Tuberculose bovine : l’article scientifique militant

Antispécisme
date 15 avril 2026
author Richard sur Terre

Sous couvert de science et de rigueur, l’article de Savoir Animal sur la tuberculose bovine et les blaireaux donne du dossier une image biaisée. En isolant la seule question sanitaire, il laisse hors champ tout ce qui l’embarrasse : dégâts, coûts, et réalités de terrain.

L’article de Savoir Animal sur la tuberculose bovine et l’abattage des blaireaux se lit comme un appel à la raison. La science s’élève enfin contre les vieux réflex archaïques. On se sent presque intelligent en le lisant. On entre dans le camp des gens sérieux.

Sauf qu’une fois la dernière ligne avalée, on a la drôle d’impression qu’on vient de visiter une maison où les portes qui mènent à la cave sont restées fermées.

Car enfin, que raconte-t-il, ce papier ? Que la science conteste l’abattage des blaireaux dans la lutte contre la tuberculose. Point. Le lecteur repart avec l’idée que le dossier est plié, que toute régulation relève de l’archaïsme paysan.

Sauf que non. On lui parle d’un angle, et d’un seul. Le sanitaire. Et encore, avec une sélection de travaux choisis comme on trie des photos de vacances : on garde celles où tout le monde sourit, et on jette le reste.

Il y a l’article, et il y a le grand trou juste à côté. Pas un mot sur les cultures ravagées. Rien sur les talus éventrés ou les digues qui s’effondrent. Rien sur ce que ça représente, très concrètement, pour un type qui se lève à cinq heures, qui voit sa parcelle de maïs transformée en champ de bataille et qui sait que l’assurance ne remboursera pas grand-chose. Ces gens-là n’écrivent pas de tribunes. 

Ce que dit réellement l’Anses

Et pourtant l’Anses elle-même, qu’on brandit volontiers quand elle arrange, le dit noir sur blanc : son rapport sur la tuberculose bovine ne parlait pas des dégâts aux cultures ni aux infrastructures. Il répondait à une question précise, dans un cadre précis. Sanitaire. 

Parce que les mêmes sources officielles reconnaissent les dommages. En 2018, trente-trois départements ont signé des arrêtés pour autoriser des destructions : cultures, voirie, voies ferrées, digues. 

Cette réalité-là, l’article la gomme d’un revers de plume. Pourquoi ? Parce qu’elle salit le récit. Un blaireau qui porte une bactérie, ça se discute encore dans les cercles militants. Mais un blaireau qui retourne une parcelle, qui sape un talus, qui coûte de l’argent non remboursé, ça sent la terre, le diesel, et la facture. Ça sent le réel. Et le réel, il est rarement photogénique.

A lire aussi : Le fantasme du blaireau dératiseur

La petite tricherie du cadrage

Une fois le sujet réduit à la seule tuberculose, on peut écrire tranquillement que « la science conteste l’abattage » comme si tout était réglé. Comme si le reste n’existait pas. On ferme les volets et on conclut qu’il fait nuit.

Mais il faut tout de même accorder à ce texte un point de départ partiellement juste. Oui, la littérature scientifique ne permet pas de défendre sérieusement n’importe quelle politique d’abattage comme une évidence sanitaire. Oui, les travaux britanniques ont montré les limites de certaines destructions et l’Anses rappelle elle-même qu’en France la tuberculose bovine s’inscrit dans un système multi-hôtes plus complexe que le seul cas du blaireau. Mais l’article, à partir d’une nuance scientifique réelle, fabrique une lecture binaire du sujet. Il remplace un excès par un autre quoi.

Réclamer la rigueur scientifique impose de la tenir jusqu’au bout. Jusqu’au bout, ça veut dire reconnaître que le blaireau n’est pas seulement un vecteur de bactérie. Il est aussi un animal qui vit, qui creuse, et qui abîme. Et que les politiques publiques se construisent aussi avec ça : les contraintes, les coûts, et les gens qui triment.

L’article de Savoir Animal prend une part du vrai, il la polit, et il la cadre joliment. Et le lecteur qui ne connaît ni les motivations des arrêtés préfectoraux ni les factures d’un agriculteur, se laisse embarquer par l’apparente logique de l’ensemble. C’est pour ça que la critique doit viser juste. Le problème n’est pas seulement ce que cet article dit sur la tuberculose. C’est aussi ce qu’il ne dit pas.

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2 Commentaires :
  1. Eléonore
    22/04/26

    Le blaireau ne mérite décidément pas les persécutions dont il fait l’objet dans notre pays. J’espère qu’il sera bientôt protégé comme dans les pays voisins qui ont mis fin à ces massacres injustifiés.

  2. gilbert
    27/04/26

    L’exterminer non, le protéger non ou bien c’est vous qui payez réparations sur les digues du petit ruisseau où je chasse et c’est encore vous qui réparez les clôtures et les effondrements du coté de la vieille carrière. Bien souvent il suffit de se parler et de s’écouter pour trouver un point d’équilibre.

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