Malgré 20 000 sangliers abattus en Moselle, certains agriculteurs accusent encore les chasseurs. Mais derrière la colère, c’est la faillite d’un modèle de régulation étatique qui transparaît.
C’est un reportage comme on en voit fleurir à chaque automne. Une caméra dans un champ dévasté, un agriculteur à bout, et la même conclusion hâtive : les chasseurs n’en font pas assez.
Cette fois, la scène se déroule à Chambrey, dans le Saulnois. Bertrand Saffroy, polyculteur mosellan, montre des hectares de tournesol retournés par les sangliers. Les pertes sont lourdes — il parle de 6 000 euros. France 3 filme, compatit, puis enchaîne : « Les agriculteurs interpellent les chasseurs pour agir davantage. » Et le refrain est relancé.
Sauf que la réalité, elle, ne change pas.
Les chasseurs “font leur boulot”, comme l’affirme sans détour la Fédération départementale. En Moselle, près de 20 000 sangliers sont prélevés chaque année — un chiffre colossal à l’échelle du territoire. Les équipes de chasse sont mobilisées tous les week-ends, parfois plusieurs jours par semaine. La pression de tir est constante, les quotas explosés. Pourtant, la population de suidés continue de croître. Pourquoi ? Parce que le problème ne vient pas des chasseurs.
Une prolifération qui dépasse la régulation cynégétique
Les causes profondes sont connues : hivers doux, abondance de maïs, recul des prédateurs naturels (très variable selon les territoires), multiplication des zones refuges. Et surtout, la fin des équilibres agroforestiers.
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Les agriculteurs, eux aussi, ont vu leurs pratiques évoluer : grandes parcelles sans discontinuité, récoltes tardives, suppression des haies. Tout cela compose un buffet à volonté pour les sangliers. Accuser uniquement les chasseurs relève donc du réflexe, pas de l’analyse.
Mais il est vrai que le système d’indemnisation alimente la rancune. En théorie, les dégâts sont remboursés par les Fédérations de chasseurs, au nom de la solidarité rurale. En pratique, l’État s’est totalement défaussé sur elles. La chasse finance, la chasse régule, la chasse paie. Et l’on voudrait, en plus, qu’elle s’excuse.
L’État, grand absent du terrain
Depuis vingt ans, les Fédérations assument la double mission de réguler et d’indemniser, là où les pouvoirs publics n’assument plus rien. Les millions d’euros versés chaque année aux exploitants agricoles sortent directement des cotisations des chasseurs. Sans cette organisation, les dégâts atteindraient des niveaux catastrophiques.
Mais cette logique a atteint ses limites. Car si les chasseurs continuent de payer, les décisions, elles, échappent de plus en plus à leur contrôle : restriction des tirs, zones interdites, moratoires, harcèlement judiciaire des animalistes et bientôt, peut-être, un cadre européen encore plus contraignant.
Un dialogue à reconstruire
Agriculteurs et chasseurs ne sont pas ennemis : ils partagent le même territoire, la même fatigue, la même dépendance à la météo et aux décisions d’en haut. Les dresser les uns contre les autres est une facilité de plateau télé.
La vraie question est politique : combien de temps l’État laissera-t-il un système privé financer les défaillances de sa propre politique environnementale ?
Les sangliers, eux, ne regardent pas les journaux télévisés. Ils profitent du désordre, pendant que la France rurale se divise.
A voir en vidéo :











Moi j’ai réglé le problème, j’arrête de chasser le temps qu’on nous prend pour des cons. Chasser toujours plus, payer toujours plus, avoir toujours plus de contraintes, j’en ai marre
Et si les chasseurs rangent les fusils et carabines pendant 2 ans…
pour optimiser la régulation, faites de la place aux jeunes dans vos battues. Ils ont peu de moyens mais ne refusent pas une invitation.
La situation financière de l’Etat donne peu d’espoir sur l’évolution dans les indemnisations
(un chasseur de 53 ans)