité ». Une idée reprise et formalisée lors du Grenelle de l’environnement en 2007, où les ONG siégeaient aux côtés des représentants de l’État. Parmi elles, Humanité et Biodiversité (H&B), alors présidée par Hubert Reeves, et le Comité français de l’UICN, qui militait ouvertement pour une telle structure.

En 2012, François Hollande annonçait la création de l’AFB, « sur le modèle de l’Ademe ». Une victoire pour H&B, qui se félicitait d’avoir « directement inspiré » la décision présidentielle. L’association, discrète mais influente, jouera un rôle clé dans la conception de l’agence, notamment via Christophe Aubel. Ce dernier, directeur de H&B pendant quatorze ans, fut d’abord chargé de la phase d’installation de l’AFB, puis en devint le directeur général de 2017 à 2019, avant d’occuper un poste similaire à l’OFB jusqu’en 2025. Aujourd’hui, c’est Sandrine Bélier, ancienne eurodéputée Europe Écologie et directrice de H&B depuis 2016, qui siège comme première vice-présidente du conseil d’administration de l’OFB.

A lire aussi : OFB : un contrat d’objectifs sous tension

Une continuité qui n’a rien d’anecdotique. Comme le soulignait H&B dans son rapport d’activité 2015, l’association « travaille et échange beaucoup avec les services du ministère, ou le cabinet de la ministre de l’Écologie, mais aussi ceux d’autres ministres ou de l’Élysée ». Des « réunions off », selon ses propres termes, qui ont permis de « faire bouger des lignes ».

Quand l’administration épouse la cause

Le cas de l’OFB illustre une dynamique plus large : celle d’une porosité croissante entre les réseaux associatifs et les institutions publiques. Les trajectoires de Christophe Aubel ou Sandrine Bélier, passés sans transition de l’engagement militant à des postes clés au sein de l’administration, en sont l’exemple le plus frappant. Mais ce n’est pas tout. L’OFB, via ses financements, soutient aussi des projets portés par ces mêmes associations. Le projet Trageco, développé par H&B avec le soutien de l’OFB, vise ainsi à mesurer la « transition agroécologique » de l’agriculture française. Un indicateur, le TTAE, a même été intégré à l’Observatoire national de la biodiversité. Piloté par… l’OFB.

Résultat : les associations ne se contentent plus de peser sur les politiques publiques. Elles en deviennent, par le jeu des financements et des nominations, des acteurs à part entière. Une situation qui pose question : comment un organisme public, censé arbitrer les conflits d’usage entre chasseurs, agriculteurs et protecteurs de la nature, peut-il conserver sa neutralité lorsqu’il finance et emploie des acteurs engagés dans ces mêmes conflits ?

La polémique autour des financements de l’OFB est politique. Elle interroge le rôle d’un État qui, sous couvert de gestion de la biodiversité, semble parfois déléguer une partie de ses prérogatives à des acteurs dont l’objectif affiché est de transformer en profondeur les pratiques agricoles, cynégétiques ou industrielles. Une transformation qui, pour ses partisans, relève de l’urgence écologique, mais qui, pour ses détracteurs, s’apparente à une forme de capture idéologique des institutions.

Les chasseurs, premiers contributeurs financiers de l’OFB, sont en première ligne pour le constater. Leur argent sert à financer des structures qui, souvent, les combattent sur le terrain juridique et médiatique. Mais au-delà du cas des chasseurs, c’est la légitimité même de l’OFB qui est en jeu. Comment concilier une mission de service public avec le soutien à des acteurs dont l’agenda dépasse parfois le cadre de la simple protection de la nature ?

L’OFB incarne une tendance lourde : celle d’une administration environnementale de plus en plus imprégnée par les réseaux associatifs qui l’ont, en partie, façonnée. Reste à savoir si cette porosité est le signe d’une modernisation nécessaire des politiques publiques… ou celui d’un glissement vers une gouvernance où la frontière entre intérêt général et militantisme se fout le camp.

