La chasse désormais interdite au Liban

Chasse à l'étranger
date 08 octobre 2025
author Léa Massey

Le Liban suspend toutes les autorisations de chasse, transformant un loisir ancestral en délit. Une décision symptomatique d’un pays en crise de gouvernance écologique, où l’absence d’État a laissé place à la surenchère morale.

« Du sport au crime. » Le titre choisi par Ici Beyrouth résume la volte-face brutale d’un pays longtemps attaché à sa tradition cynégétique. Le ministère libanais de l’Environnement vient d’annoncer une interdiction totale de la chasse pour la saison 2025-2026, invoquant la nécessité de protéger les oiseaux migrateurs et les espèces menacées.

Officiellement, la mesure se veut écologique. En réalité, elle révèle surtout un vide institutionnel et une incapacité chronique à encadrer une pratique qui, faute de contrôle, s’est enfoncée dans la confusion entre traditions, braconnage et laxisme d’État.

Une tradition devenue victime de l’absence de cadre

Le Liban, couloir naturel pour des millions d’oiseaux migrateurs entre l’Afrique et l’Eurasie, a toujours connu une chasse intense et souvent désordonnée. La loi n°580 de 2004 devait organiser la pratique : création d’un Haut Conseil de la chasse, délivrance de permis, quotas, zones autorisées.

Mais depuis 2017, plus aucune licence n’a été émise. L’institution chargée de les valider n’a jamais été réactivée. Résultat : le pays est passé d’une chasse régulée à une chasse fantôme — illégale par défaut, incontrôlée de fait.

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Cette dérive, connue de tous, a nourri l’exaspération des associations écologistes et donné prétexte à une décision radicale : interdire purement et simplement la chasse. En un geste administratif, un patrimoine rural est effacé, au nom de la préservation.

Personne ne nie les abus : tirs indiscriminés, filets illégaux, captures d’espèces protégées. Mais interdire la chasse dans un pays où l’État peine déjà à contrôler les frontières relève du symbole, pas de la solution.

Car là où les institutions sont absentes, la prohibition ne tarit pas la pratique : elle la rend invisible. Les mêmes tirs retentiront, mais sans cadre, sans formation, sans responsabilité.

Ce glissement moral – transformer un problème de gouvernance en faute morale – trahit la tendance actuelle d’une partie du monde écologique : punir plutôt qu’encadrer.

Entre biodiversité et réalité sociale

La chasse n’est pas seulement une activité récréative au Liban ; elle représente aussi une économie rurale, un lien culturel, une façon d’habiter le territoire. Dans les régions montagneuses, elle est transmise et accompagnée de règles non écrites, de convivialité et de respect du gibier. Supprimer cette pratique sans alternative, c’est fragiliser encore un peu plus des communautés déjà oubliées par l’État.

À l’inverse, une régulation intelligente – permis, quotas, sanctions effectives, campagnes de sensibilisation – aurait pu allier préservation et tradition. D’autres pays méditerranéens ont su bâtir ce modèle : une chasse contrôlée, liée à la connaissance des milieux, soutenant même la biodiversité par la gestion des habitats.

Le choix du renoncement

En interdisant la chasse sans résoudre les causes de sa dérive, le Liban choisit la facilité politique. C’est le symptôme d’un pays où la morale supplée à la loi, où l’État absent délègue sa responsabilité à la vertu proclamée. Or, dans les faits, rien ne changera : le braconnage se poursuivra, la faune continuera d’être menacée, et la défiance envers le pouvoir grandira.

La vraie écologie, celle du terrain, n’a jamais consisté à interdire par principe, mais à gérer avec intelligence. C’est toute la leçon de cette crise libanaise

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9 Commentaires :
  1. Jojo
    08/10/25

    C’est ce qui nous guette en France, mais non il faut continuer de rêver.

  2. Pat22
    08/10/25

    C’est clair que certains en tevent en France si ils arrivent au pouvoir .
    A nous de faire le bon choix aux prochaines échéances, sans tenir compte des convictions politiques de chacun .
    Si il est encore possible d’en avoir une tant le pays part à la dérive 🤔

  3. Thierry
    08/10/25

    Dans le titre il y a 2 angoisses, l’interdiction de la chasse et devenir le Liban. L’une est en cours.

  4. Jean Dominique TOMENO
    09/10/25

    Finalement c’est pas tant des sauvages que ça, les Libanais….

  5. Rsr
    09/10/25

    On en reparle dans quelques années. Le Liban compte énormément sur l’agriculture.
    La suppression de la chasse indiscriminée va entraîner une augmentation de certaines populations (dont certains suidés ou de grands ongulés) dans des proportions qui vont impacter écosystèmes (voir les destructions de zones humides et la disparition de certaines espèces de rongeurs, oiseaux ou batraciens à Oostvaarderplassen) et les cultures.
    Autre problème évoqué dans l’article, le braconnage va devenir un sport national. On va vite voir comment ça va se passer mais le gouvernement libanais va devoir serrer les boulons au risque de passer pour des idiots.

    Ils ont essayé. On en tirera les conclusions et ça va peut être calmer des benêts moralisateurs.

    1. quentin
      17/12/25

      En pratique, interdire la chasse n’interdit pas le braconnage. C’est dit dans l’article, il n’y a déjà plus de licence depuis 2017 ! Si on transpose à notre modèle français, ça veut dire plus de permis validé donc plus de chasseurs !

      L’interdiction réelle de la chasse ne fonctionne que si l’Etat a les moyens de faire respecter la dite interdiction. Et pour que cela soit acceptable pour la population il faut indemniser les dégats (avec de l’argent public) et/ou disposer d’une régulation par des agents publics (avec de l’argent public).

  6. Richard
    09/10/25

    Es ce que le Liban a les mêmes moyens que la Suisse pour financer une régulation de nuit a l’ abri des regards, donc tuerie dissimulée,j en doute.

  7. Jean 2
    09/10/25

    Bonjour, il me semble que ce pays a « d’autres chats à fouetter « ,concernant la chasse,j’aurai aimé avoir une idée des prélèvements (légaux et illégaux),ce pays fait- il partie des pays qui attrapent les canards aux filets ?,mais comme vous dites vue la désorganisation de ce pays,la chasse se transformera en braconnage.

  8. jean walter
    09/10/25

    Dans 2 ans, ils feront machine arrière étant donné la prolifération d’animaux à venir …

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