A voir en vidéo :

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19 Commentaires :
  1. Enzo
    14/04/26

    « comment un organisme public, censé arbitrer les conflits d’usage entre chasseurs, agriculteurs et protecteurs de la nature, peut-il conserver sa neutralité lorsqu’il finance et emploie des acteurs engagés dans ces mêmes conflits ? »

    Donc l’OFB doit cesser de financer les FDC. Ca fera des économies, vu qu’elles siphonnent la plus grosse part de toutes les subventions OFB.

    1. Eric
      14/04/26

      Ben voyons.
      Les chasseurs contribuent à hauteur de 40 millions par an au budget de l’OFB, les FDC reçoivent environ 10 millions par an.
      Si les chasseurs cessent de contribuer, vous les trouverez où les 30 millions manquants ? Les « Zamisdézanimos » vont devoir réduire drôlement la voilure …

    2. Jean1
      14/04/26

      Arrêter de dire n importe quoi,30 millions pour l ofb plus 80 millions pour indemniser les agriculteurs avec l argent des CHASSEURS contrairement à certaines ong qui reçoivent beaucoup d argent public ,on peut ne pas aimer la chasse mais il faut arrêter de raconter des conne……..

      1. Enzo
        15/04/26

        Eh oh c’est pas moi c’est l’article qui réclame la fin du financement des « acteurs engagés dans ces mêmes conflits ». Faut aller au bout du raisonnement alors.

        1. Jean1
          15/04/26

          Enzo,je croyais avoir lu , écrit de votre part que l on siphonnait la plupart des subventions de l ofb,on vous informe de la réalité c est tout.

          1. Enzo
            15/04/26

            Je confirme, les fédés siphonnent la plus grosse part des subventions OFB.

            L’OFB subventionne trop les chasseurs, et à l’aveugle, fustige une inspection interministérielle – Dans l’annexe consacrée aux agences de l’État de leur revue de dépenses publiques en direction des associations, publiée le 16 juillet, les inspections générales des ministères des finances (IGF) et de la recherche (IGÉSR) proposent de faire du financement par l’OFB des projets conduits par les fédérations de chasseurs – via le dispositif de l’éco-contribution – une « piste prioritaire d’économies ». Elles ont perçu 84 millions d’euros sur la période 2020-2024, soit en moyenne annuelle 41,6 % de l’ensemble des soutiens de l’OFB aux associations.

          2. Eric
            16/04/26

            Nouveau mensonge d’Enzo. Ce sont 38,6 M€ de subventions qui ont été perçues par les fédés départementales sur la période pour conduire des projets sur cette période (on en revient aux 10 M€ par an).
            Et 45,1 M€ en compensation d’un transfert de charges de l’Etat vers les fédés, pour des missions que l’Etat n’a plus les moyens humains d’assurer.

          3. Enzo
            16/04/26

            Donc ca fait 80 M€ pour les chasseurs au total. C’est pas moi qui le dit, c’est le rapport de l’inspection générale des finances « Revue des dépenses publiques en direction des associations » :

            « Les fédérations de chasseurs ont bénéficié de 83,7 M€ de financements de l’OFB cumulés sur la période 2020-2024, concentrant en moyenne annuelle 41,6 % du soutien financier de l’OFB aux associations sur la période. »

            « La fédération nationale des chasseurs concentre une part substantielle des subventions accordées par l’OFB aux associations au titre du dispositif de l’écocontribution : 36 % (10,5 M€ en AE) en 2023, 31 % (49,8 M€ en AE) sur la période 2020-2024  »

            « Dans un contexte où la qualité des projets portés par les fédérations de chasseurs au titre du dispositif de l’écocontribution (10 M€/ an environ) est peu évaluée et contrôlée, la mission préconise d’en faire une piste prioritaire d’économies. »

          4. Eric
            16/04/26

            Soit tu es de mauvais foi, soit tu ne fais pas la différence entre une subvention « pure » et un transfert de charges.
            Dans les 2 cas, je ne peux rien pour toi.

          5. Enzo
            16/04/26

            Financement = subventions + transfert de charges.

            Même en se limitant aux subventions c’est encore les FDC qui touchent le jackpot : 31% du total contre 2% pour la LPO.

            Bref, les fédés siphonnent la plus grosse part des subventions OFB.

  2. Marc
    14/04/26

    Qu’est ce que c’est que cette mafia !
    Et la FNC a laissée faire ? Qu’on ne me dise pas qu’elle ne savait pas , qu’elle n’était pas au courant , on parle là de plus de 40 millions d’euros d’argent des chasseurs qui se saignent à blanc pour financer les dégâts de grand gibier et qui commencent à peiner à se payer leurs carte et validation ! Dans certaines régions on leur fait payer des bracelets pour le sanglier qui est classé nuisible alors qu’ils font le boulot pour le réguler . Il est vraiment temps de retourner la table !

  3. Jean 2
    15/04/26

    Bonjour, le ver est dans la pomme, et on sait qui l’a fait rentrer, un grand ménage est à faire, nous donnons notre argent à ces associations pour se faire attaquer !!et nourrir des incapables !on s’est bien fait avoir ,quand les fédés feront faillites, l’affaire sera réglée

  4. gilbert
    15/04/26

    Les couches administratives sont tellement nombreuses que parfois il y a des injonctions paradoxales. Si en plus il y a des nominations de complaisance (et il y en a) les lignes deviennent distendues et il est souvent compliqué de revenir sur une décision ancienne au risque de déplaire à un élu ou à un groupe. Le manque de courage politique n’est pas nouveau et est inversement proportionnel aux chances d’être élu. Bref, personne ne veut froisser personne et les couches s’additionnent et personne n’ose y mettre son nez. Mais c’est valable ailleurs que pour la chasse.

  5. Nestor
    16/04/26

    J’allais réagir mais je crois qu’Enzo a déjà levé le lièvre X)

    C’est de la bonne grosse intox populiste à destination des chasseurs et des quelques agriculteurs voyous cette « polémique »

    (La première « entrée d’argent » pour l’OFB c’est les contributions des agences de l’eau et des collectivités, c’est pas les pauvres chasseurs ponctionnés…)

    Et c »est quand même marrant que les seuls à se plaindre de la police de l’Environnement soient les chasseurs : vous avez quelque chose à vous reprocher ?

    1. Eric
      16/04/26

      Aussi borné que l’autre …
      On reprend : les chasseurs contribuent à hauteur de 40 M€ par an et les fédés départementales perçoivent 10 M€ par an pour leurs projets. C’est clair ?

      1. Enzo
        16/04/26

        Les chasseurs ne versent pas un centime à l’OFB.
        Il est financé par trois sources:
        -Contribution annuelle des agences de l’eau (montant fixé par arrêté sur la base de l’article 135 de la loi de finances) — c’est la ressource majeure de l’OFB.
        -Dotations et financements publics (subventions de l’État, ministères de tutelle) et financements de projets (ex. programmes LIFE, aides européennes).
        -Ressources liées à ses activités : interventions, conventions, appels à projets et partenariats locaux (aides aux collectivités, cofinancements).

        1. Jean1
          16/04/26

          Enzo,mauvaise fois où vous le faites exprès.l OFB est financée par des taxes,(eau, territorial,européen)enfin de l argent public.la FNC donne 45 millions provenant de l argent des chasseurs et en récupère une partie pour financer certains projets pour la biodiversité ( on peut en discuter)mais dans tous les cas on en donne bien plus que l on en récupère.la l LPO a reçu par exemple 1.8 millions d euros mais aucune contribution a l OFB.pour indemniser les dégâts on donne 80 millions d euros.je veux bien entendre certaines critiques mais par sur le financement par rapport a beaucoup d ONG qui ne font que siphonner l état.

        2. Jean1
          16/04/26

          La Fnc verse a l ofb quasiment 45 millions d euros provenant des redevances cynégétiques,il faut vous l imprimer ?

    2. Jean1
      16/04/26

      Nestor,on se plaint du comportement de certains agents de l ofb, visiblement anti chasse ( je sais de quoi je parle et ils sont déçus quand ils ne peuvent pas remplir le carnet,).ils n ont jamais arrêter,par exemple,ceux qui nous détruisent nos installations et je crois que la majorité d entre nous ne sommes pas contre la lutte contre le braconnage .la chasse est une des activités de loisir la plus encadrée. Il me semble aussi que les agriculteurs ont le même problème.

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